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Guerre en Ukraine : les villes et les régions d’Europe mobilisées pour accueillir des réfugiés

Alors que la Russie poursuit son offensive et que l'Ukraine résiste à l'invasion, plus de 3 millions de personnes ont déjà quitté le pays, selon les Nations Unies. A l'Ouest, de nombreuses villes et régions de l'Union européenne s'organisent pour accueillir ces réfugiés.

Une femme et un enfant à Boutcha, au nord-ouest de Kiev, le 4 mars 2022
Une femme et un enfant à Boutcha, au nord-ouest de Kiev, le 4 mars 2022 - Crédits : Oleksandr Ratushnyak / Flickr UNDP Ukraine CC BY-ND 2.0

Le chiffre donne le vertige. Selon le Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR), plus de 3 millions de personnes ont quitté l’Ukraine depuis le début de la guerre le 24 février, en particulier des femmes et des enfants. Les Nations Unies estimaient auparavant que ce nombre pourrait atteindre 4 millions, avant de juger qu’il devait sans doute être revu à la hausse. Un phénomène massif que le Vieux Continent n’avait pas connu depuis des décennies.

Les pays de l’Est en première ligne

Les Etats membres frontaliers de l’Ukraine sont les premiers concernés par l’afflux de citoyens ukrainiens fuyant leur patrie dans des trains bondés, en voiture ou bien en autobus. Au 14 mars, la Pologne avait accueilli 1,8 millions de réfugiés, contre 264 000 en Hongrie et 213 000 pour la Slovaquie. Sans oublier la Moldavie, même si elle ne fait pas partie de l’Union européenne, où environ 337 000 personnes sont arrivées depuis l’Ukraine.

A l’occasion du sommet des Villes et des Régions d’Europe à Marseille les 3 et 4 mars, plusieurs responsables locaux et régionaux de l’est de l’UE ont témoigné des premiers jours de la guerre et de leurs conséquences. “Il est très difficile d’exprimer avec des mots la situation des réfugiés”, confiait Marius Ursaciuc, maire de Gura Humorului, une ville roumaine à une soixantaine de kilomètres de la frontière ukrainienne. “Dans un premier temps, les Ukrainiens les plus aisés financièrement sont arrivés avec leur voiture et se sont dirigés vers l’ouest ou le sud de l’Europe, où ils avaient parfois une partie de leur famille”, expliquait-il. Maintenant, certains restent plus longtemps et espèrent revenir un jour en Ukraine.

Selon Emil Boc, maire de Cluj-Napoca et ancien Premier ministre de la Roumanie, il y avait environ 18 000 enfants parmi les quelques 50 000 Ukrainiens présents dans son pays au début du conflit. Au 14 mars, plus de 450 000 réfugiés se sont rendus en Roumanie.

Chaque jour, de nouvelles vagues de personnes en provenance d’Ukraine nous arrivent”, témoigne pour sa part Hanna Zdanowska, maire de Łódź. Cette grande ville polonaise, située au cœur du pays, à un peu plus de 300 kilomètres de la frontière, est devenue l’un des principaux points d’accueil des orphelins ukrainiens. “Nous avons des bébés et des enfants jusqu’à 9 ou 10 ans. Ils ont besoin de chaleur, d’amour, de câlins”, insiste-t-elle. L’édile entend séparer le moins possible les enfants qui veulent rester ensemble. Un défi pour les autorités, car “en Pologne, les orphelinats regroupent au maximum 14 enfants. En Ukraine, cela peut monter jusqu’à 100 ou 150 enfants par institution”, relève Hanna Zdanowska. Sans compter les traumatismes familiaux souvent vécus par ces jeunes gens, qui devront désormais vivre avec un nouveau choc provoqué par la guerre.

Coordination européenne

Les régions les plus proches de l’Ukraine sont donc devenues des points de passage pour se rendre parfois plus à l’ouest, où la solidarité s’organise. “Nous devons avoir une organisation très forte pour l’accueil des réfugiés : tous les niveaux de décision doivent être coordonnés”, souligne Dario Nardella, maire de Florence et président d’Eurocities, un réseau européen de plus de 200 Villes. “En Italie, nous avons une expérience importante de coopération entre les autorités locales et les associations spécialisées comme la Croix-Rouge”. De nombreux Italiens proposent déjà des solutions d’hébergement aux autorités pour recevoir les populations déplacées.

De son côté, l’Union européenne a accordé un statut de protection temporaire aux réfugiés et débloqué de l’argent pour soutenir l’accueil de ces personnes fuyant l’Ukraine. “Nous faisons aussi jouer pleinement la flexibilité du budget de l’Union pour que les Etats membres puissent financer des actions en faveur des réfugiés, en matière, par exemple, de logement, de scolarisation ou de soins médicaux”, a assuré la présidente de la Commission européenne à l’issue du sommet de Versailles le 11 mars dernier. Cela signifie que les Régions peuvent utiliser les fonds de la politique de cohésion 2014-2020 qui n’auraient pas encore été dépensés pour aider les réfugiés ukrainiens. Aussi, environ 10 milliards d’euros provenant de React-EU, une petite partie du plan de relance européen, sont immédiatement disponibles sur l’année 2022 et peuvent également servir à financer des actions visant à soutenir les personnes fuyant l’armée et les bombardements russes. Des revendications portées notamment par le Comité européen des régions.

La France s’organise pour accueillir les réfugiés

Dans l’Hexagone aussi, les municipalités se mobilisent. Le jeudi 24 février, la Russie commence l’invasion de sa voisine. Dès le dimanche, à 20h, les premiers Ukrainiens fuyant la guerre arrivent à Autun, en Bourgogne. “Le lien s’est fait très vite avec la mairie : des habitants avaient de la famille et m’ont demandé ce que nous pouvions faire pour les accueillir”, nous explique Vincent Chauvet, le premier magistrat de cette ville de 13 000 habitants.

Avec l’aide d’un brocanteur de la commune et des dons des habitants, il aménage de quoi héberger plusieurs personnes. L’expérience accumulée des précédentes arrivées de réfugiés afghans ou syriens en France a permis aux autorités locales d’être réactives avec le soutien du réseau d’acteurs institutionnels, associatifs et bénévoles du territoire. “J’avais déjà une liste de 7 ou 8 logements communaux vides”, assure ce maire. Dans les 10 premiers jours du conflit, 25 personnes aux profils très différents sont parvenues jusqu’à Autun : “il y a un chauffeur poids lourd, une professeure de yoga, un chef d’entreprise…”, énumère Vincent Chauvet.

Collectes de produits essentiels à Nîmes, Fontainebleau ou dans des communes rurales, accueil dans les Landes… Les initiatives se sont multipliées partout sur le territoire. Non seulement pour héberger des réfugiés mais également pour envoyer du matériel humanitaire – médicaments, tentes, duvets… – en Ukraine et dans les régions frontalières.

Les élus comptent ainsi sur le solidarité des Françaises et des Français. Une plateforme a été développée et permet de faire le lien entre les bénévoles et les ONG, tandis qu’un comité de suivi s’est mis en place au niveau du gouvernement afin d’organiser avec les collectivités locales la politique d’accueil. Les autorités évaluaient à 100 000 le nombre d’Ukrainiens que pourrait compter la France sur son territoire dans les prochaines semaines.

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