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“48 heures” pour faire dialoguer la Bretagne et l’Union européenne

A Piré-Chancé près de Rennes, étudiants, chefs d’entreprises, agriculteurs et élus locaux étaient réunis les 16 et 17 novembre pour parler d’Europe. Pendant deux jours, tous ces acteurs bretons ont débattu et se sont glissés dans la peau d’eurodéputés pour en apprendre plus sur l’Union européenne.

Tous les acteurs réunis ont pris part à un exercice de simulation du Parlement européen
Tous les acteurs réunis ont pris part à un exercice de simulation du Parlement européen - Crédits : Marie-Pierre Vedrenne

Depuis le mois de décembre 2019, Rennes et Bruxelles sont reliées directement par le train. En 4h30, on peut donc parcourir les quelque 600 kilomètres qui séparent les capitales bretonne et européenne. Si la durée du trajet s’est considérablement réduite, les institutions européennes, basées en partie en Belgique, paraissent encore loin dans l’esprit des habitants de l’Ouest de la France. 

A l’approche des élections européennes prévues du 6 au 9 juin prochains, comment amener les enjeux européens au cœur des discussions locales ? Les 16 et 17 novembre, l’eurodéputée Marie-Pierre Vedrenne (Renew Europe) a tenté de répondre à cette question en organisant la dernière édition des “48h Europe”, à Piré-Chancé, en Bretagne. Situé  à quelques encablures de Rennes et de la Mayenne, l’événement a réuni près de 800 participants.

Place aux jeunes

Pour débuter le marathon, de nombreux jeunes issus de tous les départements bretons ont traversé la région pour rejoindre la commune d’Ille-et-Vilaine, malgré la tempête Frederico qui a perturbé le voyage de certains. Quelques retards à l’arrivée mais pas de quoi enrayer le déroulé de la journée.

Au programme de ces jeunes participants : une simulation du Parlement européen. Un jeu de rôle qui permet de mieux comprendre le fonctionnement de l’institution. Durant quelques heures, tous se glissent dans la peau d’eurodéputés et s’emparent des préoccupations du groupe politique qui leur a été affecté. Trois thèmes sont au menu de cette journée : l’immigration, l’approvisionnement en matières premières ou encore le glyphosate. Si le Parlement européen n’a normalement pas son mot à dire sur la prolongation de l’autorisation de l’herbicide, les débats sont animés. Hasard du calendrier, le verdict des jeunes Bretons tombe le même jour que la décision de la Commission européenne de la rallonger de 10 ans.

D’une extrémité de l’hémicycle à l’autre, chacun défend ses amendements sur l’un des trois textes. Sur le sujet migratoire, on entend par exemple qu’il faut “répartir les migrants dans les pays en fonction des besoins sur le marché de l’emploi”, “faciliter leur intégration culturelle” ou “accélérer les procédures de renvoi vers les pays d’origine”, selon les affinités politiques.

Dans la salle, une impression se dégage : tous sont investis malgré une importante différence d’âge. On retrouve des collégiens, des lycéens et jusqu’à des étudiants en école de commerce. “Les étudiants en relations internationales ou en sciences politiques sont habitués à cet exercice. Mais il doit être ouvert à tous”, explique un responsable de Breizh Europe France, une association basée à Brest qui organise l’activité.

A l’arrivée, le public est plutôt conquis. “On en apprend autant qu’en suivant un cours sur le sujet”, glisse un lycéen. Si elle n’est pas nouvelle, “faire de la pédagogie par le jeu” est une recette qui semble fonctionner auprès de ces jeunes. 

Collégiens, lycéens et étudiants en pleine séance de négociations des amendements
Collégiens, lycéens et étudiants en pleine séance de négociations des amendements - Crédits : Marie-Pierre Vedrenne

Apprendre la culture du compromis

Au lendemain d’un dîner au cours duquel les participants ont pu déguster le dessert Rennes-Bruxelles, un Paris-Brest revisité à la sauce belgo-bretonne, place à un nouvel exercice de simulation du Parlement européen sur les mêmes thèmes que la veille. Cette fois, c’est un autre public qui y prend part. Si quelques jeunes sont restés, ils ont pour la plupart laissé leur place à des élus locaux, des chefs d’entreprises ou des agriculteurs venus de toute la Bretagne.

