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Fonds européen pour le développement rural : “Nous créons des liens entre les porteurs de projet”

L'Union européenne porte une attention particulière aux zones rurales et dispose pour cela d'un outil : le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER). Il mobilise des groupes d'action locale, rassemblant des acteurs issus des secteurs public et privé. Exemple avec la Haute-Gironde, en Nouvelle-Aquitaine.

Située en Haute-Gironde, la commune de Blaye est célèbre pour son vin mais aussi pour sa citadelle inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco
Située en Haute-Gironde, la commune de Blaye est célèbre pour son vin mais aussi pour sa citadelle inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco - Crédits : SteveAllenPhoto / iStock

Les subventions pour le développement rural sont parfois un aspect oublié de la politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne. Elles ont pourtant représenté plus de 100 milliards d’euros pour la programmation 2014-2020, soit un quart du budget de la PAC.

Le programme européen LEADER (pour “Liaison entre actions de développement de l’économie rurale”) est ainsi financé par le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER). Il s’appuie sur des groupes d’action locale, comme celui de Haute-Gironde, en Nouvelle-Aquitaine. Ce-dernier comprend 62 communes et 4 communautés de communes. Il regroupe 90 000 habitants sur la rive droite de l’estuaire de la Gironde, dans le nord du département. Alors que la période de programmation 2014-2020 s’achève, nous avons échangé avec Joris Mathé, chargé de mission LEADER sur ce territoire.

Toute l’Europe : Qu’est-ce qu’un groupe d’action locale, ou GAL ?

Joris Mathé : Un GAL est une instance locale de décision qui rassemble des acteurs privés et publics du territoire. Ils se réunissent environ tous les trimestres. Le GAL définit sa stratégie en début de programmation puis la conduit en accueillant les porteurs de projets, en suivant le programme et en sélectionnant les initiatives qui pourront recevoir des financements européens au titre du FEADER.

Nous avons des représentants des communautés de communes et de deux syndicats importants du territoire. Le Syndicat mixte pour le développement durable de l’estuaire de la Gironde (SMIDDEST) et le Syndicat de valorisation des déchets (SMICVAL).

Quels sont les autres membres de votre groupe d’action ?

Nous avons de nombreux autres acteurs issus du secteur privé. Le Conseil de développement représente la société civile. La chambre d’agriculture, la chambre de métiers et de l’artisanat ainsi que la chambre de commerce et d’industrie sont également représentées. Des associations culturelles comme des compagnies locales font aussi partie du GAL, tout comme la société d’aménagement foncier et d’établissement rural (SAFER), spécialiste de la transaction immobilière. Nous avons par ailleurs des syndicats viticoles et des entreprises de l’énergie puisque la centrale nucléaire du Blayais est au large de l’estuaire de la Gironde.

Enfin, des agriculteurs qui travaillent en circuits courts, la fédération de chasse et des associations de producteurs d’asperges – par exemple – complètent le tableau. Nous animons un réseau d’une centaine de personnes.

Quelles ont été vos priorités depuis 2014 ?

Notre stratégie locale de développement a été dessinée en 2014, au début de la précédente programmation 2014-2020 des fonds européens. Elle comprend quatre grands thèmes. Le développement touristique du territoire, la valorisation des patrimoines, les actions collectives agricoles et la transition énergétique.

Deux axes supplémentaires viennent compléter ces sujets prioritaires. D’abord, l’accompagnement de proximité fait l’objet d’une aide pour le déploiement des équipes techniques sur l’animation du territoire. Ensuite, nous avons un crédit de coopération, transversal aux quatre priorités de la stratégie. Il sert à mener des échanges avec d’autres territoires ruraux en France, en Europe et au-delà.

Avez-vous des exemples de projets que vous avez soutenus ?

Le tourisme du vin était un sujet prioritaire au début de la programmation. Après 2014, les premières initiatives ont concerné le développement de l’œnotourisme sous l’angle de la croisière. Des pontons ont été construits à Blaye et Bourg-sur-Gironde pour accueillir des bateaux. Ces infrastructures ont attiré des opérateurs mondiaux. Ce tourisme concerne en particulier une clientèle anglo-saxonne ou asiatique. La création et la rénovation de maisons des vins ont optimisé la qualité de l’accueil. L’idée était de faire émerger une filière locale sur la valorisation du patrimoine viticole : les produits comme les savoir-faire. Nous avons aussi soutenu des campagnes de promotion, soit sous forme événementielle soit des campagnes à la radio.

