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Otan, adhésion à l’UE, sanctions, envoi d’armes, réfugiés… les réponses à cinq questions sur la guerre en Ukraine et l’Europe

L’invasion de l’Ukraine par la Russie depuis le 24 février constitue un événement aux conséquences majeures pour l’Europe. Pour y voir plus clair, nous avons sélectionné cinq questions clés sur les origines du conflit et les réactions de l’Union européenne.

Dans le contexte de la guerre en Ukraine, l'Union européenne se mobilise fortement sur plusieurs aspects centraux liés au conflit - Crédits : ValtimorN / iStock
Dans le contexte de la guerre en Ukraine, l’Union européenne se mobilise fortement sur plusieurs aspects centraux liés au conflit - Crédits : ValtimorN / iStock

Une adhésion de l’Ukraine à l’Otan est-elle envisageable ?

L’Ukraine n’est pas membre de l’Otan, mais elle a régulièrement fait part de sa volonté de la rejoindre. Ce qui représente une ligne rouge pour Vladimir Poutine : une telle perspective constituerait selon lui une menace pour la sécurité de la Russie qu’il dirige. Avec l’invasion militaire de l’Ukraine lancée le 24 février, il espère au moins l’éloigner des Américains et des Européens, si ce n’est la faire complètement revenir dans le giron russe.

Dès la fin 2004, la révolution orange augure d’un rapprochement de Kiev avec l’Otan. Ce mouvement populaire naît de la contestation des résultats de l’élection présidentielle, qui voit le chef d’Etat sortant Viktor Ianoukovytch, pro-russe, l’emporter. Le vote, considéré comme irrégulier par nombre d’Ukrainiens et d’observateurs internationaux, est finalement annulé par la Cour suprême. Au terme d’un nouveau second tour, le pro-européen Viktor Iouchtchenko l’emporte. C’est sous son mandat que les Etats membres de l’Otan promettent à l’Ukraine, lors d’un sommet de l’alliance militaire à Bucarest en avril 2008, son adhésion future. De même qu’à la Géorgie, autre Etat souhaitant bénéficier de cette protection face à Moscou.

L’accession à la présidence de Viktor Ianoukovytch, qui parvient finalement à se faire élire en 2010, éloignera cependant l’Ukraine de l’Alliance atlantique. Mais son refus de signer un accord d’association avec l’Union européenne et son désir de se rapprocher davantage du voisin russe donnent naissance en novembre 2013 au mouvement populaire pro-européen Euromaïdan, qui le pousse à s’enfuir en Russie. En juin 2014, dans un contexte d’annexion de la Crimée par Moscou et de prise du pouvoir par des sécessionnistes anti-Maïdan soutenus par les Russes dans les régions de Lougansk et de Donetsk, à l’est du pays, Petro Porochenko lui succède. Il est en faveur d’un rapprochement avec l’Otan et l’UE. A la fin de son mandat, les parlementaires ukrainiens votent à une large majorité en février 2019 l’inscription dans la Constitution de l’aspiration de l’Ukraine à rejoindre les deux organisations.

Malgré tout, l’entrée du pays dans l’Otan paraît encore très incertaine. Car son intégration à l’Alliance atlantique signifierait que les autres Etats membres devraient lui porter assistance en cas d’agression militaire, ce qu’elle connaît depuis 2014 de la part de la Russie. Or cette dernière est une puissance nucléaire et la deuxième armée au monde. Aucun pays de l’Otan ne veut entrer dans un conflit impliquant potentiellement l’arme atomique, dont l’utilisation pourrait entraîner des conséquences dévastatrices pour l’ensemble de l’humanité.

L’Ukraine rejoindra-t-elle l’Union européenne ?

La question de l’adhésion à l’Otan est souvent couplée, en Ukraine du moins, à celle de l’adhésion à l’UE. Volodymyr Zelensky, président ukrainien depuis mai 2019, partage la volonté de son prédécesseur de rejoindre l’Alliance atlantique et l’UE.

Le 28 février 2022, quatre jours après l’invasion russe, il signe une lettre de candidature formelle à l’adhésion, appelant à une intégration “sans délai” de son pays via une “procédure spéciale”. Le 3 mars, la Géorgie et la Moldavie, se sentant elles aussi davantage menacées par la Russie, déposent à leur tour leur candidature. Côté européen, la demande est accueillie avec respect et suscite des marques de solidarité. Dès le 1er mars, les députés européens votent ainsi une résolution demandant “aux institutions de l’Union de faire en sorte d’accorder à l’Ukraine le statut de candidat à l’Union européenne”.