On se prend au jeu à défendre des opinions qui ne sont pas les nôtres”, explique un membre d’une organisation patronale affecté dans le groupe La Gauche (gauche radicale). Pas forcément sa tasse de thé politique. Pourtant, ce dernier joue pleinement le jeu et s’étonne de voir son groupe voter conjointement des amendements avec les libéraux de Renew. “On n’imagine pas vraiment LFI faire de même à l’Assemblée nationale”, note un étudiant. Cette remarque fait réagir Marie-Pierre Vedrenne qui souligne la “culture du compromis”, nécessaire au Parlement européen pour adopter le moindre texte.

Une mise en situation sur la question de l’énergie et des matières premières critiques résonne, là aussi, avec l’actualité : 48 heures plus tôt, le “vrai” Parlement européen et les ministres des Etats membres se sont entendus sur le sujet. Si le public est différent de celui de la veille, le résultat est similaire. Là encore, la mission pédagogique est remplie.

Quatrième et dernière édition des 48h Europe

L’événement organisé en Ille-et-Vilaine est le quatrième et dernier d’une série lancée en 2021 par Marie-Pierre Vedrenne. Baptisé “48h Europe”, le concept poursuit un objectif : “faire en sorte que ceux qui ne devraient pas se rencontrer, échangent et débattent entre eux”.

Organisée au domaine des Ormes, entre Rennes et Saint-Malo, la première édition avait vu 48 jeunes se prêter à des simulations, des débats et des jeux de cohésion pendant 48 heures. Deux autres événements similaires avaient ensuite été organisés. Certains des participants étaient d’ailleurs présents à Piré-Chancé.

Echanges sur le commerce international

Après ces échanges ludiques dans la matinée, retour à la réalité. Les participants ont eu l’occasion d’en apprendre un peu plus sur la politique commerciale de l’Union en compagnie de Sofia Munoz Albarran, cheffe d’unité au sein de la direction générale du commerce de la Commission européenne. Elle s’est librement prêtée au jeu des questions-réponses, face aux participants : “Quels sont les principaux accords de libre-échange ? Comment fonctionne la politique européenne en matière commerciale ?

Représentant 16 % du commerce mondial, l’Union européenne est “le premier bloc commercial mondial devant la Chine et les Etats-Unis”, explique-t-elle aux auditeurs attentifs. Il faut dire que le sujet est d’actualité. Le Parlement européen a voté l’accord de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande cette semaine en plénière à Strasbourg. Un autre deal pourrait intervenir avec le Chili d’ici la fin du mandat de l’actuelle Commission, en décembre 2024. Quand d’autres sont en négociation, avec l’Australie, la Thaïlande ou encore l’Indonésie… sans oublier le Mercosur.

La représentante de l’exécutif européen poursuit sa présentation et tente de dissiper certaines craintes. Elle prend l’exemple de la signature d’un accord de libre-échange avec la Corée du Sud en 2011. De nombreux industriels avaient alors craint que les importations de voitures coréennes nuisent à la productivité de la filière automobile européenne. “Les exportations européennes ont augmenté plus rapidement que les importations coréennes dans ce secteur”, fait savoir la fonctionnaire européenne.

Pour autant, le discours ne semble pas convaincre tout le monde, à commencer par certains représentants du monde agricole présents dans la salle, qui s’estiment lésés par ce type d’accords européens. “Beaucoup de normes pèsent sur les agriculteurs français. Cela a des conséquences économiques sur les exploitations”, explique un agriculteur breton. Les réponses apportées par Sofia Munoz Albarran apportent un nouvel éclairage, convainquent certains dans l’auditoire, tandis que d’autres restent sceptiques. 

Cette intervention a le mérite de réunir dans une même pièce deux mondes pas toujours habitués à dialoguer. Une nécessité pour rendre l’Europe plus concrète aux yeux des citoyens. 

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