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"On ne fait pas l'Europe sans les Européens" : à Strasbourg, un week-end de débats citoyens

Strasbourg avait un air de capitale de la citoyenneté européenne, le week-end du 24 au 26 septembre. D’un côté, 200 citoyens venus de toute l’Europe débattaient au Parlement européen. De l’autre, 50 personnes du Grand Est discutaient du futur de l’Union européenne. Des évènements bien distincts, mais tous deux organisés dans le cadre de la Conférence sur l’avenir de l’Europe.

Grecs, Italiens, Portugais... tous les Etats membres étaient représentés pour discuter de démocratie, de sécurité et d'état de droit
Grecs, Italiens, Portugais… tous les Etats membres étaient représentés pour discuter de démocratie, de sécurité et d’état de droit - Crédits : Brigitte Hase / Parlement européen

L’hémicycle du Parlement européen est presque rempli, ce vendredi 24 septembre. Réunis pour la première fois en séance plénière, 200 citoyens européens s’apprêtent à échanger et débattre autour des questions qu’ils jugent prioritaires pour l’avenir de l’Union européenne. Venus des quatre coins du continent, les heureux élus cherchent leur place dans le grand bâtiment strasbourgeois, hésitent à s’asseoir. Un rapide coup d’œil sur les badges portés autour du cou leur permet de connaître le prénom, le pays d’origine et les langues pratiquées par leur voisin.

Avant d’être contactée par téléphone, Agathe n’avait jamais entendu parler de la Conférence sur l’avenir de l’Europe. “J’ai été surprise, un peu comme tout le monde j’imagine”, confie cette lycéenne de 16 ans qui a fait le déplacement depuis la Savoie spécialement pour l’occasion. “La politique m’intéresse, même si je ne suis pas une grande spécialiste, donc j’étais plutôt contente”, poursuit-elle.

Démocratie, sécurité, état de droit

La journée du vendredi marquait le début de trois jours de débats de ce panel citoyen. Au menu des discussions : la démocratie, la sécurité et l’état de droit en Europe. L’objectif du week-end était de définir l’ordre du jour des deux prochaines rencontres qui auront lieu en ligne du 12 au 14 novembre et à Florence, en Italie, du 10 au 12 décembre, durant lesquelles ils approfondiront les sujets choisis afin de transmettre leurs recommandations. Trois autres panels de 200 personnes ont également été constitués et portent sur des sujets tels que l’économie, le changement climatique ou encore la place de l’UE dans le monde.

Isabelle et Jocelyne auraient d’ailleurs préféré discuter de ces autres thèmes. La première vient de Nancy, la seconde de Paris. Cette dernière n’hésite pas lorsqu’on lui demande ce qui est prioritaire pour l’avenir du Vieux Continent : “la santé et les migrations”. Ce qui n’empêche pas les deux Françaises d’avancer leurs propres idées pour une meilleure démocratie européenne. “Il faut que les médias français parlent plus d’Europe et qu’il y ait des moments consacrés à l’Union européenne à la télévision”, soutient Jocelyne. “Le plus important c’est l’éducation pour sensibiliser les jeunes” aux questions européennes, estime pour sa part Isabelle, prenant l’exemple des manuels d’histoire à l’école.

Des petits groupes de travail

Afin de faciliter les travaux, les 200 participants sont réunis en sous-groupes. Des facilitateurs aident les citoyens à exprimer leurs souhaits et des interprètes traduisent en direct afin que tout le monde puisse se comprendre. Agathe voit d’un bon œil cette organisation des débats. “Dans mon sous-groupe on est seulement 13 donc on peut donner son avis et prendre facilement la parole”.

8 groupes ont planché sur la démocratie en Europe, les 7 autres étant consacrés aux questions de sécurité et d’état de droit. L’occasion pour la lycéenne d’exprimer ses suggestions : “La démocratie ce n’est pas seulement un vote tous les cinq ans. J’ai proposé des votes directs des citoyens, comme en Suisse, sur des sujets plus ciblés”, rapporte-t-elle.

