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Valérie Hayer : “Engager une révision profonde des modalités de fonctionnement et de financement du budget européen”

Valérie Hayer a pris les rênes de la troisième force politique du Parlement européen, Renew Europe. De la finalisation des textes clés de la mandature au programme européen commun de son groupe, elle aborde pour Toute l’Europe les défis qui l’attendent, à quelques mois des élections européennes.

Valérie Hayer
A 37 ans, Valérie Hayer est devenue la plus jeune présidente du groupe centriste Renew Europe -Crédits : Parlement européen. 

Le quotidien de Valérie Hayer s’est brusquement accéléré, jeudi 25 janvier 2024. Élue par ses pairs présidente du groupe Renew Europe, elle est désormais à la tête de la troisième force politique du Parlement européen (101 eurodéputés de 24 nationalités), derrière le Parti populaire européen (PPE) et les sociaux-démocrates (S&D). Une ascension rapide, si l’on considère qu’elle n’était placée qu’en 19e position sur la liste de la majorité présidentielle en 2019. 

Mais l’élue mayennaise, “fille et petite-fille d’agriculteurs”, a rapidement gagné le respect de ses collègues par son travail au sein de la commission des Budgets. Elle y a été chargée notamment des négociations du cadre financier pluriannuel (CFP 2021-2027), du plan de relance européen et co-rapporteure permanente sur les ressources propres. A 37 ans, elle devient la plus jeune présidente du groupe centriste, et seulement la deuxième femme à occuper la fonction, après Simone Veil (1984-1989).

Je n’imaginais pas une seule seconde finir mon mandat en étant présidente de groupe”, dit aujourd’hui celle qui succède à Stéphane Séjourné, nommé ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, à quelques mois des élections européennes (6-9 juin). Une période cruciale. 

Vous êtes désormais présidente du groupe Renew Europe au Parlement européen. Ce nouveau statut change-t-il concrètement votre rôle de parlementaire ?

Comme députée européenne, j’ai beaucoup travaillé sur le fond des dossiers en étant pleinement investie dans le travail des commissions, en particulier la commission des Budgets. Désormais, j’aurai moins de temps pour siéger en commission, ce qui ne veut pas dire que je ne m’intéresserai plus au fond des dossiers. Mais de fait, mon rôle va évoluer, par ma présence renforcée auprès du groupe Renew et parce que je vais siéger à la Conférence des présidents, qui est l’organe de décision politique du Parlement européen.

Apporterez-vous des nouveautés dans l’animation du groupe Renew Europe ?

Je m’inscris d’abord dans la continuité des précédents présidents Dacian Ciolos (juillet 2019-Octobre 2021) et Stéphane Séjourné (octobre 2021-janvier 2024). Renew est un groupe charnière sans lequel les majorités ne sont pas possibles au Parlement européen. Il tient donc un rôle fondamental, dans une dynamique de prise de responsabilités. Je veux contribuer à maintenir sa grande cohésion pour conserver l’influence qui est la nôtre au sein du Parlement européen. Je suis dans cette continuité… mais avec ma propre personnalité !

Vous êtes présidente pour quelques mois, mais pas les moins importants à l’approche des élections européennes. Quelles missions prioritaires seront les vôtres ?

Je m’assigne trois missions principales d’ici à juin prochain. La première : avec le groupe Renew, participer aux décisions majeures du Parlement européen et faire que les dossiers encore sur la table aboutissent. Je pense notamment au Pacte de stabilité et de croissance et au Pacte asile et migration, qui sont des dossiers fondamentaux sur lesquels nous devons absolument aboutir avant la fin du mandat.

Deuxième mission : accélérer la mise en place de la plateforme Renew en vue des élections européennes. La plateforme, c’est un programme européen commun, des visages communs, des ambitions communes pour s’engager avec force dans la campagne… et peut-être gagner de nouveaux partenaires. 

Et puis, la troisième étape sera évidemment la négociation qui suivra l’élection de juin pour fixer les priorités politiques du Parlement et définir les top jobs (notamment les présidents de la Commission, du Parlement, puis du Conseil européen). Il faut être fort au moment de cette négociation, qui est évidemment importante, puisque c’est l’Europe des cinq prochaines années qui se dessine (2024-2029).  

A l’approche des élections européennes, la montée des populismes dans de nombreux pays vous inquiète-t-elle ?

Je vois les sondages, que certains nous rappellent régulièrement, indiquant que Renew serait en perte de vitesse. Mais cela ne dit rien du résultat des élections européennes au soir du 9 juin. J’en veux pour preuve les résultats des élections de 2019, où personne ne nous attendait et où nous avons réussi à casser le duopole PPE-S&D.

Nous ne sommes pas encore entrés en campagne, mais je vois dans certains pays de nouveaux contingents d’élus émerger, comme en Pologne. C’est pour cela que je suis confiante. Et je peux vous dire une chose : personne ne doit douter de notre détermination ! Lutter contre l’extrême droite et les populismes est inscrit dans l’ADN de Renew !

