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Adhésion des Balkans occidentaux à l’UE : que souhaitent les Etats membres ?

Au sein de cette région du sud-est de l'Europe, plusieurs pays frappent à la porte de l'Union européenne depuis des années et sont toujours en attente de la relance des élargissements. Pour adhérer, les Balkans occidentaux ont besoin que les Etats membres se mettent d'accord à l'unanimité.

En marge du Conseil européen des 23 et 24 juin 2022, les chefs d'Etat et de gouvernement des pays de l'UE vont rencontrer les dirigeants des Balkans occidentaux - Crédits : Toute l'Europe
L’ouverture des négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et l’Albanie constitue l’un des enjeux actuels des relations Union européenne-Balkans occidentaux - Crédits : Toute l’Europe

Un nouveau sommet UE-Balkans s’est déroulé le 23 juin 2022 à Bruxelles. Ces réunions des dirigeants de l’Union et des Balkans occidentaux ont pour objectif de faire le point sur les processus de candidature en cours. Le seul pays de la région à avoir intégré l’UE est la Croatie en 2013.

Les six autres pays des Balkans occidentaux non membres de l’Union n’en sont pas tous au même stade dans le processus d’intégration. Parmi eux, quatre sont officiellement reconnus comme candidats : il s’agit de la Macédoine du Nord (depuis 2005), du Monténégro et de la Serbie (depuis 2012) ainsi que de l’Albanie (depuis 2014). La Bosnie-Herzégovine et le Kosovo sont quant à eux considérés comme “candidats potentiels”. La première a déposé sa candidature en 2016 mais n’a pas encore obtenu le statut de candidat. Quant au second, il a fait part de son intention de rejoindre l’UE mais n’a pas encore candidaté.

Dans le contexte de la guerre en Ukraine depuis la fin du mois de février 2022, plusieurs Etats membres de l’Union ont insisté pour relancer l’élargissement dans les Balkans. A l’occasion d’une réunion des pays de l’Europe du sud-est à Thessalonique le 10 juin 2022, le Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis a notamment profité de ce sommet pour proposer l’intégration des Etats des Balkans occidentaux à l’UE d’ici à 2033.

L’Autriche, également fervente défenseuse de l’idée d’une adhésion rapide des Balkans, avait de son côté invité ses partenaires européens à envoyer des “signaux clairs” aux pays des Balkans lors du sommet du 23 juin, en particulier à la Macédoine du Nord, à l’Albanie et à la Bosnie-Herzégovine, en soulignant “le grand potentiel de déstabilisation de la Russie non seulement à l’est de l’Europe, mais aussi au sud-est”. Autre exemple, la Slovénie, qui milite activement pour que la Bosnie-Herzégovine obtienne le statut de candidat à l’UE.

Des freins à l’intégration

La déclaration finale du sommet UE-Balkans d’octobre 2021, l’avant-dernier en date, réaffirmait le “soutien sans équivoque à la perspective européenne des Balkans occidentaux” des Vingt-Sept et insistait sur l’engagement de l’Union “en faveur du processus d’élargissement”. En raison notamment d’un intérêt stratégique mutuel entre les deux parties. Cette rencontre avait notamment débouché sur un plan économique et d’investissement de 30 milliards d’euros pour sept ans afin de financer les transports, la transition énergétique, la santé, la formation ou la numérisation de l’économie de ces pays candidats.

Des freins à l’intégration européenne persistent cependant. Tels que les tensions récurrentes de nature frontalière ou ethnique entre les populations de l’ex-Yougoslavie. Mais les divisions entre les Etats membres de l’UE sur cette question ralentissent également le processus. Le blocage actuel par la Bulgarie de l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et l’Albanie en est un exemple. 

Sofia exige en effet que la Macédoine du Nord inclue la protection de la minorité bulgare dans sa constitution. La Bulgarie avait déjà refusé en 2020 le “cadre de négociation”, qui devait constituer la feuille de route de Skopje pour adhérer à l’Union européenne. De plus, ce veto empêche également l’Albanie d’avancer dans le processus d’élargissement car les Etats membres ont décidé de lier les candidatures macédonienne et albanaise. 

A la tête de la présidence tournante du Conseil, la France a formulé une solution pour surmonter le blocage bulgare. Il a récemment été proposé à Sofia que le respect du futur accord bilatéral avec la Macédoine du Nord, qui réglera leurs différends, fasse partie du cadre de négociation du pays. Une proposition vue d’un bon œil par le gouvernement de Kiril Petkov. Mais en proie à une importante crise politique, il semblait peu probable que la Bulgarie lève son veto à l’occasion du sommet du 23 juin. Ce qui n’a effectivement pas été le cas. Dès le 24 juin cependant, le Parlement bulgare a voté en faveur de la proposition française, laissant finalement entrevoir une ouverture des négociations à la Macédoine du Nord et à l’Albanie dans un avenir proche. 

Pour les dirigeants de ces pays et des autres Etats des Balkans occidentaux, le sommet du 23 juin avec les Vingt-Sept s’est avéré décevant. Alors qu’ils espéraient certaines avancées à l’issue de cette rencontre - une ouverture des négociations avec la Macédoine du Nord et et l’Albanie, l’octroi du statut de candidat à la Bosnie-Herzégovine et une libéralisation des visas pour le Kosovo - ils sont repartis sans aucune promesse. Les chefs d’Etat et de gouvernement de Serbie, de Macédoine du Nord et d’Albanie en particulier n’ont ainsi pas manqué d’exprimer leur frustration. “Nous n’avons rien obtenu”, a déclaré le président serbe Aleksandar Vučić. “C’est un coup dur pour la crédibilité de l’Union européenne”, a de son côté considéré le Premier ministre macédonien Dimitar Kovačevski.

Communauté de valeurs

L’intégration immédiate des Balkans occidentaux dans l’UE n’apparaît donc pas possible alors que le temps presse. Dans la région, des puissances concurrentes de l’Union, Chine et Russie en tête, sont aux aguets et tentent d’étendre leur influence au maximum. Pour répondre à cette urgence sans bâcler le processus d’élargissement, Emmanuel Macron a avancé le 9 mai dernier un projet de Communauté politique européenne (CPE), validée par les Etats membres lors du Conseil européen des 23 et 24 juin. 

Le but ? Créer une structure rassemblant les pays d’Europe qui ne peuvent pas encore rejoindre l’UE ou qui ne le souhaitent pas autour de valeurs démocratiques communes. Cette organisation, qui se veut complémentaire à l’Union et non comme une alternative à l’adhésion, a vocation à faciliter les coopérations entre Etats dans des domaines de premier plan, tels que la sécurité, l’énergie ou encore les infrastructures. Les Balkans occidentaux seront ainsi invités à y participer à cette nouvelle organisation européenne. 

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