La filière viticole apparaît dans beaucoup d’aspects de notre stratégie. J’ai évoqué le tourisme mais il y a aussi des actions culturelles. Les syndicats viticoles font du mécénat auprès d’associations locales pour des événements. La réduction des conséquences environnementales de ces activités est également abordée. Un nouveau projet émerge par exemple : la valorisation des sous-produits de la vigne comme les ceps. L’entreprise Vinea Energie utilise ces déchets pour les recycler en bois-énergie.

Réunis le 15 mars 2022 dans la citadelle de Blaye, des membres du réseau ont fait le bilan des projets soutenus sur ce site emblématique du territoire
Réunis le 15 mars 2022 dans la citadelle de Blaye, des membres du réseau ont fait le bilan des projets soutenus sur ce site emblématique du territoire - Crédits : Justine Degenmann / GAL Haute-Gironde

Vous avez aussi évoqué des échanges avec d’autres territoires ruraux en Europe…

Nous avons une démarche de coopération autour de l’œnotourisme. En novembre, nous emmenons des acteurs de notre territoire dans la Rioja, au nord de l’Espagne. Ils vont rencontrer leurs homologues qui ont travaillé avec LEADER. Cela permet d’avoir un retour d’expérience sur les routes des vins, les maisons des vins ou d’autre produits touristiques. Nous avions déjà eu une coopération avec le GAL du Grand Libournais autour de la question des déchets et des inégalités sociales.

Quel est votre budget pour mener ces actions ?

Nous avions une dotation initiale LEADER de 1,6 million d’euros sur la période 2014-2020 et nous avons obtenu 300 000 euros supplémentaires pour 2021 et 2022. Mais le cadre va évoluer en Nouvelle-Aquitaine. A partir de 2023 dans notre région, les territoires vont avoir la responsabilité de gérer d’autres fonds. Nous devrions avoir 1,3 million d’euros de FEADER pour la prochaine programmation. Nous aurons, en plus et pour la première fois, le volet territorial du Fonds européen de développement régional (FEDER), avec 1,9 million d’euros. Il y aura donc un spectre plus large d’actions.

Quelle est la valeur ajoutée d’un groupe d’action locale par rapport à d’autres échelons de décision ?

Le soutien est financier, bien sûr. Mais il passe aussi par une mise en réseaux de tous ces acteurs. Nous créons des liens entre les porteurs de projet. Par rapport aux mécanismes des fonds européens au niveau régional, notre caractéristique est d’avoir un ancrage local dans la définition de la stratégie, dans les acteurs concernés et dans l’accompagnement que nous leur apportons. Nous voulons créer du lien entre les actions, sans séparer un enjeu d’un autre. L’accès aux fonds européens peut être compliqué pour certains petits porteurs de projets. Notre atout est de pouvoir fluidifier tout cela.

Nos membres sont aussi de véritables ambassadeurs du programme LEADER, au-delà de l’appui technique et du financement. Finalement, nous enrichissons les initiatives avec une vision territoriale cohérente.

Quelles seront vos priorités dans les années à venir ?

Nous nous lançons progressivement dans le déploiement de la programmation 2021-2027. En Haute-Gironde, nous serons dotés du nouveau budget à partir de 2023. Nous travaillons à notre nouvelle stratégie qui aborde des thèmes un peu différents. Les actions collectives agricoles sont toujours là et la valorisation touristique du territoire est plutôt abordée sous l’angle de l’économie durable.

Nous avons d’abord réalisé plusieurs constats. Nous dépendons du bassin d’emploi de Bordeaux. Il y a une dynamique d’installation de nouvelles populations, en particulier sur la partie méridionale du territoire autour de Saint-André-de-Cubzac. Certaines communes ont parmi les taux de croissance démographique les plus élevés en France. C’est un vrai enjeu pour nous en termes d’urbanisme, de services, d’emploi ou encore de mobilités. C’est pourquoi la majorité des crédits sur le prochain programme ira vers l’accueil des nouveaux résidents. A la fois pour les services de proximité et les actions associatives vers différents publics.

Nous élargissons donc notre champ d’action sur des thèmes comme la mobilité et l’accueil des populations avec les associations locales. La question de l’emploi devient aussi prioritaire pour nous, au-delà de la question du tourisme qui nous occupait jusqu’à présent. Enfin, un nouveau thème important : la jeunesse. Il n’était pas abordé dans le précédent programme et il s’affiche désormais comme un sujet stratégique.

L’idée est de capitaliser sur l’expérience acquise ces dernières années. Nous comptons sur la proximité et l’enthousiasme des membres du GAL.

L'Europe en région
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