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Serge Letchimy : "La nouvelle programmation 2021-2027 va nous permettre de transformer notre économie en favorisant une relance verte"

Serge Letchimy, président du Conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique, revient sur des projets emblématiques financés en Martinique par l’Union européenne depuis 2014. Il aborde également la nouvelle programmation 2021-2027 et la prise en compte des problématiques de l’île, telles que la santé, les questions liées à l’eau, les déchets, ou encore la digitalisation des réseaux urbains.

Serge Letchimy, Président du Conseil Exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique
Serge Letchimy est le président du Conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique depuis juillet 2021 - Crédits : Collectivité Territoriale de Martinique

Quels ont été les thèmes prioritaires de votre Région dans l’octroi de fonds lors de la programmation des fonds européens 2014-2020 ?

Dès le début de la programmation 2014-2020, la Collectivité de Martinique en partenariat avec l’Etat a développé ses priorités régionales en accord avec les priorités identifiées aux niveaux communautaire et national. Les thèmes prioritaires ont été axés sur un modèle de croissance “intelligente, durable et inclusive” permettant de maximiser l’effet levier des politiques publiques initiées et de conduire le territoire vers un développement efficient.

Les spécificités de notre territoire ultrapériphérique liées à l’insularité, l’exiguïté du marché et aux aléas climatiques ont contribué à définir les grandes thématiques suivantes :

  • Le développement des filières d’excellence à forte valeur ajoutée et innovante ;
  • Le développement et la consolidation des productions locales ;
  • L’éducation, l’emploi des jeunes, l’accompagnement des entrepreneurs ;
  • La solidarité et la lutte contre la pauvreté, en agissant vers les populations en situation précaire ;
  • La gestion des ressources, le développement des énergies renouvelables et la réduction de la production de déchets à la source.

La mise en œuvre de ces thématiques, tous dossiers confondus, se traduit en chiffre par 3 600 dossiers programmés, 856 millions d’euros de crédits communautaires alloués et un volume d’investissement de 1,4 milliard d’euros.

Pourriez-vous nous parler d’une réalisation emblématique financée grâce à l’Union européenne dans votre Région dont vous êtes particulièrement fier ?

Plusieurs opérations pourraient illustrer l’apport des crédits européens au territoire. Pour n’en citer que deux :

L’amélioration de l’accès à l’offre de santé en Martinique. Financée à hauteur de 197 000 euros par la Collectivité territoriale (CTM) et 109 000 euros par le FEDER, cette opération proposée par la société Clickodoc est emblématique à plus d’un titre. En Martinique, la densité des professionnels de santé au regard de la population est très faible. Ceux-ci sont surchargés, il est donc difficile pour un patient qui souhaite un rendez-vous ou pour toutes autres raisons de joindre son professionnel de santé. A la suite d’un appel à projet lancé par la CTM pour le développement du numérique dans le domaine de la santé, le porteur de projet a présenté une application web d’optimisation et de gestion du planning médical. Clickodoc est un outil de gestion qui a vocation à rationaliser l’interaction entre les praticiens. Il s’agit d’un système de prise de rendez-vous simple et rapide, et de mise en réseau des praticiens et leurs disponibilités (toutes spécialités confondues). 

Grâce à cette application, les praticiens bénéficient d’une solution d’optimisation de planning dématérialisé et à jour. Les patients, quant à eux, bénéficient d’une réduction des délais d’attente pour les prises de rendez-vous. Cette application est un des moyens de lutte contre les déserts médicaux. La télémédecine est une action que nous souhaitons développer, soutenir durant la mandature, c’est un des projets de notre programme politique. A ce jour, 450 praticiens en Martinique utilisent la solution Clikodoc.

La valorisation des déchets pour limiter le gaspillage des ressources. En Martinique, la production de déchets ménagers “au sens strict” est supérieure à la moyenne nationale. Elle est estimée à 421 kg/an par habitant, alors que la moyenne française est de 353 kg/hab./an.