Tour à tour, les citoyens défendent ainsi une idée qui sera mise au vote afin d’être proposée en plénière. De nombreuses thématiques sont abordées… au point de déborder parfois de l’objet de la réunion. Dans l’un des groupes, une Française défend une prise en charge médicale partout dans l’UE pour les personnes souffrant de troubles psychologiques. Un Allemand souligne ensuite qu’une démocratie ne peut pas fonctionner sans lutter efficacement contre la désinformation. Chacun arrive avec son bagage culturel et politique. L’exercice est “très intéressant”, selon Jocelyne. “Ça nous oblige à approfondir”.

En-dehors de ces séances traduites en direct, plusieurs participants à la Conférence expriment des difficultés à échanger lorsque tout le monde ne parle pas la même langue. Les deux Françaises considèrent que “ce n’est pas du tout facile”. A l’inverse, Valters n’a pas trop de mal à rencontrer d’autres personnes entre deux réunions. Venu de Lettonie, il maîtrise l’anglais et l’allemand en plus de sa langue maternelle. “J’imagine que c’est plus simple pour moi de communiquer avec tout le monde”, sourit le jeune homme.

Cinq grands thèmes seront donc à l’ordre du jour des deux prochains rassemblements du panel, dont la question des droits humains, la manière de protéger la démocratie et l’état de droit en Europe ou encore la construction d’une identité européenne commune. Dimanche, 20 personnes ont également été désignées pour participer à l’assemblée plénière de la Conférence. Des représentants des 3 autres panels ainsi que des eurodéputés, des membres d’ONG ou encore des élus locaux composeront cette assemblée. Son rôle sera d’examiner les travaux des panels citoyens et les propositions de la plateforme numérique multilingue, accessible à tous les Européens.

“Pourquoi prend-on des bus qui polluent ?”

De l’autre côté de la ville, les locaux de Sciences Po Strasbourg accueillent une rencontre similaire. Une cinquantaine de citoyens sélectionnés dans le Grand Est, dont quelques Allemands, se sont ainsi retrouvés durant trois jours afin de répondre à la question suivante : “En tant que citoyen français, quels changements souhaitez-vous pour l’Europe ?”. Cette rencontre est l’une des 18 organisées dans les régions françaises pour faire émerger la contribution française à la Conférence sur l’avenir de l’Europe.

Là aussi, l’organisation est minutieuse. 10 facilitateurs accompagnent les citoyens dans leur travail par petits groupes. Leur rôle est de s’assurer que la parole circule et que tout le monde puisse s’exprimer. “Nous recadrons les débats lorsqu’ils se dispersent un peu”, souffle l’un d’entre eux. Le samedi matin, les citoyens définissent leurs “souhaits” pour l’Europe de demain.

Et les idées fusent. Sur une des tables, un homme souligne que tous les travailleurs du continent devraient avoir un salaire “normal et décent”. Ailleurs, les enjeux environnementaux prennent le dessus. “Pourquoi prend-on des bus qui polluent ?”, s’interroge une retraitée. “Quand j’étais plus jeune, on partait en colonie de vacances dans des trains de nuit et il y avait des couchettes.” Un peu plus loin, une jeune femme assure : “On ne fait pas l’Europe sans les Européens”, résumant ainsi une volonté d’inclure les citoyens dans le processus de décision de l’UE.

Dans les groupes, au nom des capitales européennes (ici, Lisbonne), les Alsaciens, Champenois et Lorrains pouvaient s'inspirer d'images d'illustration
Dans les groupes, au nom des capitales européennes (ici, Lisbonne), les Alsaciens, Champenois et Lorrains pouvaient s’inspirer d’images d’illustration - Crédits : Toute l’Europe

Quelles conclusions ?

