Toute L'Europe – Comprendre l'Europe

Environnement : dans le Grand Est, le Pacte vert européen se décline au niveau local

Souvent résumé à une seule ambition – la neutralité climatique à l'horizon 2050 – le "Green Deal" engage des politiques européennes plus larges. Il concerne aussi bien la biodiversité que la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Autant de chantiers à engager à l'échelon local. Exemple en région Grand Est.

De nombreux acteurs du Grand Est se sont réunis pour participer à un programme européen de préservation de la biodiversité, dont les parcs naturels régionaux (ici à la Montagne de Reims)
De nombreux acteurs du Grand Est se sont réunis pour participer à un programme européen de préservation de la biodiversité, dont les parcs naturels régionaux (ici à la Montagne de Reims) - Crédits : Southtownboy / iStock

Les objectifs climatiques sont de plus en plus exigeants”, relève Sophie Barbier, directrice du département Europe à la Caisse des dépôts. Lorsque le sujet du Pacte vert européen est abordé, les initiés retiennent généralement cet objectif climatique : la neutralité carbone à l’horizon 2050. La feuille de route environnementale de l’Union européenne engage pourtant des politiques sur d’autres sujets : le recyclage des déchets, les transports, la qualité des sols, les océans ou encore la biodiversité. Autant de domaines qui nécessitent des investissements financiers abondants, côté public comme privé, et à toutes les échelles.

L’engagement de la Banque européenne d’investissement, de la Caisse des dépôts et de l’Union européenne

Nous avons beaucoup investi dans la région Grand Est”, souligne Grégoire Chauvière Le Drian, chef du bureau français de la Banque européenne d’investissement (BEI). Et particulièrement à Reims, poursuit-il, citant tour à tour le tramway de la ville marnaise ou les travaux dans les lycées François Arago et Jean Jaurès. L’efficacité énergétique du bâti est un enjeu fondamental puisque ce secteur représente plus de 20 % des émissions françaises de gaz à effet de serre.

Reims Habitat a notamment bénéficié d’un prêt de la Banque européenne d’investissement pour financer la construction et la rénovation thermique de bâtiments. L’office public de la capitale du champagne a pu toucher 32,6 millions d’euros depuis 2019 et a développé un parc de 345 logements intermédiaires.

De nombreux instruments ont été mis en place par la Banque des territoires, filiale de la Caisse des dépôts, et la BEI afin d’engager la transition écologique. La première propose par exemple des prêts à taux fixe au secteur public local, grâce au soutien de la seconde. “Nous allons mobiliser environ 40 milliards d’euros d’ici 2024 dans le cadre de notre plan climat”, avance Sophie Barbier, de la Caisse des dépôts.

Les collectivités territoriales mettent aussi la main à la pâte. Le vice-président de la Région en charge des fonds européens Boris Ravignon évoque pour sa part le plan “lycées verts”. L’objectif ? Rénover ces établissements scolaires afin de réduire de 40 % leur consommation d’énergie d’ici à 2030. La Région compte y consacrer 60 millions d’euros sur la période 2021-2023.

Egalement maire de Charleville-Mézières, Boris Ravignon souligne par ailleurs que trois départements de l’est de la France pourraient être bénéficiaires du Fonds pour une transition juste (FTJ), ce nouveau programme européen pour aider les territoires qui seront confrontés à des difficultés économiques et sociales en raison de la transition écologique. “Ce fonds représente plus de 17 milliards d’euros pour les territoires à l’échelle de l’Union européenne”, précise Jessica Larsson, cheffe adjointe de la représentation de la Commission européenne en France. Le Haut-Rhin, la Moselle et la Meurthe-et-Moselle auront ainsi un soutien financier. “Le plan pourrait exclure les transformations du secteur de l’automobile”, alerte toutefois le vice-président de la Région où cette industrie fait vivre des milliers de personnes.

Gestionnaires d’une large partie des financements européens, les Régions ont donc un rôle à jouer dans la transition écologique. “Le principe de ‘ne pas nuire’ à l’environnement est désormais transversal à toutes nos interventions”, résume Yohan Gardiennet, directeur adjoint à la délégation aux fonds européens du Grand Est. Les investissements ne doivent pas avoir de conséquences négatives sur les objectifs environnementaux de l’UE.

