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Elections européennes 2019 : quels candidats ? quelles stratégies ?

Actualité 10.12.2018 La rédaction

Le 26 mai 2019, les élections européennes auront lieu en France. Changement majeur par rapport à 2014 : le scrutin par circonscription a été remplacé par une liste nationale unique composée de 79 candidats - un chiffre égal au nombre de députés français qui seront normalement présents au Parlement européen l'année prochaine. Chaque parti doit ainsi désigner une tête de liste qui le représentera pendant la campagne. Si certains ont déjà fait leur choix, le flou persiste néanmoins pour la plupart des autres formations politiques. Beaucoup sont en effet divisées sur la ligne directrice à adopter et les alliances à contracter.

Élections européennes 2019 : quels candidats ? quelles stratégies ?

Élections européennes 2019 : quels candidats ? quelles stratégies ?

(Les partis sont présentés selon leur position dans le sondage Ifop réalisé les 25 et 29 octobre 2018 réalisé sur un échantillon représentatif de 905 électeurs).

La République en Marche : la stratégie du rassemblement

De gauche à droite : Christophe Castaner, Edouard Philippe et Alain Juppé - Crédits : Profil Facebook Officiel

Selon un sondage Ifop réalisé les 25 et 29 octobre 2018, la République en Marche (LaREM) se placerait en première position à égalité avec le Rassemblement national avec 20% des voix (3 points de moins par rapport à juin), si les élections avaient lieu aujourd'hui. Sorti largement majoritaire des élections législatives de 2017 avec le Modem allié, le parti ne compte cependant qu'un seul député estampillé LaREM au Parlement européen : Jean Arthuis (qui siège chez les libéraux).

Sans alliance historique à l'échelle européenne, LaREM cherche à "faire éclater les deux principales formations à Bruxelles", le Parti Populaire Européen (PPE) et les sociaux-démocrates (S&D), afin de se constituer en un large bloc central. L'idée est de rallier à la fois des députés de gauche, de droite et du centre, tout en laissant la porte ouverte à la société civile, afin de rassembler au-delà de la majorité. Le député des Français à l'étranger, Pieyre-Alexandre Anglade, a par ailleurs été missionné pour nouer des alliances en Europe (notamment avec le parti espagnol de centre-droit Ciudadanos et les pays de l'Est). Christophe Castaner, alors président de LaREM, a publié en septembre une tribune avec l'ancien président du Conseil italien Matteo Renzi, l'Espagnol Albert Rivera (Ciudadanos) et le Belge Guy Verhofstadt sur leur vision commune de l'avenir de l'UE.

Ce dernier préside d'ailleurs l'actuel groupe centriste libéral qui existe au Parlement européen (ADLE). Dès septembre, Guy Verhofstadt s'est dit prêt à s'allier avec LaREM en vue de constituer un groupe parlementaire après les élections de mai. Début novembre, lors du congrès de l'ADLE à Madrid, LaREM a de son côté fait savoir qu'elle rallierait l'ADLE, et ce dans l'optique de créer un groupe plus large au sein du Parlement européen.

Pour mener à bien les ambitions de LaREM, Emmanuel Macron cherche à renforcer le clivage entre ceux qu'il qualifie de "progressistes", qu'il cherche à rassembler autour de sa ligne pro-européenne, et les "nationalistes" notamment incarnés par le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini, le Premier ministre hongrois Viktor Orban et en France par Marine Le Pen.

En parallèle, le parti se cherche une tête de liste pour mener la campagne française. Plusieurs personnalités ont déjà refusé le poste : l'ancien eurodéputé écologiste Daniel Cohn-Bendit, proche d'Emmanuel Macron, a annoncé début octobre qu'il n'en serait pas, en raison de son âge. Des justifications également avancées par François Bayrou. L'ancien ministre et actuel patron de WWF, Pascal Canfin, a également décliné. Qui alors ? L'actuel directeur de la campagne, Stéphane Séjourné, le conseiller Europe du président Clément Beaune ou la secrétaire d'État à l'égalité hommes-femmes Marlène Schiappa ? Alain Juppé serait par ailleurs bien positionné, malgré un premier refus de sa part.

La campagne de LaREM pour les européennes a été lancée le 26 septembre par son ancien président Christophe Castaner. A cette occasion, le parti a lancé un appel à candidatures pour composer la liste. Deux jours avant la date de clôture des candidatures fixée au 15 novembre, le parti a fait "un appel aux femmes" constatant que seules 24% des candidatures reçues étaient féminines, déplaçant la date de clôture au 19 novembre.

