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Droits de l’homme : connaissez-vous le prix Sakharov ?

Institué en 1988, le "Prix Sakharov pour la liberté de l'esprit" est remis chaque année par le Parlement européen à des personnes ou des organisations en lutte contre l'oppression, l'intolérance et l'injustice. Décerné à l'opposant politique russe Alexeï Navalny, le Prix Sakharov 2021 a été remis en son nom à sa fille lors d’une cérémonie officielle le 15 décembre, à Strasbourg.

Daria Navalnaya a reçu le prix Sakharov le 15 décembre au nom de son père Alexeï Navalny, emprisonné en Russie
La fille de l’opposant russe Alexeï Navalny, emprisonné près de Moscou, a reçu en son nom le prix Sakharov le 15 décembre dans l’hémicycle du Parlement européen - Crédits : Mathieu Cugnot / Parlement européen

Que récompense-t-il ?

Le “prix Sakharov pour la liberté de l’esprit” récompense une action exceptionnelle dans le domaine de la défense des droits de l’homme et des libertés fondamentales, particulièrement la liberté d’expression, la défense du droit des minorités, le respect des lois internationales ou encore le développement de la démocratie.

Il peut être décerné à des personnes, des associations ou des organisations, sans considération de leur nationalité, lieu de résidence ou siège social.

Pourquoi s’appelle-t-il “Prix Sakharov” ?

Ce prix a été baptisé du nom du scientifique Andrei Sakharov (1921-1989), l’un des inventeurs de la bombe à hydrogène soviétique. Conscient des risques que l’utilisation détournée de son invention pouvait faire courir, il s’est engagé dans une action de sensibilisation aux méfaits d’une course à l’armement nucléaire. Considéré comme un dissident en Union soviétique, Andrei Sakharov fut assigné à résidence, coupé du monde, dans la ville de Gorki, aujourd’hui Nijni Novgorod. Il a également créé, en 1970, un comité de défense des droits de l’homme et des victimes des procès politiques. Cinq ans plus tard, le Prix Nobel lui a été décerné pour récompenser ses efforts en faveur de la paix dans le monde. Il ne pourra cependant le recevoir en personne, les autorités soviétiques lui ayant refusé un visa de sortie du territoire.

Comment ce prix est-il attribué ?

Chaque année, les groupes politiques du Parlement européen et les eurodéputés peuvent désigner des candidats au Prix Sakharov. Sur la base de ces candidatures, la commission parlementaire des affaires étrangères et la commission du développement choisissent, lors d’une réunion commune, trois “nominés”. La Conférence des présidents du Parlement européen désigne ensuite le lauréat du prix parmi les trois nominés.

Le prix est officiellement remis par le président du Parlement européen lors d’une des sessions plénières de fin d’année, aux alentours du 10 décembre, jour anniversaire de la signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme par les Nations Unies en 1948. Le lauréat du Prix Sakharov reçoit une somme de 50 000 euros.

Qui sont les lauréats du Prix Sakharov ?

  • 2021 : Alexeï Navalny (Russie)

Homme politique de l’opposition russe, journaliste et militant anti-corruption, il s’est fait connaître sur la scène internationale en organisant des manifestations contre le président Vladimir Poutine et son gouvernement, puis en se présentant aux élections. Empoisonné en août 2020 puis arrêté en janvier 2021 à son retour à Moscou, il purge actuellement une peine de trois ans et demi de prison. Le 15 décembre 2021, sa fille Daria Navalnaya a reçu en son nom le prix dans l’enceinte du Parlement européen. Citant son père, elle a déclaré : la Russie fait partie de l’Europe et nous nous efforçons d’en faire partie. Mais nous voulons aussi que l’Europe lutte pour ce qu’elle est et pour les superbes idées qui sont en son cœur. Nous luttons pour une Europe des idées, pour la célébration des droits humains, de la démocratie et de l’intégrité”.

  • 2020 : Conseil de coordination de l’opposition (Biélorussie)
  • 2019 : Ilham Tohti (Chine)
  • 2018 : Oleg Sentsov (Ukraine)
  • 2017 : Opposition démocratique vénézuelienne : l’Assemblée nationale (Julio Borges) et tous les prisonniers politiques dont les noms ont été communiqués par le Foro Penal Venezolano, représentés par Leopoldo López, Antonio Ledezma, Daniel Ceballos, Yon Goicoechea, Lorent Saleh, Alfredo Ramos et Andrea González.
  • 2016 : Nadia Murad et Lamiya Aji Bashar (Yézidies d’Irak)
  • 2015 : Raif Badawi (Arabie saoudite)
  • 2014 : Denis Mukwege (République démocratique du Congo)
  • 2013 : Malala Yousafzai (Pakistan)
  • 2012 : Jafar Panahi et Nasrin Sotoudeh (Iran)
  • 2011 : Activistes du Printemps arabe : Mohamed Bouazizi (Tunisie, posthume), Asmaa Mahfouz (Egypte), Ahmed al-Sanusi (Libye), Razan Zeitouneh et Ali Farzat (Tunisie)
  • 2010 : Guillermo Fariñas (Cuba)
  • 2009 : Association Memorial : Oleg Orlov, Serguei Kovalev et Lioudmila Alexeieva (Russie)
  • 2008 : Hu Jia (Chine)
  • 2007 : Salih Mahmoud Osman (Soudan)
  • 2006 : Alexandre Milinkevitch (Biélorussie)
  • 2005 : Mouvement Dames en blanc (Cuba), Hauwa Ibrahim (Nigeria) et Reporters sans frontières (France)
  • 2004 : Zhanna Litvina (Biélorussie)
  • 2003 : Kofi Annan (Ghana) et les Nations Unies
  • 2002 : Oswaldo José Paya Sardiñas (Cuba)
  • 2001 : Izzat Ghazzawi (Palestine), Nurit Peled-Elhanan (Israël) et Dom Zacarias Kamwenho (Angola)
  • 2000 : Initiative ¡Basta Ya ! (Espagne)
  • 1999 : José Alejandro “Xanana” Gusmão (Timor oriental)
  • 1998 : Ibrahim Rugova (Kosovo)
  • 1997 : Salima Ghezali (Algérie)
  • 1996 : Wei Jingsheng (Chine)
  • 1995 : Leyla Zana (Turquie)
  • 1994 : Taslima Nasreen (Bangladesh)
  • 1993 : Oslobodjenje (Journal, Bosnie-Herzégovine)
  • 1992 : Association des Mères de la place de Mai (Argentine)
  • 1991 : Adem Demaçi (Kosovo)
  • 1990 : Aung San Suu Kyi (Birmanie)
  • 1989 : Alexander Dubcek (Tchécoslovaquie)
  • 1988 : Nelson Mandela (Afrique du Sud) et Anatoni Marchenko (URSS, posthume)

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