Durant les 20 dernières années, d’importants investissements et actions ont été réalisés pour organiser et structurer la filière déchets en Martinique. A partir de 2000, des collectes sélectives des déchets ont été mises en place (déchets verts, DEEE, emballages…). En 2011, des plans de prévention déchets ont été déployés d’abord sur le centre puis sur toute l’île. 13 déchèteries ont été construites offrant aux usagers des solutions d’élimination de leurs déchets, et contribuant ainsi à limiter les dépôts sauvages sur le territoire ainsi qu’à promouvoir la valorisation de la matière. Enfin, une plateforme de tri pour le recyclage à Céron, Sainte-Luce et un parc technologie regroupant une unité de mise en balle des déchets ménagers, une unité de mise en balle des cartons, un centre de tri des déchets industriels banals, une unité de broyage des déchets verts, une unité de broyage de verres, et une installation de traitement des matières de vidange ont été construits. 

Actuellement, la création du complexe environnemental du Petit Galion est un enjeu majeur à l’échelle de l’île, qui répond à la problématique de la valorisation des déchets. Ce projet, porté par le Syndicat Martiniquais de Traitement et de Valorisation des Déchets (SMTVD), assure une mission de service public relative au traitement et à la valorisation des déchets ménagers et assimilés sur l’ensemble du territoire.

Quelles sont vos attentes de la nouvelle programmation 2021-2027 ?

A la suite de la crise sanitaire inédite qui nous impacte toujours, la nouvelle programmation 2021-2027 va nous permettre de relancer mais aussi de transformer notre économie, notamment en favorisant une relance “verte”.

Les problématiques prégnantes de notre territoire sont prises en compte dans ces documents. Il s’agit principalement de la santé, des questions liées à l’eau, des déchets, des transports avec le renforcement des réseaux TCSP, de la digitalisation des réseaux urbains, mais aussi du développement de modalités de transport alternatives (ports secondaires, aérodrome de Basse-Pointe…). Le volet biodiversité est lui aussi présent avec une politique forte de protection de notre faune et flore. La biodiversité est une richesse qu’il nous faut également valoriser.

L’accompagnement des entreprises dans leur stratégie de recherche, d’innovation et de digitalisation constitue aussi un volet important. Ces thématiques, avec les thématiques environnementales, représentent 50 % des crédits dont la CTM aura la gestion sur le FEDER.

Enfin, cette période 2021-2027 sera l’occasion d’innover en partageant avec les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) la gestion du programme opérationnel FEDER-FSE+, permettant aux fonds européens d’agir au plus près des territoires. Les politiques d’aménagement, de tourisme et la politique culturelle soutenues par les fonds européens seront mises en œuvre par les EPCI dans le cadre d’une stratégie partagée.

Le timing est plus que parfait. Nous sommes en début de mandature, avec un programme politique et des actions précises, dont beaucoup s’inscrivent dans les objectifs stratégiques de l’Union. Cette ressource sera le principal levier de développement de notre territoire sur les 7 prochaines années.

Comment l’aide du plan de relance se traduit-elle dans votre Région ?

La pandémie de Covid-19 a bouleversé le système socio-économique mondial, entraînant des conséquences majeures. Le territoire Martinique y fait face, en particulier avec l’installation de la quatrième vague qui sévit actuellement.

Les leviers financiers apportés par le plan de la relance de l’Union européenne sont un accélérateur complémentaire qui contribue à relancer l’activité économique, à doter la population d’équipements de protection individuelle afin de limiter la propagation du virus et à soutenir le système de santé.

En premier lieu, dans le cadre des initiatives CRII et CRII+ (Initiative d’Investissement en Réponse au Coronavirus), les crédits des actuels programmes ont été réorientés pour apporter une réponse immédiate à la crise sanitaire. C’est ainsi que 58,5 millions d’euros de FSE (Fonds social européen) ont été mobilisés par la CTM, à la fois pour soutenir le système de santé, les activités économiques - notamment les secteurs d’activités jugés vulnérables - et pour doter le secteur public (administrations, hôpitaux…) d’équipements de protection et de matériels (masques chirurgicaux anti-projections, de gel hydroalcoolique…). 

A cet effet, la Collectivité a bénéficié d’un financement public d’un montant de 7,3 millions d’euros, mobilisés sur l’axe 3 “Lutter contre la pauvreté et promouvoir l’inclusion” du programme opérationnel (PO) FSE Etat.

En second lieu, comme réponse à moyen terme à la crise sanitaire, la Martinique a bénéficié d’une dotation supplémentaire de 150 millions d’euros au titre de l’initiative REACT-EU : 120 millions au titre du FEDER qui sont mis en œuvre par la CTM et 30 millions au titre du FSE, répartis entre l’Etat et la CTM.

