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Otan / Union européenne : quelle coopération ?

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) est une alliance politique et militaire de 30 pays d’Amérique du Nord et d’Europe, créée en 1949. Parmi ces États, 21 sont également des membres de l’Union européenne. Les deux organisations collaborent sur plusieurs terrains.

L’Otan est une organisation internationale dont la mission essentielle est la défense collective. Elle est régie par le Traité de l’Atlantique Nord signé le 4 avril 1949. L’article 5 du traité, le plus emblématique, implique qu’une attaque contre l’un ou plusieurs de ses 30 membres est considérée comme une attaque dirigée contre tous.

L’organisation a été créée au début de la Guerre froide en tant qu’instrument militaire et politique pour empêcher l’invasion des pays d’Europe occidentale par l’Union soviétique et ses alliés. Après la chute de l’URSS, l’Otan s’est élargie à de nouveaux États et a déployé de nouvelles missions.

Elle comprend 21 États de l’Union européenne : Belgique, Bulgarie, Croatie, Danemark, République tchèque, Estonie, France, Allemagne, Grèce, Hongrie, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovaquie, Slovénie et Espagne. S’y ajoutent l’Albanie, le Monténégro, le Royaume-Uni, le Canada, l’Islande, la Turquie, la Norvège, les États-Unis et, depuis le 27 mars 2020, la Macédoine du Nord.

L’ancien Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg est le secrétaire général de l’Otan depuis 2014.

Le partenariat UE/Otan

Lors du sommet de Prague, en 2002, les pays membres de l’Otan se déclarent disposés à donner à l’Union européenne l’accès aux moyens et capacités de l’Otan pour des opérations dans lesquelles l’Alliance n’est pas engagée militairement. Peu de temps après, en décembre 2002, l’UE et l’Otan signent une déclaration commune sur la politique européenne de sécurité et de défense. Cet accord ouvre la voie à une coopération politique et militaire entre les deux organisations.

Les accords “Berlin Plus” , adoptés le 17 mars 2003, posent les fondements de cette coopération sur la base d’un “Partenariat stratégique pour la gestion des crises” . Ils permettent à l’Union européenne d’accéder aux moyens et aux capacités de commandement de l’Otan pour des opérations qu’elle dirige. Pour éviter la duplication des structures de l’Union européenne avec celles de l’Otan, deux nouvelles structures sont créées :

  • une “cellule permanente de planification et de conduite des opérations civiles et militaires de l’UE menées sans recours aux moyens de l’Otan” , placée auprès de l’état-major de l’Union européenne. Cette cellule est autonome et distincte des structures de l’Otan ;
  • une cellule de l’Union européenne créée au sein de l’état-major de l’Otan (le SHAPE) pour améliorer la préparation des opérations de l’UE menées avec les moyens de l’Otan.

Lors du Conseil européen de mars 2003, l’UE se dote pour la première fois d’une Stratégie européenne de sécurité qui évalue les menaces auxquelles est soumise l’UE. Celles-ci sont relativement similaires à celles de l’Otan : le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massives et les États “défaillants” .

À Varsovie en juillet 2016, les deux organisations donnent un aperçu des domaines dans lesquels elles souhaitent intensifier leur coopération compte tenu des défis communs auxquels elles sont confrontées, à l’Est et au Sud : lutte contre les menaces hybrides, renforcement des capacités de défense, cyberdéfense, sûreté maritime…

En décembre 2016, les ministres des Affaires étrangères des pays de l’Otan approuvent plus de quarante mesures visant à faire avancer la coopération entre l’Otan et l’UE dans les domaines agréés. Une extension de la coopération - notamment en matière de cyberdéfense - a été arrêtée en décembre 2017.

En juillet 2018, une nouvelle déclaration conjointe présente la vision de l’UE et de l’Otan sur leur action contre les menaces communes en matière de sécurité.

Les opérations conjointes

En 2003, l’Union européenne mène ses premières opérations militaires de gestion de crise dont l’opération “Concordia” en République yougoslave de Macédoine, avec les moyens et capacités de l’Otan. Le 2 décembre 2004, la responsabilité du maintien de la paix en Bosnie-Herzégovine est transférée de l’Otan à l’Union européenne. L’opération “Althéa” remplace la “Stabilisation Force” (SFOR) de l’Otan. Elle est la plus importante intervention militaire déployée par l’Union européenne.

En Afghanistan, malgré les divergences entre Etats membres de l’UE, plusieurs d’entre eux s’engagent dès 2001 dans le cadre de la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) sous bannière de l’Otan. Par ailleurs, l’UE met en place à partir de 2007 la mission “EUPOL” pour l’appui et la formation des forces policières afghanes. La FIAS a été remplacée en 2014 par la mission de formation, de conseil et d’assistance baptisée “Resolute Support” .

A partir de 2007, les deux organisations interviennent aussi aux côtés de l’Union africaine dans la région du Darfour, en fournissant une aide aérienne.