Justement, puisqu’on parle d’entrer en campagne, votre nom est cité comme tête de liste pour la majorité présidentielle… 

Je vois que mon nom circule dans la presse… Mais je viens de prendre la présidence du groupe ! Alors, même si je me suis installée assez rapidement dans ce Parlement européen, je dois encore m’approprier beaucoup de nouveaux dossiers en tant que présidente. Clairement, ce sera ma priorité. Bien sûr, je participerai activement à la campagne en France, mais je devrai aussi soutenir mes petits camarades dans les autres pays, où nous avons des élus. C’est mon rôle en tant que présidente.

Évoquons les sujets d’actualité et notamment les décisions du dernier Conseil européen, qui a adopté une aide supplémentaire de 50 milliards d’euros pour l’Ukraine. Un engagement qui satisfait les parlementaires européens ?

Cette décision a été acceptée par les vingt-sept dans le budget européen, c’est un signal très fort de l’unité des Européens dans le soutien à l’Ukraine. C’est un point très important. Maintenant, concernant les autres sujets, notamment l’immigration, le fonds européen de défense, la plateforme STEP (plateforme des technologies stratégiques pour l’Europe), le remboursement du plan de relance, des négociations vont s’ouvrir avec l’équipe responsable du budget pluriannuel au Parlement européen. Équipe dont je ne fais plus partie depuis mon élection comme présidente de groupe.

Voulez-vous dire que le Parlement européen n’est pas aligné avec le Conseil sur les sujets que vous venez de citer ?

Le Parlement européen est une autorité budgétaire et nous allons donc entamer un processus de négociation. Les 50 milliards pour l’Ukraine sont sanctuarisés, je n’ai pas de doute. Pour les autres sujets, les discussions vont s’ouvrir. Il y a beaucoup de questions autour du remboursement du plan de relance, avec des risques de coupes dans les programmes. Nous discutons d’abord du remboursement des intérêts du plan de relance, puis des avancées sur les ressources propres qui doivent contribuer à rembourser l’emprunt.

J’espère que nous aurons une décision du Conseil sous présidence belge avant les élections européennes, parce que c’est un engagement que les trois institutions avaient pris. Le Parlement européen saura rappeler au Conseil que les chefs d’Etat et de gouvernement eux-mêmes, en juillet 2020, s’étaient entendus pour rembourser ce plan de relance avec des ressources propres.

Concrètement, quelles nouvelles ressources propres souhaitez-vous acter d’ici la fin de cette mandature ?

Certaines sont déjà prêtes, comme la taxe carbone aux frontières ou le marché ETS (quotas carbone) : les négociations sectorielles et les textes législatifs sont prêts. Il faut maintenant décider que les recettes soient transformées en ressources propres et abondent le budget. 

La Commission avait aussi proposé une contribution sur les bénéfices des entreprises en attendant le fameux impôt minimum… Là aussi, normalement, la décision doit être prise rapidement. Le Parlement a déjà une position établie sur les ressources propres, la balle est maintenant dans le camp du Conseil. Quand on prend un peu de recul, il est toujours difficile de comprendre pourquoi les décisions tardent, alors que les finances de certains Etats sont exsangues et que de nouvelles ressources propres constituent une alternative. 

Pacte de stabilité et de croissance, Pacte migration et asile, mais aussi agriculteurs dans les rues alors que des voix s’élèvent contre le Pacte vert… La fin de la mandature, dont la dernière session plénière est en avril, s’annonce chargée. 

Dans chacun des textes que nous avons négociés, nous avons suivi des positions d’équilibre. En matière environnementale nous avons des ambitions, mais nous les adaptons à la réalité et aux contraintes de terrain. On n’oppose pas l’agriculture et l’environnement. Quand on analyse les mouvements de mobilisation en Europe, il y a des revendications européennes, mais aussi beaucoup de revendications nationales. D’ailleurs en France, la mobilisation a été suspendue suite aux annonces du Premier ministre. 

Je pense que nous avons fait beaucoup pour le monde agricole, au niveau européen et dans les négociations nous avons toujours veillé à assurer ce triptyque : rémunération-transition environnementale-souveraineté alimentaire. Mais pour moi, l’enjeu de l’accompagnement financier et humain a manqué, parce que certains Etats ne voulaient pas mettre la main à la poche.

Encore une fois, le sujet achoppe sur les questions budgétaires. N’est-il pas temps, avec la prochaine mandature, de réfléchir à un nouveau cadre financier pour l’UE ?

Oui, il faut changer de logique. J’espère que dans le prochain cadre financier pluriannuel, nous pourrons entamer une révision profonde des modalités de fonctionnement et de financement du budget européen. Que l’on entre dans une nouvelle ère ! Cette ère de l’Europe géopolitique, de l’Europe puissance, de l’Europe qui assume sa place dans le monde et l’enjeu de financer les politiques publiques qu’elle définit comme prioritaires. Pour cela, il faut des moyens ! Je pense que la perspective de l’élargissement va nous aider à changer de logiciel.

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