Rassemblement national : l'Europe des nations

De gauche à droite : Gilbert Collard, Louis Alliot et Nicolas BayDe gauche à droite : Gilbert Collard, Louis Alliot et Nicolas Bay - Crédits : Profil Facebook officiel

"Grand vainqueur" des dernières élections européennes de 2014, où il avait récolté 24,4% des voix, le Front national – désormais Rassemblement national (RN) – accumule actuellement 20% des intentions de vote (+ 3 points par rapport à juin), à égalité avec la République en Marche. Actuellement détenteur de 24 sièges au Parlement européen (sur les 74 attribués à la France en 2014), le parti a lancé sa campagne pour les européennes le 16 septembre à Fréjus. A l'occasion de sa rentrée politique, Marine Le Pen a mis l'immigration au cœur de son discours et revendiqué sa proximité avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban pour s'inscrire dans le clivage "nationalistes" contre "progressistes" que souhaite également installer Emmanuel Macron.

Le RN cherche en effet à s'allier aux autres partis d'extrême droite ou de droite radicale, pour certains déjà au pouvoir en Hongrie, en Italie ou encore en Autriche, dans le but de former une alliance transnationale. Ses membres se définissent comme "euro-combatifs" et revendiquent une "Europe des nations", mais n'ont pas encore présenté de programme précis. C'est notamment l'une des raisons pour lesquelles Nicolas Dupont-Aignan aurait refusé la proposition de Marine Le Pen de créer une liste commune.

Alors que les noms des députés Gilbert Collard et Louis Aliot - qui vise plutôt la mairie de Perpignan en 2020 - revenaient fréquemment, Hervé Juvin a ensuite été pressenti pour être désigné tête de liste. Agé de 62 ans, celui-ci a contribué à la campagne de Marine Le Pen pour la présidentielle de 2017. Depuis, la présidente du parti a déclaré au Figaro qu'elle avait déjà " personnellement fait (son) choix" mais que le bureau exécutif devait l'analyser et que celui-ci ne serait pas révélé avant le mois de janvier. Englué dans des affaires juridiques et financières, le RN demeure pour l'instant relativement silencieux - ce qui ne le pénalise pas dans les sondages, au contraire - et attend 2019 pour débuter sa campagne.

Les Républicains : l'Europe, combien de divisions ?

De gauche à droite : Michel Barnier, Damien Abad et François-Xavier Bellamy - Crédits : Profil Facebook officiel | Fred MARVAUX / Parlement européen | Wikipédia

Le même sondage Ifop évalue à présent à 13% (-2 points depuis août) les intentions de vote en faveur des Républicains, alors que le parti fait face à de profondes divergences internes. Elus sous l'ancienne appellation de l'UMP, Les Républicains comptent actuellement 16 députés au Parlement européen, contre 20 en 2014 en raison de 4 départs du parti.

Laurent Wauquiez, président des Républicains, se retrouve chef d'une droite divisée sur son orientation européenne. Entre ce qu'il reste de l'alliance centriste (pro-européenne) et sa propre ligne eurocritique, le parti doit d'abord définir la ligne qu'il souhaite défendre avant de désigner sa tête de liste. Ce qui s'apparente à un véritable casse-tête : si Valérie Pécresse souhaite conserver et consolider l'Europe des 28, Laurent Wauquiez défend quant à lui le retour à une Europe des douze, se limitant à un marché commun. De leur côté, Julien Aubert (député du Vaucluse) et Bruno Retailleau (président du groupe LR au Sénat) revendiquent une ligne beaucoup plus souverainiste.

Bien que le conseil national des Républicains du 30 juin dernier semble avoir permis un début de consensus, composer avec tous ces courants internes et désigner la bonne tête de liste demeure un vrai casse-tête pour M. Wauquiez, qui jongle donc entre droite souverainiste et centriste. La délégation LR au Parlement européen s'est d'ailleurs fracturée sur l'activation de l'article 7 à l'égard de la Hongrie pour les violations répétées à l'encontre de l'État de droit de son gouvernement : les uns votant pour (à l'instar de la quasi-totalité de la gauche et du centre), les autres contre (comme les groupes d'extrême droite) et certains s'abstenant, en l'absence de consigne de vote.