De 2009 à 2016, des forces navales de l’Otan (opération Ocean Shield) et de l’UE (opération Atalante) ont été déployées côte à côte avec d’autres acteurs au large de la Somalie, pour mener des missions de lutte contre la piraterie. L’opération Atalante a été prolongée jusqu’en 2022.

L’Otan intervient également directement dans la gestion de la crise des migrants en coopération avec l’agence européenne Frontex depuis février 2016. L’organisation a déployé sa flotte maritime afin d’assurer la reconnaissance et le suivi des embarcations illégales en mer Égée, à l’appui des autorités turques et grecques et de l’UE. Elle a également fourni des informations et des moyens logistiques à l’opération européenne Sophia, qui visait à lutter contre le trafic de migrants en Méditerranée. En raison de l’opposition italienne, le déploiement des moyens navals de l’opération Sophia a été suspendu en mars 2019. Le Conseil de l’UE a depuis décidé de mettre une terme à cette opération, pour se concentrer sur la lutte contre le trafic d’armes à travers la nouvelle mission EUNAVFOR MED Irini lancée le 1er avril 2020.

Quelle coopération pour quels enjeux géopolitiques ?

La coopération entre l’Alliance atlantique et l’Union européenne est source de débats en Europe, où deux visions s’affrontent. D’un côté, certains pays sont pleinement engagés dans l’Alliance et souhaitent conserver l’assurance de la protection américaine. Ces États - les pays baltes et la Pologne notamment - craignent une résurgence militaire russe et estiment que l’Europe n’a pas les moyens d’y faire face seule. Par opposition, des pays comme la France et l’Allemagne sont partagés entre cette vision et le besoin de développer une structure de sécurité collective autonome et plus indépendante des États-Unis, idée résumée dans le terme d’autonomie stratégique sans que ce dernier ne dispose d’une définition officielle, provoquant un certain nombre de débats entre les capitales et chez les chercheurs.

L’année 2016 est à cet égard une année charnière : le vote sur le Brexit et surtout l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis conduit les Européens à privilégier le renforcement de leur politique de sécurité et de défense, doutant de la pérennité de l’engagement américain au sein de l’OTAN. Dans une volonté de se désengager des conflits mondiaux, Washington estimait que les Européens se reposaient trop sur les Etats-Unis pour leur défense, remettant en question la protection américaine. Plus que ses prédécesseurs, Donald Trump a plusieurs fois réclamé des efforts financiers de la part des Etats européens qui, pour la plupart, ne respectent pas les recommandations de l’Otan en termes de dépenses militaires. En effet, depuis 2006, les membres de l’Alliance ont pris pour règle de consacrer 2 % de leur PIB aux dépenses militaires. En 2020, seuls sept Etats de l’UE sur les vingt-et-un étant également membres de l’Otan respectaient cette règle : la Grèce (2,58 %), la Roumanie (2,38 %), l’Estonie (2,38 %), la Lettonie (2,32 %), la Pologne (2,30 %), la Lituanie (2,28 %) et la France (2,11 %) selon les estimations de l’organisation. Si le ton s’est adouci avec l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche en janvier 2021, cette exigence n’a pas varié. En parallèle, le retour des démocrates au pouvoir a relancé le débat sur l’autonomie stratégique de l’UE.

A ces reproches s’est ajoutée, fin 2019, une crise diplomatique entre les membres de l’Otan. Les tensions se sont cristallisées lorsque la Turquie a lancé une offensive contre les forces kurdes au nord de la Syrie, à l’aune du retrait militaire unilatéral des Etats-Unis du pays. Les deux Etats membres de l’Otan, ayant agi unilatéralement sans consulter leurs partenaires, se sont attirés les foudres de la coalition internationale. De nouvelles crises ont suivies en 2020 avec le retour des tensions gréco-turques en Méditerranée orientale qui ont à nouveau opposées deux membres de l’alliance atlantique. Ces événements ont poussé certains pays européens, la France en tête, à réclamer une réforme des objectifs politiques de l’organisation. Une réflexion a été menée en ce sens avec la publication d’un rapport intitulé “OTAN 2030 - Unis pour une nouvelle ère” en décembre 2020.

Le Brexit devrait également changer la donne en matière d’organisation militaire de l’UE : le Royaume-Uni, lorsqu’il était membre de l’UE, avait historiquement été un frein au développement d’une politique européenne de défense, s’opposant à une structure concurrente de l’Otan. Les questions de sécurité et de défense ne faisant pas partie du l’accord de commerce et de coopération conclu en décembre 2020, il n’existe actuellement aucun cadre formel de coopération entre l’UE et le Royaume-Uni, en dehors de l’Otan, même si des discussions ont lieu pour s’accorder sur un nouveau cadre de coopération. Enfin, cela n’empêche pas le Royaume-Uni de maintenir des liens bilatéraux très forts en la matière, comme avec la France.

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