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Global Gateway : un plan d’aide au développement pour contrer la Chine

La Commission européenne a présenté une nouvelle stratégie d'aide au développement à destination des pays hors de l'UE. Visant un investissement de 300 milliards d'euros dans les routes, les chemins de fer ou encore le numérique, le plan est conçu comme une riposte aux ambitions d'influence de Pékin.

La Chine a multiplié les investissements stratégiques en-dehors de son territoire, comme pour le port de Colombo, au Sri Lanka
La Chine a multiplié les investissements stratégiques en-dehors de son territoire, comme pour le port de Colombo, au Sri Lanka - Crédits : Shakeel Sha / iStock

L’Europe s’est jointe hier à la grande bataille pour l’influence mondiale”, entame le quotidien catalan La Vanguardia. “La stratégie présentée mercredi 1er décembre à Bruxelles, intitulée ‘Global gateway’ (Portail global) prévoit d’investir 300 milliards d’euros […] autour de la planète, jusqu’en 2027″ dans une série de projets d’infrastructures, complète Ouest-France.

Fibre optique, énergies vertes, santé…

Le projet poussé par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen “se concentrera [en effet] sur les infrastructures physiques, notamment les câbles à fibre optique, les énergies vertes et les transports, ainsi que sur les systèmes de santé et l’éducation”, fait savoir le Financial Times. Avec cette aide, “Global Gateway espère également diffuser la technologie et l’expertise européennes dans les pays en développement”, rapporte la Deutsche Welle.

Le plan européen mêle des financements privés et publics. “Dans le détail, l’initiative sera financée à concurrence de 18 milliards d’euros de subventions aux secteurs prioritaires […], pour autant que ces projets soient liés à la connectivité” [L’Echo]. En plus de cette enveloppe issue du budget de l’UE, “les institutions financières des Etats membres et la [Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd)] apporteront des financements provenant de leurs propres réserves pour 145 milliards d’euros”, poursuit le journal belge. Enfin, “une part de 135 milliards d’euros proviendra du Fonds européen pour le développement durable (FEDD+) et de la [Banque européenne d’investissement (BEI)], sous forme d’investissements étalés de 2021 à 2027″ [L’Echo].

Rivaliser avec la Chine…

S’agit-il de contrer la Chine ? Clairement, oui !”, avance le journaliste Bruno Ripoche pour Ouest-France. “Ce n’est pas dit explicitement mais chacun le comprend ainsi : le projet exposé par Ursula von der Leyen concurrence frontalement le colossal plan chinois d’investissement lancé en 2013 et baptisé ‘les Nouvelles routes de la soie’ ” [France info].

Cette politique menée par le président Xi Jinping “a permis de développer des infrastructures routières, ferroviaires et portuaires reliant la Chine au reste de la planète” [L’Echo]. Pékin “a déjà consacré à ce plan 124 milliards d’euros depuis huit ans. En réalité il s’agit d’une politique d’influence sur des pays pauvres - souvent corrompus - qui se surendettent pour construire des routes, des aéroports ou des lignes de chemin de fer” et qui ont ensuite des difficultés pour rembourser, explique France info. “Des marchés fréquemment passés sans appels d’offres, des conditions de travail parfois exécrables et personne ne s’embarrasse de considérations sociales ou environnementales”, estime la station de radio française.

Si l’argent de Pékin s’est répandu en Afrique ou en Amérique latine, “il n’est pas nécessaire d’aller bien loin pour trouver des partisans de l’initiative chinoise”, note par ailleurs Politico. “Le port grec du Pirée, l’un des terminaux à conteneurs les plus fréquentés de la Méditerranée, a pour principal actionnaire l’entreprise publique chinoise COSCO”, poursuit le média, qui cite également Chypre parmi les “fans irréductibles” des Nouvelles routes de la soie.

… avec un contre-modèle

Le contre-projet européen relève donc, pour la Commission, d’un enjeu de souveraineté européenne. “Cela n’a pas de sens que l’Europe construise une route parfaite entre une mine de cuivre sous propriété chinoise et un port également sous propriété chinoise”, avait déclaré Ursula von der Leyen lors de son discours sur l’état de l’Union en septembre dernier [Ouest-France].

Pour mieux se démarquer des pratiques de Pékin, la commissaire aux Partenariats internationaux Jutta Urpilainen “promet des ‘partenariats d’égal à égal​’ et Ursula von der Leyen des projets ‘respectueux des valeurs démocratiques​’ et des ‘normes sociales et environnementales les plus élevées​’ “, rapporte Ouest-France. “L’UE va insister sur la nécessité pour les pays partenaires de respecter des règles telles que la bonne gouvernance et la transparence” des contrats passés dans le cadre de Global Gateway [Politico].

L’initiative ne devrait pas financer d’énergies fossiles et “si le projet est lancé dans un pays où survient un coup d’Etat, ou qui ne respecte plus les droits humains, nous pourrons le suspendre”, a déclaré un haut fonctionnaire de la Commission [L’Echo].

L’objectif est de tisser des liens, et non de créer des dépendances”, résume le document de présentation de la stratégie européenne, cité par La Vanguardia. “Ce qui ressort clairement du projet, c’est la nouvelle ambition de la Commission de faire de l’UE un acteur sérieux sur la scène mondiale des infrastructures”, note le Financial Times. “Reste à savoir si les résultats seront à la hauteur de cette ambition”, conclut le journal économique.

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