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Quand l’Europe sensibilise les lycéens à la désinformation

La lutte contre la désinformation est devenue un enjeu majeur pour l’Union européenne, notamment depuis la crise du Covid-19. Pour sensibiliser les jeunes, Thierry Libaert, membre du Comité économique et social européen (CESE) spécialisé sur ces questions, est venu discuter avec les élèves de 1ère du lycée Léonard de Vinci de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine).

Thierry Libaert, conseiller au CESE, devant les élèves de 1ère du lycée Léonard de Vinci de Levallois-Perret, vendredi 4 février 2022 - Crédits / Toute l'Europe
Thierry Libaert, conseiller au CESE, devant les élèves de 1ère du lycée Léonard de Vinci de Levallois-Perret, vendredi 4 février 2022 - Crédits / Toute l’Europe

“Quel est votre a priori vis-à-vis de l’Union européenne ? Est-t-il plutôt positif ou négatif ?”. Thierry Libaert entame sa présentation par cette question. Le conseiller français du Comité économique et social européen a été invité, ce vendredi 4 février, à présenter l’Union européenne aux élèves de 1ère du lycée Léonard de Vinci à Levallois-Perret. Face à lui, une trentaine de lycéens en spécialité HGGSP (Histoire-géographie, géopolitique & sciences politiques). Un peu intimidés, ils restent silencieux, le regard fuyant sur les murs de la pièce tapissée de posters réalisés en classe et vulgarisant des sujets comme “Histoire et mémoire”.

“Oui plutôt une bonne image !” tentent finalement quelques élèves au premier rang, le doigt sagement levé pour demander la parole. “Et, est-ce que vous pouvez me dire ce que fait concrètement l’Union européenne pour vous ?” Silence. “Non, on ne sait pas vraiment”. Constat sans appel, mais le dialogue est lancé. 

Car c’est bien l’une des raisons de la présence de Thierry Libaert devant les élèves : leur faire connaître l’Europe et surtout ceux qui y travaillent. “J’encourage souvent mes collègues à se rendre dans des écoles pour parler de ce qu’ils font concrètement”, leur explique-t-il. Et comme 2022 a été consacrée Année européenne de la jeunesse, cette rencontre est un bon moyen de “rapprocher l’Europe des plus jeunes.” Alors, pendant une heure et demie, il leur raconte l’histoire de l’Union européenne, du traité de Rome en 1957 jusqu’au fonctionnement du CESE, en passant par la création de l’Euro.

“Monsieur, quand vous dites que le comité rend un “avis”, qu’est-ce que cela veut dire ?”, s’essaient certains. “Il s’agit de la réponse que l’on donne lorsque les institutions nous sollicitent sur un sujet. Et pour que cette réponse, ou avis, ait plus de poids, nous essayons de trouver un consensus parmi nous. Si un avis est voté avec moins de 75 % des voix, alors nous considérons que c’est un mauvais avis.”

Lutte contre la désinformation

Quelques fantasmes sautent aussi : “Je suis conseiller au CESE depuis 2010, selon vous combien est-ce que je gagne ?” Les élèves un peu surpris par la question, se prennent au jeu, amusés : “Plus que le SMIC ?”, “4 000 euros ?”, ” 320 000 euros !”. La réponse les déçoit presque. Il s’agit d’un poste bénévole : “Comme nous avons un travail à côté, seuls nos frais de logement et de restauration sont pris en charge.”

Cet exemple illustre un autre aspect de la présence de Thierry Libaert au Lycée Léonard de Vinci : “La désinformation, surtout vis-à-vis de l’UE, vient d’un manque de connaissance sur le sujet”. Une analyse légitime, puisque le conseiller, également expert en communication des organisations, a été le rapporteur de l’avis sur les Orientations de la Commission européenne visant à renforcer le code européen de bonnes pratiques contre la désinformation, adopté le 8 décembre 2021.

Un avis qui a émis des recommandations auprès de la Commission pour renforcer le code de bonnes pratiques né en 2018. A l’origine, il préconise la fermeture des faux comptes ou encore la démonétisation des fournisseurs de désinformation. Facebook, Google, Mozilla et Twitter l’ont même signé en octobre 2018 (suivis par Microsoft en 2019 et TikTok en 2020).

Le CESE recommande, lui, d’empêcher l’émergence des campagnes de désinformation au lieu de contenir leur propagation, de tarir leur monétisation ou de faire preuve de vigilance par rapport à la parole, parfois importante, donnée à des pseudos experts sur les chaînes de télévision, particulièrement les chaînes d’information en continu.

Impliquer la jeunesse

La problématique de la désinformation a pris une forte ampleur avec l’épidémie de Covid-19 et les jeunes font partie des publics souvent touchés, via les réseaux sociaux. C’est pourquoi ces lycéens sont appelés à devenir acteurs de la lutte contre la désinformation.

“Votre classe a été sélectionnée pour participer à un événement organisé par le CESE tous les ans, Your Europe Your Say, Votre Europe, votre avis” (voir encadré), annonce Thierry Libaert. “Trois d’entre vous vont rencontrer, à distance, d’autres lycéens européens le 31 mars et 1er avril prochain. Ensemble, vous allez réfléchir à des solutions pour lutter contre la désinformation et réaliser des recommandations, comme si vous travailliez pour le Comité.” Afin de proposer les meilleures solutions possibles, les élèves commenceront par créer de A à Z une campagne de désinformation fictive. Une expérience qui plongera les adolescents au cœur du fonctionnement législatif de l’Union européenne.

“Your Europe, Your say”

Chaque année, le Comité économique et social européen organise l’événement “Votre Europe, votre avis” qui rassemble des lycéens de toute l’Europe. Il regroupe 33 établissements scolaires (un par Etat membre, accompagné des cinq pays candidats à l’adhésion que sont l’Albanie, la Macédoine du Nord, la Serbie, le Monténégro et la Turquie, ainsi qu’une des écoles européennes de Bruxelles) qui sélectionnent eux-mêmes trois élèves. Ces derniers sont amenés à réfléchir et débattre afin d’élaborer des recommandations à l’intention des institutions européennes.

Cette année, à l’occasion de la 13e édition, les étudiants devront réfléchir aux questions liées à la désinformation et aux infox. En plus de permettre à des lycéens d’émettre leur avis auprès des institutions européennes, ces journées d’échanges (31 mars - 1er avril) doivent les sensibiliser à la désinformation et les encourager à s’engager dans la lutte contre la diffusion des fausses informations. Une action liée au volet jeunesse de la Conférence sur l’avenir de l’Europe.

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