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Quelle confiance les Européens accordent-ils aux médias ?

Ces dernières années, la défiance vis-à-vis des médias s’est accrue en Europe. La pandémie pourrait cependant avoir redonné quelque crédit aux journalistes, du moins en France.

Quelle confiance les Européens accordent-ils aux médias ?
Crédits : asiandelight / iStock

En 2019, un Eurobaromètre sur les habitudes médiatiques dans l’Union européenne montrait qu’en moyenne, 37 % des citoyens européens déclaraient n’avoir qu’une confiance “faible ou nulle” à l’égard des médias et 42 % une confiance “moyenne”. Seul un Européen sur cinq (21 %) affirmait avoir une confiance “élevée dans les médias.

Un constat qui cache d’importantes disparités nationales. Le manque de confiance était majoritaire en Espagne et en Grèce, où respectivement 58 % et 54 % des sondés disaient avoir peu voire pas du tout confiance envers leurs médias. La France se classait troisième avec 47 %, suivie de la Slovénie (46 %), de la Croatie et de Malte (45 % chacun).

A l’inverse, le niveau de confiance était le plus élevé au Portugal (37 % des sondés disaient avoir une confiance élevée dans leurs médias), en Slovaquie (35 %), et en Roumanie (31 %). La France se retrouvait en avant-dernière position : moins d’un Français sur dix (9 %) avait une confiance élevée dans les médias, très loin de la moyenne européenne (21 %).

Erosion continue

En avril 2020, le site Nieman Reports, affilié à l’université d’Harvard, expliquait que les médias étaient confrontés à un test de confiance avec la pandémie. Citant une enquête mondiale menée par l’agence Edelman, le média expliquait que les journalistes étaient considérés comme “la source d’information la moins fiable concernant la pandémie, même si une majorité importante de la population mondiale reçoit ses mises à jour sur le coronavirus par le biais de médias nationaux bien établis” .

Le site constatait que le niveau de confiance vis-à-vis des médias s’était érodé de 2014 à 2019. S’appuyant sur les résultats d’une enquête Ipsos, l’article estimait que “la confiance a généralement diminué en Europe” . En outre, “l’impact de ce déclin varie fortement d’un pays à l’autre” selon l’étude, qui constate là aussi “une forte division” Nord/Sud. En Allemagne et en Suède, la chute de confiance a ainsi été moindre qu’en Espagne par exemple.

Une cote qui remonte en France ?

Un constat qui valait aussi, jusqu’il y a peu, pour la France, même si les derniers chiffres peuvent donner un peu d’espoir. Dans son baromètre annuel mesurant la confiance des Français à l’égard des médias, La Croix révèle qu’en 2020, l’information sur la crise sanitaire a provoqué un “regain d’intérêt pour l’actualité” . Deux tiers des Français (67 %) s’y sont intéressés, soit 8 points de plus qu’en 2019. Une remontée assez spectaculaire, l’intérêt pour l’information ayant “atteint son plus bas niveau historique” cette année-là.

La crédibilité des médias, elle, s’est aussi (légèrement) améliorée, et ce quel que soit le support (+ 2 points pour la radio, le journal et la télévision, + 5 points pour Internet). Une première depuis 2015. Pour autant, “d’année en année, la suspicion de soumission des journalistes aux pressions des pouvoirs de l’argent et du pouvoir politique reste profondément ancrée auprès des Français” , concluait le journal en 2017. Trois ans plus tard, la situation ne s’était guère améliorée : 63 % des sondés estimaient que les journalistes ne résistaient pas aux pressions des partis politiques et du pouvoir et 59 % à celles de l’argent.

Dans une interview accordée à Thinkerview, l’économiste Julia Cagé dénonçait quant à elle “une surconcentration du secteur médiatique entre un tout petit nombre d’actionnaires industriels qui viennent d’un secteur qui n’est pas celui des médias” . Une concentration que l’on retrouve dans d’autres pays européens, selon l’ONG Reporters Sans Frontières. Le financement des médias dépendant de quelques hommes d’affaires, souvent proches du pouvoir, alimente cette perception des médias comme manquant d’indépendance, avec des répercussions sur le traitement de l’information.

Les Européens prêts à payer pour une information de qualité ?

L’Observatoire européen du journalisme décrivait, en juin 2020, une nouvelle tendance : “si la confiance envers les médias est au plus bas, le nombre de personnes payant pour s’informer est en légère progression” . Pour l’institut, “le recours de plus en plus diffus à des modèles numériques payants commencerait donc à avoir un impact” .

Parmi les raisons invoquées par les abonnés, “on retrouve la spécificité et la qualité du contenu” , ce qui répondrait, analysent les auteurs de l’étude, “à la stratégie, adoptée par certains journaux [comme Le Monde en France] visant à réduire la quantité des publications en faveur de la qualité” . Ainsi dans les pays nordiques, un peu plus d’un quart des sondés (26 %) paieraient pour s’informer. Ils seraient 14 % aux Pays-Bas, 10 % en France et en Allemagne, selon l’étude du Reuters Institute reprise par l’observatoire.

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