Toutefois, une intégration rapide du pays paraît peu probable. L’adhésion accélérée appelée par le président Zelensky n’est pas prévue par les traités européens, et a été exclue par les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept lors de leur sommet de Versailles, les 10 et 11 mars. Et si la candidature ukrainienne était officiellement acceptée, une étape qui prend habituellement plusieurs années, Kiev devrait mettre en œuvre d’importantes réformes pour se conformer aux critères d’adhésion. Parmi eux, un Etat de droit stable et une économie de marché viable, des conditions difficiles à respecter pour un pays en guerre.

Quelles sanctions ont été prises par l’UE contre la Russie ?

Moscou subit des sanctions européennes depuis 2014 et son annexion de la Crimée. Ces mesures restrictives, ciblant notamment des personnalités russes mais aussi le secteur de l’énergie, ont déjà eu un impact important sur l’économie de la Russie.

Mais les nouvelles sanctions, prises conjointement par l’UE et d’autres pays du monde après l’invasion de l’Ukraine lancée le 24 février 2022, sont inédites par leur ampleur. Celles-ci réduisent l’accès de la Russie aux marchés (européens) des capitaux, excluent plusieurs banques du système de messagerie bancaire Swift (le plus utilisé au monde), gèlent les avoirs de la Banque centrale de Russie dans l’UE ou encore ferment l’espace aérien des Vingt-Sept aux avions russes. Des mesures qui visent à asphyxier l’économie du pays et ainsi mettre la pression sur le Kremlin.

Sur le plan médiatique, les Vingt-Sept ont aussi pris la décision d’interdire la diffusion dans l’UE des médias Russia Today et Sputnik, proches du pouvoir russe et propagateurs de fausses informations sur le conflit.

En revanche, les Européens n’ont pour l’heure pas décidé de cesser leurs importations d’hydrocarbures russes, en raison de leur dépendance à ces matières premières. Ils réfléchissent cependant au moyen de s’en passer au plus vite, la Commission européenne ayant notamment proposé un plan à ce sujet le 8 mars.

Qu’a décidé l’UE en matière d’envoi d’armes aux Ukrainiens ?

Pour la toute première fois, l’Union européenne s’apprête à financer l’achat et la livraison d’armes et autres équipements à destination d’un pays faisant l’objet d’une attaque. C’est un moment charnière pour notre Union”, a affirmé la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, lors d’une déclaration à la presse le 27 février. Ce financement d’armes à destination d’un pays hors de l’UE est en effet une première.

Celui-ci a pu voir le jour à travers la Facilité européenne pour la paix. Créée en mars 2021, cet instrument permet à l’Union de financer ses opérations militaires dans des États tiers. Mais aussi de leur fournir une aide, qui peut prendre la forme d’armes létales. Cette possibilité a ainsi été utilisée dans le cadre de la guerre en Ukraine, par le financement de l’envoi de 450 millions d’euros d’armes aux Ukrainiens, ainsi que de 50 millions d’euros d’équipements de protection et de carburant. Une contribution que le chef de la diplomatique européenne Josep Borrell a proposé de doubler, le 11 mars lors du sommet des Vingt-Sept à Versailles. 

De nombreux Etats membres de l’UE, dont la France, ont aussi décidé de livrer à titre individuel des armes à l’Ukraine. Y compris la Finlande et la Suède, pourtant historiquement neutres, signe parmi d’autres du point de bascule historique que représente cette crise.

Comment l’UE accueille-t-elle les réfugiés ukrainiens ?

Plus de 2,5 millions d’Ukrainiens ont dû fuir leur pays depuis le début du conflit. Un nombre qui augmente considérablement chaque jour. La majeure partie de ces réfugiés se sont déplacés dans un pays de l’UE, dont plus de la moitié en Pologne. Celle-ci, de même que la Hongrie, la Slovaquie et la Roumanie, autres points d’entrée dans l’Union, n’ont pas hésité à ouvrir leurs portes pour les accueillir. Une solidarité dont ont aussi fait preuve les autres Etats membres, géographiquement plus éloignés de la guerre mais qui se sont également dit prêts à accueillir une part des réfugiés.

Au niveau européen, les ministres de l’Intérieur européen se sont mis d’accord le 3 mars sur l’activation d’un mécanisme de protection temporaire des réfugiés. Celui-ci fixe un cadre européen, à préciser dans chaque pays de l’UE, qui facilite et rend plus rapide leur accueil dans les 27 Etats membres.

En faisant appel à ce mécanisme, qui n’avait jamais été activé en vingt ans d’existence, l’UE permet aux Ukrainiens contraints de quitter leur pays de ne pas être soumis au règlement Dublin III, qui régit l’accueil des demandeurs d’asile. Par la simple justification de la nationalité ukrainienne, ces personnes obtiennent un statut temporaire de réfugié d’une durée d’un an, pouvant être renouvelé jusqu’à trois ans. 

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