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Passation de pouvoir au Conseil de l'UE : le Portugal encensé, la Slovénie surveillée

A l’issue des six mois de présidence portugaise du Conseil de l’Union européenne, la Slovénie s’apprête à reprendre le flambeau jeudi 1er juillet. Alors que le Portugal revendique un bilan positif, la présidence slovène et son Premier ministre populiste Janez Janša suscitent déjà l’inquiétude.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué la "compétence" du Premier ministre portugais Antonio Costa, dont le gouvernement a présidé le Conseil de l'Union européenne pendant six mois - Crédits : Commission européenne
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué la “compétence” du Premier ministre portugais Antonio Costa, dont le gouvernement a présidé le Conseil de l’Union européenne pendant six mois - Crédits : Commission européenne

C’est une “présidence incroyablement réussie”, selon la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen citée par le quotidien portugais Correio de Manhã, qui touche à sa fin. Le Portugal remettra, jeudi 1er juillet, la présidence du Conseil de l’Union européenne à la Slovénie, qui l’exercera jusqu’à la fin de l’année 2021.

Débutée au 1er janvier dernier, la présidence portugaise aura été marquée par la pandémie de Covid-19 “comme les deux précédentes sous la Croatie et l’Allemagne”, précise le représentant permanent adjoint du Portugal auprès de l’UE, Pedro Lourtie [Euractiv]. Toutefois, la “compétence” du Premier ministre António Costa, saluée par Ursula von der Leyen, a permis de faire avancer de nombreux sujets “qui n’auraient pas eu autant de succès” autrement [Correio de Manhã].

Le chef du gouvernement portugais avait fort à faire car “une présidence semestrielle, ce sont en moyenne 3 000 réunions à tous niveaux, techniques et politiques, dont la plupart se sont tenues virtuellement pour cause de Covid”, expliquent Les Echos. “Les choses ont commencé à s’améliorer dans les trois derniers mois, nous permettant d’avoir plus de réunions physiques”, raconte Pedro Lourtie à Politico.

Présidence prolifique

En dépit de la crise sanitaire, Lisbonne a donc su tirer “son épingle du jeu” [Les Echos]. Le quotidien économique évoque ainsi la “célérité particulière” avec laquelle a été mis sur pied le certificat vaccinal, “qui doit permettre à tous les résidents de franchir les frontières cet été avec un document unique”. Un document impulsé par les pays les plus dépendants du tourisme dans l’UE, dont le Portugal fait partie.

Parmi d’autres réalisations se trouve également “[l’]accord avec le Parlement [européen] sur la tarification routière des poids lourds, un dossier qui patinait depuis plus de trois ans”. Ou encore celui “sur la transparence fiscale des multinationales”, qui inclut un “reporting fiscal pays par pays, un outil jugé crucial dans la lutte contre l’optimisation fiscale”. Politico liste également la “cookie law” sur l’usage des données privées par les plateformes, le progrès dans la lutte contre les contenus pédopornographiques en ligne ou dans l’évaluation commune des médicaments et matériels médicaux.

Dans un entretien à Euronews, le Premier ministre António Costa se félicite notamment des “avancées importantes” des négociations concernant le pacte sur la migration et asile et du débat “très frontal” engagé avec Viktor Orbán sur les valeurs de l’Union. Le socialiste revendique aussi “la réforme de la politique agricole commune en intégrant pour la première fois la dimension sociale et en renforçant la dimension verte”, et “l’approbation [en mai 2021] de la nouvelle loi sur le climat […] qui prend l’engagement commun d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050″ [Euronews]. 

Point d’orgue de son mandat, la présidence portugaise revendique tout particulièrement deux succès majeurs. Le premier, et “le plus marquant pour l’avenir, c’est que nous avons réussi à passer des principes du socle européen des droits sociaux au plan d’action sur le socle européen des droits sociaux” à l’occasion du Sommet social de Porto début mai 2021, ajoute enfin l’ancien maire de Lisbonne [Euronews]. Un succès à relativiser pour l’ancien eurodéputé Carlos Coelho (Parti social-démocrate, centre droit). Ce dernier considère en effet ce plan d’action plus comme “un affichage de bonnes volontés qui repose sur la responsabilité exclusive des Etats membres, sans outils communautaires en face pour les contraindre” [Les Echos].

Le second accomplissement se situe sur le terrain de la relance économique, avec l’approbation et le lancement de l’emprunt européen, suivi du “feu vert de la Commission européenne” aux douze premiers plans de relance nationaux [Euronews]. “Les gouvernements devraient commencer à toucher les premiers milliards de ce vaste plan d’investissement d’ici à la fin juillet”, prévoient Les Echos.

Passation

Sur la plupart de ces dossiers, il reviendra à la Slovénie de transformer l’essai. C’est ainsi “lors du premier Conseil des affaires économiques et financières (ECOFIN) de la présidence slovène [que] ces douze plans de relance et de résilience devraient être approuvés”, note António Costa [Euronews].

Cette présidence slovène sera scrutée de près, explique la chaîne d’information américaine ABC News : “La Slovénie récupère la présidence de l’UE avec son Premier ministre [Janez Janša] au centre de l’attention”. La “dérive illibérale” du pays, pointée par la chaîne suisse RTS, soulève des “inquiétudes” à Bruxelles, où l’on craint que le leadership slovène ne soit utilisé par le gouvernement pour rogner sur la liberté de la presse en Europe [ABC News]. Bien que la tâche de la présidence du Conseil soit “essentiellement bureaucratique”, comme le rappelle le média, “les officiels européens scruteront attentivement la manière dont Janša approche l’épineuse question des standards démocratiques” et de l’état de droit. La présidence à venir sera donc un “test important pour l’UE”, estime Faris Kočan du Centre de relations internationales de Ljubljana, interviewé par ABC News.

Malgré ces réserves et ces craintes, le Premier ministre portugais a assuré son homologue slovène de sa confiance : “[il] s’apprête à exercer sa deuxième présidence. La première, c’était en 2008. Donc il a de l’expérience, ce sera sûrement une bonne présidence”, a-t-il déclaré à Euronews.

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