Nous avons un des réseaux d’animateurs Europe dans 12 Maisons de Région pour renseigner les acteurs au plus près du terrain”, abonde Yohan Gardiennet. Car les outils financiers ou les subventions, comme les fonds européens, ne sont pas toujours lisibles ou faciles d’accès pour les collectivités et les petites entreprises qui manquent d’ingénierie pour mettre en place de gros projets. C’est pourquoi la Banque des territoires propose un accompagnement, à l’image de l’offre SGREEN+ pour accélérer la mise en œuvre des projets locaux de transition écologique. C’est le cas à Thionville, en Moselle, où elle aide les élus locaux dans leur volonté de végétaliser les cours d’école, avec par exemple une analyse des besoins. Sur les 222 communes du programme “Action cœur de ville” destiné à réduire les fractures territoriales, 24 sont dans le Grand Est, comme l’indique Damien Augias, responsable du pôle stratégie de la Banque des territoires de la région.

Le programme LIFE du Grand Est, pour la biodiversité

Environ la moitié du territoire du Grand Est correspond à des surfaces agricoles, et 35 % à des forêts. Autant de réserves potentielles de biodiversité qu’il s’agit de préserver. “42 % de l’économie française dépend de la biodiversité”, explique Marc Abadie, président de CDC Biodiversité, une filiale du groupe de la Caisse des dépôts. Un chiffre qui atteint des sommets dans certains secteurs, comme l’agroalimentaire, très dépendant des pollinisateurs.

L’institution a d’ailleurs développé un outil inédit pour que les entreprises et les établissements financiers mesurent l’empreinte sur la faune et la flore de chaque projet : le Global Biodiversity Score (GBS). Avec une série de critères, il permet aux acteurs économiques de mieux prendre en compte l’environnement dans leurs décisions. Cet indicateur pourrait être proposé aux petites et moyennes entreprises dès le mois de septembre et il est en cours de développement pour les collectivités locales.

Ces dernières peuvent déjà engager des actions en faveur de la biodiversité. Depuis février 2022, la Région Grand Est est engagée dans le programme LIFE de l’Union européenne, qui soutient les projets liés à la restauration et la préservation de la biodiversité. Plantation de 1 000 kilomètres de haies, création de 10 nouvelles réserves naturelles régionales, lancement de plans d’action pour des espèces menacées… les ambitions sont multiples. Monté avec de nombreux partenaires, dont les 6 parcs naturels régionaux du Grand Est ou le Muséum national d’histoire naturelle, le programme est doté de plus de 26 millions d’euros engagés sur 10 ans.

Cet article est inspiré d’une journée de tables rondes sur la mise en œuvre du Pacte vert européen dans les territoires du Grand Est, qui s’est tenue le 17 mai à l’Hôtel de Ville de Reims. Elle a été organisée par le groupe Caisse des Dépôts et la Maison de l’Europe de Scy-Chazelles, avec la Région Grand Est, la Ville de Reims et la Communauté urbaine, en partenariat avec Toute l’Europe.

Arnaud Robinet, maire de Reims, Richard Stock, directeur du centre européen Robert Schuman (Scy-Chazelles) et Damien Augias, responsable du pôle stratégie de la Banque des territoires Grand Est ont ouvert la journée. Charlotte Halpern, docteure en science politique, chercheuse au Centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po et spécialiste de l’action publique comparée, est également intervenue lors de cette journée conclue par Catherine Vautrin, présidente de la Communauté urbaine du Grand Reims.

Table-ronde autour du Pacte vert européen et son articulation dans les territoires du Grand Est
Hôtel de Ville de Reims. Table-ronde sur le Pacte vert européen et son articulation dans les territoires du Grand Est - Crédits : Toute l’Europe

Participez au débat et laissez un commentaire

Commentaires sur Environnement : dans le Grand Est, le Pacte vert européen se décline au niveau local

Lire la charte de modération

Commenter l’article

Votre commentaire est vide

Votre nom est invalide