Au regard de cette fracture interne, qui prendra la tête de la liste ? Le vice-président de LR et ancien ministre Jean Leonetti, grand favori pendant plusieurs mois, a finalement annoncé qu'il ne serait pas candidat au nom du "renouvellement". Parmi les autres candidats pressentis pour mener la liste, le nom du philosophe conservateur François-Xavier Bellamy circule mais pourrait ne pas convaincre les plus centristes. Également cité, Damien Abad, conseiller départemental de l'Ain et ancien eurodéputé de 2009 à 2012. Nadine Morano a exprimé son souhait de se porter candidate, mais ne semble pas convaincre en interne.

Invité par Laurent Wauquiez à être tête de liste LR, le négociateur de l'UE pour le Brexit Michel Barnier a finalement renoncé à cette candidature. Certains observateurs considèrent que sa véritable ambition est d'accéder à la présidence de la Commission européenne, mais il a pour le moment demandé un "délai de réflexion".

L'annonce de la tête de liste LR est prévue pour la fin de l'année, ce qui laisse encore du temps au parti pour préciser sa ligne.

La France insoumise : la souveraineté populaire

De gauche à droite : Younous Omarjee, Manon Aubry et Manuel Bompard - Crédits : Parlement européen, 2018 | La France insoumise | Profil Facebook Officiel

Le parti de Jean-Luc Mélenchon obtiendrait aujourd'hui 11% des voix, soit 3 points de moins qu'en août. Fondé en 2016, il regroupe plusieurs personnalités issues du Front de gauche, dont Jean-Luc Mélenchon ou Younous Omarjee, eurodéputé sortant. Seul ce dernier est actuellement estampillé France insoumise au Parlement européen.

En 2017, la France insoumise (LFI) défendait pour la présidentielle une remise en question et une refondation des traités européens, jugés incompatibles avec le programme du parti et dont elle proposait la renégociation (plan A). En cas d'échec, elle appelait à une sortie de la France de l'Union européenne afin de proposer d'autres coopérations (plan B). "L'UE, on la change ou on la quitte" est toujours d'actualité au programme des élections européennes. LFI a précisé ne pas rejeter  l'Union européenne en elle-même, mais une "certaine construction politique" qui "ne laisse pas de place à une souveraineté pleine et entière des peuples".

A travers la mise en place d'une alliance à l'échelle européenne (Podemos, le Bloco au Portugal et diverses formations de gauche au Danemark, en Finlande et en Suède), le parti souhaite renégocier les traités sur un certain nombre de sujets : évasion fiscale, smic européen ou encore "protectionnisme solidaire". A l'occasion de l'Université d'été de LFI à Marseille le 25 août, Jean-Luc Mélenchon a enfin déclaré vouloir faire des élections européennes un "référendum anti-Macron" malgré ses propositions pour l'UE.

Comme au sein des gauches radicales européennes, des dissensions idéologiques sur la question migratoire cristallisent des frictions en interne. La députée de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain a ainsi subi les reproches de ses collègues de l'Assemblée nationale pour avoir signé un manifeste pour l'accueil des migrants aux côtés de diverses personnalités. Jean-Luc Mélenchon préfère lui mettre en avant que "l'exil est une souffrance" et qu'il faut donc "traiter les causes de l'immigration" - tout en conservant "un devoir d'humanité" comme l'explique Manuel Bompard, coordinateur de LFI. "Si nous adoptons la même ligne que les formations d'extrême gauche sur l'immigration, dans le contexte actuel, nous sommes morts politiquement", a par ailleurs conclu un cadre du mouvement cité par Le Figaro.

Pressentie pour mener la liste, Charlotte Girard a finalement annoncé son retrait, le 15 novembre. La co-responsable du programme de LFI a précisé qu'elle ne se "désolidarise aucunement de La France insoumise", et figure néanmoins à la 79e place de la liste, donc non éligible. Quelques jours plus tôt, la porte-parole Sarah Soilihi avait également annoncé son départ, critiquant un "manque de démocratie interne". Des critiques écartées par les têtes d'affiche du mouvement, mais qui avaient également justifié le départ d'anciens socialistes menés par l'économiste Liêm Hoang Ngoc.

