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Grand projet européen, le Canal Seine-Nord Europe se concrétise

Long de 107 kilomètres, le Canal Seine-Nord Europe reliera d'ici à 2030 le nord de la France à plus de 20 000 kilomètres de voies européennes navigables. Pour l'économie des Hauts-de-France, ce projet financé par l'UE est un vivier d'opportunités.

Le tracé du Canal Seine-Nord Europe (en vert) - Crédits : SCSNE

C’est un chantier d’ampleur qui progresse de manière assurée. Selon Xavier Bertrand, président de la Région des Hauts-de-France et du Conseil de surveillance de la Société du Canal Seine-Nord Europe, pas de doute : “On a cassé la marche arrière”. Présent lors d’une réunion d’information à Amiens le 15 septembre dernier, il est venu célébrer aux côtés des parties prenantes du projet de canal les cinq ans de “l’appel de Péronne”.

Dans cette sous-préfecture de la Somme, des centaines de citoyens s’étaient mobilisés pour que cette réalisation, dont ils entendaient parler depuis plusieurs décennies, voie enfin le jour. Force est de constater qu’ils ont obtenu gain de cause. Car plus de 400 personnes ont déjà été engagées pour en faire une réalité, et ce n’est encore qu’un début.

Un ouvrage colossal

Le Canal Seine-Nord Europe, ce sont 107 kilomètres de voies navigables d’une largeur de 54 mètres qui relieront Compiègne dans l’Oise à Aubencheul-au-Bac dans le Nord. Une liaison qui permettra de transporter les marchandises par voie fluviale plutôt que par la route. Et qui assurera surtout une connexion optimale du nord de la France et du bassin de la Seine aux réseaux fluviaux de la Belgique et des Pays-Bas, et plus largement aux 20 000 kilomètres de voies fluviales à grand gabarit d’Europe.

Ce projet, qualifié de “chantier du siècle”, revêt une importante dimension européenne. Au-delà de l’intérêt qu’elle représente pour la France et la région, la réalisation viendra significativement faciliter les échanges entre pays de l’UE. Tout en diminuant les émissions carbones du secteur des transports, le fret par bateau étant bien moins polluant que la route. Pour en prendre conscience, un chiffre qui parle de lui-même : un bateau grand gabarit peut avoir une capacité allant jusqu’à 4 400 tonnes et de ce fait remplacer 220 camions.

Le Canal Seine-Nord Europe est donc en phase avec les objectifs du Pacte vert européen, feuille de route de l’UE pour parvenir à la neutralité climatique à l’horizon 2050. Notamment avec celui de reporter au moins 50 % du fret routier sur voies ferrées et navigables. Mais le canal répond également à une autre problématique, devenue bien plus pressante en 2022 dans le sillage de la guerre en Ukraine, celle des prix de l’énergie. Si les voies fluviales battent à plate couture le transport routier en matière de durabilité, leur avantage compétitif concernant le coût des carburants s’accroît.

Merci l’Europe

Sans l’Europe, il n’y aurait pas de projet”, a souligné Xavier Bertrand à Amiens. Car l’Union européenne est en effet la première source de financement du Canal Seine-Nord Europe, à hauteur de 2,1 milliards d’euros soit plus de 40 % du coût total de l’ouvrage (5,1 milliards d’euros). Les autres ressources financières proviennent des Régions Hauts-de-France et Ile-de-France ainsi que des Départements du Nord, de l’Oise, du Pas-de-Calais et de la Somme (1,1 milliard d’euros), de l’Etat (1,1 milliard d’euros également) et de l’emprunt (0,8 milliard d’euros).

Merci l’Europe”, affirme donc Xavier Bertrand, qui vante un partenaire important mais exigeant. C’est au titre du volet transport du mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE) que l’UE finance la construction du canal. Le MIE est un instrument de financement européen qui soutient les infrastructures dans les secteurs des transports, de l’énergie et du numérique. Par des investissements ciblés, le mécanisme porte ainsi de meilleures interconnexions en Europe et optimise le fonctionnement du marché unique. Et ces projets financés par l’UE, à l’instar du Canal Seine-Nord Europe et de ses quatre ports intérieurs, génèrent de nombreux emplois directs et indirects.