Les participants sont ensuite répartis dans des groupes de travail et sont appelés à formuler des propositions concrètes. “Dans la plupart des cas les échanges étaient assez faciles, tout le monde était ouvert”, témoigne Beinth. Âgée de 29 ans, cette habitante du Haut-Rhin a suivi des études scientifiques. “Le thème du travail est souvent revenu, notamment les disparités de salaires d’un pays à l’autre”, souligne la jeune femme. “Tous les thèmes étaient importants”, estime de son côté Sébastien, un ingénieur de 30 ans. “Mais l’écologie c’est le principal, c’est un enjeu de demain”. “On aurait évidemment aimé travailler sur tous les sujets, mais à 50 il faut synthétiser au maximum pour faire en sorte que tout le monde puisse avoir la parole”, résume Robin, 23 ans.

Dimanche, une séance plénière est venue conclure ces trois journées de rencontres. Les idées en tête des votes citoyens sont finalement les suivantes : la revalorisation de l’apprentissage et des métiers manuels, l’harmonisation des niveaux de vie et la lutte contre le dumping salarial et social au niveau européen ainsi que la promotion du fret ferroviaire. Les propositions d’une taxe écologique aux frontières de l’UE et d’une Europe fédérale ont aussi fait débat.

Sébastien, Nathan et Robin comptent bien se retrouver prochainement. Enthousiaste, Nathan exprime sa volonté de poursuivre les discussions. J’ai très envie de continuer cette démarche de débattre ensemble sur des sujets et de faire remonter les propositions”, souligne le jeune homme de 19 ans.

Je veux que cela aboutisse sur quelque chose de concret qui pourra se réaliser très prochainement”, affirme Beinth à la fin de la dernière journée. Un sentiment partagé par Valters, au Parlement européen : “j’espère que les responsables européens vont prendre connaissance des conclusions et pas simplement les jeter à la poubelle”.

Échanges avec Gašper Dovžan, secrétaire d’État slovène et coprésident du conseil exécutif de la Conférence sur l’avenir de l’Europe

Peu importe si l’on vient de Roumanie ou d’Allemagne, nous pouvons identifier des problèmes communs”. La Conférence sur l’avenir de l’Europe est un exercice inédit d’intervention citoyenne au niveau européen, sous la houlette des trois institutions de l’UE : le Parlement, la Commission et le Conseil. Le secrétaire d’État slovène aux Affaires européennes Gašper Dovžan représente cette dernière institution au sein du conseil exécutif de la Conférence, dans le cadre de la présidence slovène du Conseil de l’UE (juillet-décembre 2021). Il a ouvert les débats au Parlement vendredi.

Dans une interview accordée à Toute l’Europe, Gašper Dovžan a souligné l’importance de la plateforme numérique. “Nous aimerions que le débat soit aussi ouvert et transparent que possible”, affirme-t-il. “Même si tout le monde n’est pas inclus dans ces panels, puisque ce n’est pas possible, les Européens peuvent participer sur la plateforme”.Notre rôle avec le Conseil est de faciliter l’ensemble du processus”, ajoute le secrétaire d’Etat. Il s’est ensuite félicité que “la Conférence soit rapidement passée de la discussion des questions d’organisation à la phase de concrétisation, avec les citoyens au cœur des panels”.

La France prendra la présidence tournante du Conseil de l’UE à partir de janvier 2022. A la question de savoir si Ljubljana travaillait avec Paris pour ce passage de relai, M. Dovžan a répondu que les deux pays avaient “une très bonne coopération, pas seulement sur la Conférence d’ailleurs mais sur tous les sujets pertinents”. “Si l’on veut réussir et aller dans la bonne direction, il nous faut une bonne communication et une compréhension mutuelle”. Le responsable slovène considère que c’est “une bonne chose” que les conclusions de la Conférence soient connues sous la présidence française afin qu’elles soient un peu plus “sous la lumière des projecteurs”.

Gašper Dovžan regrette enfin que “l’anonymat des citoyens participant au panel soit la règle”, les qualifiant d’ ”ambassadeurs de l’Europe”. “Je suis heureux que certains donnent des interviews aux médias, ce qui permet de sensibiliser davantage les citoyens et d’entendre directement les citoyens impliqués”.

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