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Erasmus+ : en 2022, les mobilités repartent et continuent de s’ouvrir à tous

Après deux années contrariées en raison de la crise sanitaire, les échanges dans le cadre du programme sont repartis à la hausse. En Allemagne, en Espagne, en Roumanie et en République tchèque, on tente de répondre à une demande qui ne faiblit pas, sans oublier d'inclure des publics variés.

Le budget alloué à Erasmus entre 2021 et 2027 est en hausse de 80 % par rapport à la période précédente
Le budget alloué à Erasmus entre 2021 et 2027 est en hausse de 80 % par rapport à la période précédente - Crédits : drante / iStock

Nous attendons pour l’année scolaire 2022-2023 plus de mobilités qu’avant la pandémie”. Le constat dressé par Alfonso Gentil Álvarez-Ossorio, directeur de l’agence SEPIE en charge du programme Erasmus+ en Espagne, est partagé par une grande majorité de ses homologues dans l’Union européenne.

Il faut dire que le programme phare de l’Union européenne n’a pas pu se déployer comme prévu depuis deux ans en raison de la pandémie de Covid-19. Malgré une augmentation de budget conséquente pour la période 2021-2027, “seules 25 % des mobilités ont eu lieu en Roumanie en 2020″, souligne Monica Calota, directrice de l’agence ANPCDEFP à Bucarest. Si le programme a su se réinventer pendant cette période en proposant des activités virtuelles, voire des mobilités hybrides mélangeant cours sur place et en ligne, ces expériences “ne remplacent pas le contact, le développement personnel et professionnel, l’ouverture culturelle”, affirme-t-elle.

Trouver des solutions

Réunis à Arcachon les 16 et 17 mai dernier, l’ensemble des directeurs des agences en charge du programme ont pu comparer leurs expériences respectives. Cette rencontre, la première en présentiel depuis deux ans, était l’occasion pour eux d’aborder les nouveautés du programme, les difficultés rencontrées et surtout les solutions apportées par chacun.

Si tous reconnaissent que la hausse conséquente des demandes pour la prochaine rentrée scolaire est une excellente nouvelle, certains s’inquiètent du manque de budget pour y répondre. Le budget d’Erasmus+ n’est en effet pas réparti uniformément sur les sept ans. Les fonds disponibles les deux premières années sont donc moins importants que les deux ou trois dernières.

Tout particulièrement en ce moment, avec l’augmentation des demandes due à une “accumulation de candidats” et à une certaine “frustration” de n’avoir pas pu partir depuis deux ans, constate Alfonso Gentil Álvarez-Ossorio.

Pour répondre à l’augmentation de 20 % des demandes par rapport l’année scolaire 2019-2020, l’Allemagne a par exemple fait le choix d’utiliser un autre outil de financement européen. Stephan Geifes, directeur du DAAD basé à Bonn, explique que son pays a utilisé 57 millions d’euros du Fonds social européen pour compenser ces budgets plus faibles les premières années.

Durant deux jours, la réunion a réuni 29 directeurs d’agence issus des 33 pays que compte le programme Erasmus+. Tous les six mois, ce réseau informel se retrouve dans le pays qui assure la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Après la France ce mois-ci, ce sera au tour de la République tchèque de l’accueillir en septembre prochain.

Laure Coudret-Laut, directrice de l’agence française en charge de l’organisation de la rencontre, explique qu’il s’agit d’un “bon lieu d’échange”. Selon elle, la réunion intervenait à un moment stratégique. En effet, 2022 marque le 35e anniversaire du programme Erasmus ainsi que l’année européenne de la jeunesse.

Au mois d’octobre dernier, l’Agence Erasmus+ France a également organisé un forum citoyen réunissant 35 bénéficiaires du programme, ainsi que 35 personnes n’ayant pas pris part à une expérience de mobilité. Ces échanges ont permis la rédaction de 35 propositions pour un Erasmus+ de demain. Les deux jours à passés à Arcachon ont également été l’occasion de débattre de ces conclusions.

Faire sauter le frein financier

Priorité de cette nouvelle programmation d’Erasmus+, l’inclusion est au centre de toutes les préoccupations. Les habitants de quartiers défavorisés, de zones rurales ou les personnes en situation de handicap sont devenus des publics cibles. Pour eux, le coût est l’un des principaux freins à la réalisation d’une mobilité.

Mais si le programme est bien européen, les mesures d’accompagnement diffèrent d’un Etat membre à un autre. Et tous ne procèdent pas de la même manière pour répondre à cet objectif. “Nous avons augmenté les bourses Erasmus de 150 € par mois. […] Et on rajoute des fonds supplémentaires inclusifs pour tous ceux qui font partie de la première génération à aller à l’université ou qui ont travaillé pendant six mois avant le départ”, détaille ainsi Stephan Geifes. Le système est similaire en Espagne où s’ajoutent également des mesures spécifiques à destination des publics en provenance des îles Canaries ou des enclaves de Ceuta et Melilla.

En revanche, la situation est différente en Roumanie ou en République tchèque où ce sont en général les universités qui prennent le relai. “Dans la formation professionnelle, 100 % de la mobilité est couverte”, indique Michal Uhl, directeur de l’agence tchèque. “Ça n’est en revanche pas le cas pour l’enseignement supérieur, mais les populations défavorisées peuvent demander des fonds supplémentaires auprès de leurs établissements”, précise-t-il.

Seulement pour les étudiants ?

L’aspect financier n’est pas l’unique frein à la mobilité de certains publics, reconnaissent les directeurs d’agence. Beaucoup admettent qu’Erasmus+ a parfois du mal à se débarrasser de son image de programme réservé aux étudiants. A l’image de la France, où le film L’auberge espagnole sorti en 2002 a largement contribué à la diffusion de cette idée.

Si une majorité des mobilités concerne toujours les étudiants en Allemagne, “on en plus là où on était il y a 20 ans”, affirme Stephan Geifes, citant les apprentis et les élèves du primaire et du secondaire parmi les publics concernés. Constat partagé en Espagne, où l’accent est également mis sur la formation des adultes.

Monica Calota dément quant à elle cette idée reçue. “En Roumanie, le programme est très populaire dans les écoles”, précise-t-elle. Depuis 2016, le gouvernement a également mis en place une stratégie d’inclusion à destination des écoles rurales ou encore des populations Roms. Du côté de la République tchèque, les municipalités sont même encouragées à ne pas envoyer systématiquement les meilleurs élèves pour “en faire profiter des personnes qui ne bénéficient pas du même capital culturel”, précise Michal Uhl.

L’inclusion est pour certains un enjeu de démocratie. Stephan Geifes illustre cette affirmation avec la participation politique. Selon lui, les bénéficiaires du programme Erasmus+ ont été deux fois et demi plus nombreux à voter lors des élections européennes en 2014.

Erasmus+ et l’Ukraine

Face à l’afflux de réfugiés ukrainiens depuis le début du conflit dans leur pays, la Commission européenne a décidé de faciliter l’octroi des bourses Erasmus en leur faveur. En Roumanie, un million de réfugiés ont transité ces dernières semaines. De nombreux étudiants ukrainiens profitent des formations dispensées en anglais. En revanche, la situation est plus compliquée pour les 40 000 enfants se trouvant sur le territoire roumain, reconnait Monica Calota. Un système a été mis en place pour eux. Les enfants ont cours le matin avec un professeur roumain. Puis l’après-midi, ils suivent les enseignements à distance grâce à des tablettes fournies par les autorités ukrainiennes pour rester en contact avec leurs professeurs dans leur pays natal.

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