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Armée commune, ministre européen des Affaires étrangères… : 29 lycéens adoptent des mesures ambitieuses lors d’une simulation du Conseil de l’UE

Réunis le 4 avril à Paris, près de 30 lycéennes et lycéens issus de 16 régions françaises ont participé à un jeu de rôle autour du Conseil de l’Union européenne. Au terme de débats mouvementés, tous ont fini par s’entendre sur des réformes inédites en matière de politique extérieure.

Le 4 avril, 29 lycéens se sont prêtés au jeu de la diplomatie européenne - Crédits : ANCT

Création d’une armée européenne de 25 000 hommes, nomination d’un ministre européen des Affaires étrangères, préférence communautaire pour l’achat d’armes… adoptées à la quasi-unanimité des participants, les nouvelles mesures votées ce mardi 4 avril au sein du “Conseil de l’Union européenne” sont sans précédent !

Et pour cause : leurs signataires ne sont pas issus du Quai d’Orsay ou du ministère polonais des Affaires étrangères, mais de classes de première et de terminale de 19 lycées français. Le temps d’une matinée, Clarysse, Thibaut et leurs 27 autres camarades (deux d’entre eux représentaient la Commission et le Parlement) ont enfilé les costumes de responsables politiques, au cours d’un jeu de simulation du Conseil. Rassemblés dans l’auditorium du ministère de la Transition écologique à Paris, ces diplomates en herbe se sont confrontés au difficile exercice des négociations à vingt-sept. Et après une demi-journée de pourparlers, ils ont accouché d’un texte commun.

27 stratégies

Non sans quelques remous… Si les représentants luxembourgeois et maltais ont insisté sur les déséquilibres entre petits et grands pays, leur homologue hongrois a quant à lui martelé le terme d’ ”identité européenne”. Pour la représentante française, l’autonomie de l’Europe vis-à-vis de l’Otan apparaissait fondamentale. Sa collègue autrichienne, non membre de l’Alliance atlantique, peinait de son côté à s’impliquer sur cette question.

De l’Ouest à l’Est, des soutiens inconditionnels à l’Otan aux partisans de l’indépendance européenne, des grandes puissances économiques aux pays en récession, ce sont donc 27 intérêts nationaux qui se sont confrontés sur chaque phrase du texte. 27 stratégies, à partir desquelles il fallait trouver un compromis européen…

Au centre, le président (suédois) du Conseil incarné par Corto, du lycée Pardailhan (Gers), n’a pas ménagé sa peine. Accompagné de représentantes de la Commission et du Parlement européen, c’est avec beaucoup de conviction (et parfois une dose d’autoritarisme il est vrai) qu’il est parvenu à faire amender chaque phrase du texte pour satisfaire le plus grand nombre. Ou, pour être plus exact, pour obtenir une majorité qualifiée sur chaque article. A l’approche de 13 heures, soit seulement quelques dizaines de minutes de retard par rapport à l’horaire initialement prévu, les quatre articles de la décision du Conseil ont ainsi finis par être approuvés en bloc.

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Jouant le rôle de la présidence du Conseil, Corto devait distribuer la parole et proposer des compromis sur chaque passage du texte - Crédits : ANCT

Du régional au national

Ce jeu de rôle, c’est la Maison de l’Europe de la région Bourgogne-Franche-Comté qui l’a conçu. Sous la houlette de son président Patrick Molinoz et du duo de direction composé de Julien Péa et Frédéric Bergelin, celle-ci élabore depuis dix ans des méthodes de simulation d’institutions européennes dédiées aux lycéens et étudiants. En 2020, sa simulation d’un Conseil sur le Covid-19, utilisée par plusieurs établissements de la région, attire l’attention de l’Agence nationale de la Cohésion des territoires (ANCT). Sandra Chaignon, coordinatrice nationale de la communication des fonds européens en France au sein de l’ANCT, propose alors de soutenir cette simulation à l’échelle française : “En tant qu’autorité de coordination des fonds européens, l’agence a aussi pour rôle de coordonner l’information et la communication sur l’action de l’Union européenne dans les territoires”, nous explique-t-elle.

C’est ainsi qu’en 2022, la première édition nationale porte sur le Pacte vert de l’UE. Elle associe les autres centres Europe direct et les autorités de gestion des fonds européens en régions. Les partenaires choisissent alors de réitérer l’expérience l’année suivante, sur le thème de la politique étrangère.

Accompagnés des centres Europe Direct de leurs départements, les 19 lycées français volontaires (issus de 16 régions dont 3 d’Outre-mer, et situés en priorité hors des métropoles) ont ainsi sélectionné un à deux élèves de première et de terminale pour participer au projet. Ceux-ci suivent pour la plupart une spécialité d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP). Pour préparer l’événement, ils ont été informés un mois auparavant du pays qu’ils représenteraient, de la proposition initiale d’accord et des arguments qu’ils pourraient défendre en fonction des caractéristiques et intérêt de leur pays.

