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Guerre en Ukraine : “Faire en sorte que l’UE ne se retrouve plus en position de vulnérabilité”

Séamus Boland, président du groupe Diversité Europe du Comité économique et social européen (CESE), souligne le travail "héroïque" des volontaires de la société civile, aujourd'hui sur le terrain de guerre, et demain quand viendra le temps de la reconstruction alors que "l'Europe devra donner une forte impulsion".

Pour Séamus Boland, il faut "faire en sorte que l'UE ne puisse jamais se retrouver en position de vulnaribilité à cause des agissements de pays tiers" - Crédits : CESE
Pour Séamus Boland, il faut “faire en sorte que l’UE ne puisse jamais se retrouver en position de vulnérabilité à cause des agissements de pays tiers” - Crédits : CESE

Depuis 77 ans, le monde avait pris coutume de se congratuler en entonnant le refrain du “plus jamais ça”. Plus jamais nous ne nous infligerions une inhumanité comme celle endurée par les Européens au cours des Deux Guerres mondiales, durant un vingtième siècle qui aura été le témoin d’atrocités. Hélas, nous replongeons aujourd’hui au cœur du siècle dernier, contraints d’assister incrédules à l’assaut lancé par le président de la Russie pour envahir illégalement l’Etat souverain qu’est l’Ukraine, dont la population se trouve ainsi exposée à d’indicibles souffrances.

Des civils sont massacrés dans la rue, dans leur propre foyer. Les infrastructures sont ravagées et les enfants, trop jeunes victimes, prennent soudain conscience de ce qu’est le mal dans toute sa sauvagerie et son absurdité. Leurs yeux sont vides, ils apparaissent livides ; en un mot, le monde de leur enfance a sombré sans qu’ils comprennent pourquoi. Les pays voisins prennent peur. Il y a quelques mois de cela, M. Poutine assurait qu’il n’envahirait jamais l’Ukraine. Ce mépris complet pour la vérité n’a jamais signifié et ne signifiera jamais autre chose qu’une absence totale de crédibilité de ses propos.

Le monde apparaît depuis lors comme paralysé par son impuissance. Pas tout à fait cependant, car malgré l’incapacité des Nations unies à faire cesser cette folie, la société civile s’est rapidement mobilisée pour apaiser les souffrances les plus aiguës. Jour après jour, nous prenons connaissance de l’aide prodiguée par des volontaires membres de groupes de la société civile, qui risquent leur vie au quotidien. Ils apportent leur secours en convoyant des biens essentiels, comme de la nourriture, de l’eau, des médicaments et des vêtements pour bébés. Ils se rendent en Ukraine, d’où ils ramènent des réfugiés trop malades et exténués pour entreprendre le voyage jusqu’à la frontière.

Des volontaires de terrain

Partout dans l’UE, des organisations et notamment des ONG, des volontaires de terrain, des représentants des employeurs et des membres de syndicats se sont rassemblés pour encadrer l’assistance fournie. Ils s’emploient notamment à organiser l’aide en faveur de l’Ukraine et prêtent secours aux réfugiés, risquant leur vie pour sauver des enfants dans les zones prises sous le feu, et bien plus encore.

Il apparaît maintenant clairement que l’UE doit faire face à des problèmes colossaux à cause de cette guerre insensée. Des millions et des millions de réfugiés ont déjà quitté l’Ukraine, pour l’immense majorité d’entre eux des femmes, des enfants et des vieillards. À court terme, ils auront besoin d’un soutien massif, pour satisfaire des besoins élémentaires comme la nourriture et l’hébergement, mais aussi en matière d’assistance médicale ou encore pour obtenir une aide à l’emploi. À plus longue échéance, ils auront besoin d’un meilleur logement, d’un accès à toute une série de services essentiels comme la santé, l’éducation, l’emploi, ou encore d’une aide pour surmonter le stress post-traumatique que ce déplacement leur aura inévitablement infligé. Si les différents gouvernements de l’UE devront réorganiser leurs budgets, cette charge devra en grande partie être supportée par les organisations de la société civile, lesquelles dépendront à leur tour de vastes contingents de volontaires.

De même, les millions de personnes restées au pays se retrouveront immensément plus vulnérables face aux problèmes de santé et à la misère. D’une manière ou d’une autre, il faudra apporter de l’aide dans ces zones où sévit la guerre, et c’est là aussi une tâche qui reviendra certainement à l’éventail des organisations de la société civile présentes sur place. Dans le cadre de cette action menée par la société civile, de nombreux membres du groupe “Diversité Europe” du Comité économique et social européen (CESE) apportent leur concours direct. Cette participation héroïque démontre les qualités et la capacité d’organisation de nos membres.

Une crise à l’intérieur de la crise

La vulnérabilité des personnes restées au pays est un problème on ne peut plus concret. Comme l’a fait observer notre collègue, M. Ioannis Vardakastanis, président du Forum européen des personnes handicapées, “nous sommes en présence d’une crise à l’intérieur de la crise”. “Les personnes handicapées éprouvent de graves difficultés pour se déplacer jusqu’à un abri, ou fuir la guerre en circulant à l’intérieur de l’Ukraine ou en direction d’un autre pays. Aussi bien la Commission européenne que les Nations Unies doivent assurer un traitement prioritaire de ces personnes”, a-t-il ajouté.

Pour l’heure, il est extrêmement difficile de prédire ce que sera le dénouement de cette tragédie. Pour cette raison, la réalité qui s’impose aux Ukrainiens comme au reste de l’Europe demeure incertaine. Dans ce contexte, l’Europe aura besoin qu’une impulsion forte soit donnée de la part aussi bien de ses dirigeants politiques que de la société civile. Il faudra, ce faisant, exiger des résultats quant à la réorientation de la politique énergétique, afin de réduire notre dépendance aux combustibles fossiles provenant de Russie ou d’autres pays extra-européens. Il faudra aussi dépasser la rhétorique de la condamnation perpétuelle et établir des plans pour la paix ; ou bien, si la paix n’est pas envisageable dans l’immédiat, des plans pour faire en sorte que l’UE ne puisse jamais se retrouver en position de vulnérabilité à cause des agissements de pays tiers, en particulier de ceux régis par des principes étrangers à la démocratie.

L’invasion de l’Ukraine doit s’imposer à nous comme l’illustration d’un échec massif pour notre civilisation collective. Toutes nos structures ont échoué, celles-là mêmes qui devaient pérenniser le mot d’ordre du “plus jamais ça” au sortir de la Seconde Guerre mondiale. C’est pourquoi l’UE doit en appeler au commencement d’un monde nouveau, faute de quoi la civilisation humaine serait condamnée à commettre encore et toujours les mêmes erreurs tragiques.

Après avoir vu à la télévision le regard vide d’une fillette qui avait perdu ses parents et sa fratrie, elle qui vivait encore les joies ordinaires d’une famille comme les autres il y a quelques mois seulement, mon cœur se brise à l’idée que nous soyons condamnés à revivre continuellement un tel sort.

Par Séamus Boland, président du groupe “Diversité Europe” du Comité économique et social européen

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