Le Canal Seine-Nord Europe en chiffres

Longueur : 107 kilomètres

Largeur : 54 mètres

Fin des travaux : d’ici à 2030

Emplois : 6 000 salariés nécessaires, dont 3 000 postes créés

Financement : mécanisme pour l’interconnexion en Europe (2,1 milliards d’euros sur 5,1 milliards requis), Régions Hauts-de-France et Ile-de-France, Départements du Nord, de l’Oise, du Pas-de-Calais et de la Somme (1,1 milliard d’euros), Etat (1,1 milliard d’euros) et emprunt (0,8 milliard d’euros)

Vivier d’opportunités pour l’emploi et les entreprises

Si plus de 400 personnes ont déjà été recrutées pour travailler à la réalisation du canal, 6 000 travailleurs en tout doivent être mobilisés sur le chantier, avec à la clé 3 000 créations de poste. Conducteurs d’engins, coffreurs, soudeurs, ouvriers spécialisés, ingénieurs… 29 métiers principaux seront requis pour mener à bien le projet. Des dizaines d’autres métiers seront également nécessaires pour accompagner le déroulement du chantier dans les domaines du gardiennage et de la restauration, par exemple.

Le Canal Seine-Nord Europe contribue dès lors à combattre le chômage dans une région plus affectée que d’autres par le phénomène. Comme l’explique Frédéric Danel, directeur régional de Pôle Emploi dans les Hauts-de-France, “le chômage baisse plus fortement dans cette région qu’ailleurs” mais celle-ci figure “encore parmi celles qui ont les taux de chômage les plus importants”.

Pour maximiser les effets positifs du projet pour l’économie locale, cinq initiatives spécifiquement consacrées au canal ont été créées. Des dispositifs qui font travailler en synergie différents partenaires en matière d’emploi (Canal Emploi, avec Pôle Emploi pour chef de fil), de formation (Canal Formation, piloté par la Région Hauts-de-France), d’insertion (Canal Solidaire, sous le patronage des Départements et coordonné par le Pas-de-Calais), d’implication des entreprises de la Région (Canal Entreprises, géré par la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) des Hauts-de-France et la Région Hauts-de-France) et de logements pour les salariés et leurs familles (Canal Accueil, initiative ayant pour acteur principal l’Etat).

Faciliter le lien entre employeurs et travailleurs

Ces cinq “canaux” participent à la mise en place d’initiatives qui assurent la mobilisation du plus grand nombre d’entreprises possible. Intermédiaire par excellence des entreprises, la CCI des Hauts-de-France possède une plateforme en ligne qui permet notamment aux sociétés susceptibles d’être intéressées par le projet Canal Seine-Nord Europe de se faire connaître, mais aussi de se mettre en relation entre elles. De son côté, la Région Hauts-de-France apporte des outils et des aides sur mesure aux entreprises. Canal Entreprises répond ainsi à leur besoin de veille, de formation, de recrutement mais aussi de financement. 

Les partenaires du projet ont aussi à cœur de s’adresser à un public large. Canal Solidaire veille ainsi à ce que le maximum de personnes particulièrement éloignées de l’emploi (chômeurs de longue durée, personnes touchant les minimas sociaux, jeunes de moins de 26 ans en grande difficulté et travailleurs en situation de handicap) puisse bénéficier des offres d’emploi induites par le canal. Pour y parvenir, certains marchés relatifs au projet sont attribués via des contrats comportant des clauses d’insertion par l’activité économique. Ce qui signifie que les entreprises signataires sont tenues de recruter un certain nombre de salariés parmi ces publics cibles. 

Dans une démarche complémentaire, le retour à l’emploi est aussi promu par Canal Formation. Avec ce dispositif, la Région Hauts-de-France et ses partenaires permettent aux personnes désireuses d’obtenir un poste lié à la construction du canal de bénéficier de la formation nécessaire. Celles-ci auront ainsi les compétences nécessaires à un ou plusieurs emplois parmi les 3 000 qui seront créés. Plus de 80 formations professionnelles différentes sont proposées et financées par la Région. 

Une fois que le Canal Seine-Nord Europe entrera en service, à l’horizon 2030, la Région Hauts-de-France aura toutes les cartes en main pour devenir un véritable “hub logistique”, estime Philippe Hourdain, président de la CCI régionale. Selon lui, le nombre de 40 000 à 50 000 emplois induits à terme par le canal, encore une estimation à ce stade, n’est pas farfelu. “Le port d’Anvers, c’est 60 000 salariés”, met-il en avant.

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