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La plupart des lycéens sélectionnés suivent la spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP) - Crédits : ANCT

Apprendre autrement

Certes, l’exercice comporte nécessairement quelques arrangements avec la réalité. La plupart des mesures ici votées nécessiteraient par exemple l’unanimité des chefs d’Etat et de gouvernement, voire un long processus pour modifier les traités. L’élaboration de la simulation représente également un travail conséquent : outre le volet logistique, “nous avons dû écrire 29 fiches de rôle, pour les 27 pays, le Parlement et la Commission européenne…”, explique Julien Péa. Sur place aussi, il faut s’assurer que les échanges soient constructifs, tout en gardant régulièrement un œil sur la montre !

“Mais ces exercices valent tous les powerpoint du monde”, s’enthousiasme le directeur de la Maison de l’Europe. Au-delà de l’acquisition de connaissances sur le fonctionnement de l’Union européenne, les lycéens développent un “savoir-être” : “l’argumentation, le sens du compromis, l’expression orale, le pouvoir de conviction… cela plaît beaucoup aux enseignants, car c’est au cœur de la réforme du lycée” et du nouveau Grand oral du baccalauréat, poursuit Julien Péa. “Apprendre à argumenter et à contre-argumenter, c’est le vrai atout de cet exercice”, confirme Sabrina Villereau, professeure d’Histoire-géographie au lycée Louis Pasteur, à Landes (Puy-de-Dôme). 

Les lycéens sont également ravis : “Vivre le fonctionnement des négociations européennes, c’est vraiment intéressant”, s’exclame Corto, qui souhaite poursuivre dans la politique. “Se mettre dans la peau d’un ministre permet de mieux comprendre comment les décisions sont prises”, abonde Louise, du lycée Maurice Genevoix (Bourgogne-Franche-Comté), qui représentait la France.

Pour sauver le texte, la représentante de la France (Louise) a préféré réduire ses ambitions sur la part d’armes européennes devant être achetées par les membres de l’UE - Crédits : ANCT 

Esprit de consensus

Entre interventions à tour de rôle, suspensions de séance pour les tractations et votes sur les modifications du texte, le jeu permet aussi de réaliser les efforts nécessaires pour aboutir à des compromis à 27. Car chaque point de détail compte : au-delà d’un potentiel accord sur la mesure, quel délai prévoit-on pour la mettre en œuvre ? Quels aménagements est-on prêt à mettre en place pour que le texte puisse être voté sans toutefois être dénaturé ? Et par conséquent, quels intérêts nationaux est-on prêt à sacrifier en vue de l’intérêt européen commun ? “Il faut savoir discuter et comprendre les opinions des autres pour aboutir à quelque chose de commun”, confesse Romaric, du lycée Henri Wallon de Valenciennes (Nord). C’est ainsi que devant les risques de rejet de l’accord, Louise s’est par exemple résolue à réfréner ses ambitions sur la préférence européenne en matière d’achat d’armes…

L’exercice fera-t-il des petits ? “Si nous le proposons à l’échelle nationale, c’est aussi pour donner envie à d’autres régions de le répliquer chez elles”, explique Sandra Chaignon. “Les enseignements de la spécialité HGGSP sont parfois un peu abstraits : c’est justement ce genre d’exercice qui permet de les vivre”, salue Marie-Christine Touchelay, professeure d’HGGSP au lycée Gerville Réache (Guadeloupe). De son côté, la Maison de Bourgogne-Franche-Comté espère que l’événement national “perdure et s’inscrive au-delà de deux éditions”, affirme Julien Péa. Les lycéens participants, eux, ne peuvent qu’approuver.

La liste des lycées participants à la simulation

Auvergne-Rhône-AlpesLycée Louis Pasteur - Lempdes
Bourgogne-Franche-ComtéLycée Maurice Genevois - Dijon
Lycée Louis Pasteur - Besançon
BretagneLycée François Rabelais - Saint-Brieuc
Centre-Val de LoireLycée Rollinat - Argenton sur Creuse
Lycée Pothier Orléans
CorseLycée Paul Vincensini - Bastia
Grand EstLycée Saint Léon IX - Nancy
GuadeloupeLycée Gerville Réache - Basse-Terre
Hauts de FranceLycée Henri Wallon - Valenciennes
Ile-de-FranceLycée international François 1er - Fontainebleau
MayotteLycée des Lumières - Mamoudzou
NormandieLycée Polyvalent Jean-François Millet - Cherbourg
Nouvelle-AquitaineLycée Général et Technologique Edmond Perrier - Tulle
OccitanieLycée Polyvalent Pardailhan - Auch
Provence-Alpes-Côte-d’AzurLycée La Nativité – Aix-en-Provence
Lycée Stanislas - Cannes
Pays de la LoireLycée Pierre Mendès France - La Roche sur Yon
La RéunionLP JEAN PERRIN - Saint-André

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