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Quelles relations entre l’Union européenne et la Biélorussie ?

Depuis 1994, année d'arrivée au pouvoir d'Alexandre Loukachenko, les relations entre l'Union européenne et la Biélorussie se sont avérées tumultueuses. Si leurs rapports ont pu se réchauffer par moment, ils ont connu une dégradation conséquente à la suite de la répression des manifestations d'août 2020.

Manifestation à Minsk, capitale de la Biélorussie, le 30 août 2020 après la victoire contestée d'Alexandre Loukachenko à l'élection présidentielle pour la quatrième fois. Un mouvement populaire qui marque un tournant dans les relations entre l'UE et la Biélorussie - Crédits : Homoatrox / Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0
Manifestation à Minsk, capitale de la Biélorussie, le 30 août 2020 après la victoire contestée d’Alexandre Loukachenko à l’élection présidentielle pour la sixième fois. Un mouvement populaire qui marque un tournant dans les relations entre l’UE et la Biélorussie - Crédits : Homoatrox / Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

Ancienne république soviétique, la Biélorussie (ou Bélarus) proclame son indépendance en 1991, après la chute de l’URSS. Situé entre la Russie, l’Ukraine, la Pologne et les Etats baltes, le pays est aujourd’hui une république constitutionnelle à régime présidentiel. Depuis 1994, elle est dirigée par Alexandre Loukachenko. Dans un contexte post-guerre froide, la Biélorussie occupe une place stratégique, entre la Russie et l’Union européenne.

Comment les relations entre l’Union européenne et la Biélorussie ont-elles évolué après son indépendance ?

Si la dynamique est positive à l’indépendance du pays, elle est vite freinée par l’accession au pouvoir d’Alexandre Loukachenko en 1994. Le référendum de 1996 permettant de renforcer de manière significative les pouvoirs du président continue d’accroître la méfiance des Européens.

En 1995, un accord d’association est toutefois signé entre les deux mais n’est finalement pas ratifié par l’Union européenne. En septembre 2004, des premières sanctions sont adoptées par le Conseil de l’UE à l’encontre de certains fonctionnaires biélorusses, puis en 2006 après des épisodes de répression des manifestants et de disparition d’opposants politiques et de journalistes.

Les relations connaissent une embellie en 2008-2009 et les deux parties reprennent le dialogue dans le cadre du Partenariat oriental. Etabli en 2009, celui-ci vise à renforcer les liens politiques et économiques avec six anciennes républiques soviétiques : l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine. Mais à la suite de l’élection présidentielle de 2010 et de répressions portant atteinte aux libertés fondamentales en Biélorussie, les relations se dégradent de nouveau. En 2011, les mesures restrictives visant le régime en place sont renforcées, avec des interdictions de séjour dans l’UE et des gels d’avoirs adoptés par les ministres des Affaires étrangères européens. Celles-ci concernent alors 170 personnes, dont le président biélorusse. Un embargo sur les armes est également prononcé.

Paradoxalement, une nouvelle phase de détente est amorcée après l’annexion de la Crimée et la guerre en Ukraine en 2014. Ces évènements ont “radicalement modifié l’environnement géopolitique et sécuritaire des pays du partenariat oriental dans la région”, conduisant ainsi l’UE et la Biélorussie à “réviser leur politique étrangère, y compris leurs relations mutuelles”, notait le Parlement européen dans un rapport en 2016. Une première suspension des sanctions a ainsi été décidée en 2015 et ces dernières sont définitivement levées le 15 février 2016, même si l’embargo sur les armes est maintenu.

Pourquoi la répression des manifestations d’août 2020 marque-t-elle un tournant ?

Le Conseil européen ne reconnaît pas les résultats du scrutin présidentiel du 9 août 2020 et condamne les mesures de répression prises à l’encontre des manifestants. A partir de cette date, la relation Union européenne-Biélorussie ne cesse de se détériorer.

Le Conseil de l’UE adopte le 2 octobre 2020 de nouvelles mesures, similaires à celles de 2011, à l’encontre de 40 personnalités pour “répression et falsification des résultats électoraux”. 15 personnes supplémentaires impliquées dans la répression, dont Alexandre Loukachenko, sont ensuite visées le 16 novembre de la même année. Des sanctions une nouvelle fois élargies un mois plus tard, le 17 décembre. Cette fois-ci, elles concernent 36 personnes ou entités, hauts fonctionnaires biélorusses ou acteurs économiques (hommes d’affaires ou entreprises) tirant parti du régime d’Alexandre Loukachenko ou le soutenant.

Le 23 mai 2020, les tensions entre Union européenne et Biélorussie s’accroissent encore après l’atterrissage forcé à Minsk d’un avion de la compagnie Ryanair en provenance d’Athènes et à destination de Vilnius. A son bord se trouve Roman Protassevitch, journaliste biélorusse et membre de l’opposition au régime. Arrêté avec sa petite amie Sofia Sapega, il est placé en détention. Dès le lendemain, les dirigeants des Vingt-Sept appellent le Conseil à sanctionner la Biélorussie pour le détournement de l’avion et ces arrestations arbitraires. Moins de deux semaines plus tard, le 4 juin 2020, l’espace aérien de l’UE est interdit à l’ensemble des transporteurs biélorusses. Au cours du même mois, des sanctions frappent 78 personnes et 8 entités originaires de Biélorussie, responsables de la répression politique et de l’atterrissage forcé du vol Ryanair à Minsk.

En réaction aux sanctions européennes, la Biélorussie suspend sa participation au Partenariat oriental le 28 juin 2021.

Comment l’Union européenne a-t-elle réagi à l’instrumentalisation des migrants par la Biélorussie à sa frontière polonaise ?

A partir d’août 2021, un important flux de réfugiés, majoritairement originaires du Proche-Orient, tente d’entrer dans l’Union européenne depuis la Biélorussie via la Pologne et la Lituanie. Le régime d’Alexandre Loukachenko est accusé par les Européens d’avoir fourni des visas à ces personnes et de les avoir acheminées à ses frontières en représailles aux mesures restrictives imposées par l’UE. 

Une instrumentalisation de migrants par Minsk qui culmine en novembre 2021. Plusieurs milliers d’entre eux sont massés à la frontière polono-biélorusse, faisant face à 15 000 membres des forces de l’ordre polonaises. Cette situation conduit même la Pologne à annoncer la construction d’un mur frontalier.

Face à la pression des Européens, qui annoncent un nouveau train de sanctions le 15 novembre 2021, Alexandre Loukachenko semble accepter de mettre un terme à la crise. Si les nouvelles mesures restrictives européennes ont bien été adoptées le 2 décembre 2021, visant 17 individus et 11 entités dont la compagnie aérienne nationale Belavia, des tour-opérateurs et des hôtels ayant participé à l’instrumentalisation des migrants, leur rapatriement vers leurs pays d’origine a commencé après la mi-novembre 2021.

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