Les 120 millions d’euros de FEDER issus du plan de relance REACT-EU sont fléchés sur 3 thématiques. La santé, d’abord. 98 millions ont d’ores et déjà été attribués aux projets de modernisation du système de santé martiniquais portés par le CHUM. Cela inclut la construction et l’équipement de l’Institut Caribéen d’Imagerie Nucléaire (ICIN) dans le bâtiment abritant le Cyclotron avec les services de médecine nucléaire, de radiopharmacie et d’anatomo-cyto-pathologie, mais aussi le développement des filières de soins d’excellence et, enfin, la résorption des inégalités territoriales en matière de soins, avec la rénovation urgente de l’hôpital de Trinité.

Ensuite, la valorisation des déchets. Le projet de traitement des fumées de l’usine d’Unité de Valorisation et de Traitement des Déchets du SMTVD (Syndicat Mixte de Traitement et de Valorisation des Déchets), sera financé à hauteur de 8 millions d’euros par le FEDER de REACT-EU, ce qui permettra à l’UTVD d’adopter un traitement de fumée pour les deux lignes existantes conformes aux préconisations décrites dans les dernières meilleures techniques disponibles pour l’incinération des déchets.

Enfin, la maîtrise de la consommation énergétique. 9,7 millions d’euros de FEDER de REACT-EU seront consacrés à rénovation énergétique des bâtiments de la CTM.

Par ailleurs, une dotation supplémentaire de 16,2 millions d’euros de FEADER a été allouée à la CTM. Cette enveloppe a été intégrée dans l’actuel Programme de développement rural de la Martinique (PDRM) et sera mise en œuvre pour soutenir la relance de l’agriculture.

Concrètement quelle forme prendra la rénovation des réseaux d’eaux, et la mise aux normes anticycloniques et parasismiques des bâtiments publics, priorités de ce nouveau plan de relance ?

En Martinique, la mise en œuvre locale du plan France Relance, financé à 50 % par le plan de relance de l’Union européenne, passe par un “Accord territorial de relance et de refondation”, signé entre la Collectivité territoriale de Martinique et l’Etat. La Collectivité mobilise ainsi un peu plus de 198 millions d’euros, à côté des 176 millions de l’Etat. Ces crédits viennent s’ajouter aux fonds déjà contractualisés dans le Contrat de convergence et de transformation (CCT) et des fonds structurels européens.

L’accord de relance permettra, dans un objectif de rattrapage des infrastructures de base, d’accélérer la sécurisation des réseaux d’eau potable et d’assainissement afin de prévenir les risques de coupure et de pollution. Au global, 42 millions d’euros sont consacrés à cette thématique (dont 20 millions de la CTM).

La protection de la population contre les risques naturels, notamment les séismes et les cyclones, constitue une priorité permanente pour le territoire. L’accord de relance contribuera à accélérer la réalisation de projets dans ce domaine. Il s’agira de disposer, à terme, d’un maillage du territoire par des bâtiments résistants en mesure d’accueillir les populations et d’assurer la continuité des services essentiels en cas de crise majeure. 83 millions d’euros ont été fléchés sur cet objectif (dont 30 millions de la CTM).

La Conférence sur l’avenir de l’Europe a été lancée en mai dernier. En tant que Président de Région, comment aimeriez-vous voir évoluer la politique régionale de l’Union européenne ?

La politique régionale de l’Union européenne est au cœur de notre politique de développement et représente le bras financier permettant la mise en œuvre de projets structurants pour le territoire.

La Martinique, en tant que Région Ultrapériphérique, prône une politique régionale adaptée. Bien que des avancées soient à noter, comme la mention des RUP dans certains règlements du cadre financier pluriannuel 2021-2027, des progrès restent à faire. Nous travaillons d’ailleurs en concertation avec les RUP, nos Etats membres et la Commission européenne à une nouvelle stratégie en faveur des RUP.

C’est en sens, qu’en tant que Président de la Conférence des Régions Ultrapériphériques pour l’année 2021-2022, je compte défendre ardemment la notion de différentiation et d’adaptation des politiques de l’Union sur nos territoires. Seule une politique régionale adaptée aux spécificités de nos Régions permettra à nos territoires un développement structurant, durable et porteur d’espoir pour nos populations.

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