Après ces épisodes internes, la France insoumise a finalement présenté sa liste lors de sa convention de Bordeaux, samedi 8 décembre. Pour la mener, l'ancienne porte-parole de l'ONG OXfam France Manon Aubry a été choisie par le mouvement. Cette spécialiste des questions d'évasion fiscale et d'inégalités, âgée de 29 ans, souhaite "répondre aux urgences de l'injustice fiscale [...], climatique [...] et d'offrir des réponses politique le plus rapidement possible".

Manuel Bompard, coordinateur de la France Insoumise, est placé en seconde position, suivi de Leïla Chaibi, militante associative, puis de Younous Omarjee et d'Anne-Sophie Pelletier, syndicaliste. L'actuel député européen Emmanuel Maurel qui avait quitté le Parti socialiste pour rejoindre la France insoumise début octobre, est placé en sixième position.

Europe Ecologie-Les Verts : "une Europe écologiste, solidaire et fédérale"

Yannick Jadot

Europe Ecologie-Les Verts (EELV) recueille 7% des intentions de vote dans le dernier sondage Ifop sur les élections européennes, soit 0,5 point de moins qu'en août. Le parti écologiste compte actuellement 6 eurodéputés, dont José Bové et Eva Joly qui ne se représentent pas. Par ailleurs, les sortants Pascal Durand et Karima Delli auraient été sollicités par LaREM, selon Le Monde.

Le député européen Yannick Jadot (voir photo) sera la tête de liste du parti pour les élections, suite à son élection par les adhérents d'EELV (59% des voix) contre Michèle Rivasi (35%), qui prendra donc la seconde place de la liste. Damien Carême, maire de Grande-Synthe, une commune du Nord qui accueille de nombreux migrants et réfugiés, a été désigné candidat en troisième position. Proposant une alternative à l'Europe d'Emmanuel Macron, le parti ouvre les bras à "tous les acteurs et actrices de l'écologie", y compris aux personnalités de la société civile, afin de "refonder une Europe écologiste, solidaire et fédérale". Alors qu'EELV compte mettre en avant le bilan de ses eurodéputés depuis 2014, l'enjeu pour Yannick Jadot sera de convaincre que "l’échelle européenne est la bonne, pas parce que l’Europe est bonne par principe ou par nature, mais parce que c’est l’échelle pertinente pour régler nos problèmes", résume un élu EELV proche du candidat. Et rameuter les écologistes macronistes déçus par les réalisations de la majorité sur l'environnement.

Si EELV a pu laisser entendre qu'elle souhaitait un rassemblement des gauches, et particulièrement avec le mouvement de Benoît Hamon Génération-s, Yannick Jadot a contredit cette option. Le parti, qui obtient habituellement ses meilleurs scores aux élections européennes (16,3% en 2009, 9% en 2014 contre 2,3% à la présidentielle de 2012), cherche aussi à utiliser ce scrutin pour se rassembler, clarifier la ligne, et sortir de la crise dans laquelle il est plongé depuis sa participation aux gouvernements Ayrault et Valls. Du 23 au 25 août, à l'occasion des Journées d'été européennes à Strasbourg, les Verts ont lancé leur campagne en revendiquant notamment une politique migratoire souple.

Le Parti socialiste : une Europe "progressiste"

De gauche à droite : Ségolène Royal, Julien Dray et Olivier Faure - Crédits : Écologique Solidaire / Flickr | Wikipédia | Profil Facebook officiel

Actuellement crédité de 6% des intentions de vote aux élections - un résultat constant par rapport à juin - le Parti socialiste (PS), dont le premier secrétaire Olivier Faure cherche à redéfinir l'identité et les positions après la déroute du parti à la présidentielle de 2017, peine à se trouver une tête de liste. Détenteur de 13 sièges au Parlement européen, le parti est divisé entre différents courants et a du mal à se positionner entre LaREM, LFI et les Verts.

Si les représentants du PS sont globalement pro-européens, ils ne s'inscrivent pas dans une ligne fédéraliste et ont jusque-là partagé la vision libérale de la construction européenne en votant de nombreuses fois avec le PPE et l'ADLE. La gauche s'entend sur le danger du populisme et les inégalités sociales, mais se divise sur le plan économique entre ceux qui assument le libéralisme et ceux qui le rejettent, ainsi que sur les questions migratoires.

Concernant le choix de la tête de liste, le premier secrétaire a essuyé des refus de la part de Christiane Taubira, Bernard Cazeneuve et Najat Vallaud-Belkacem. De leur côté, les "éléphants" Christian Eckert (ancien secrétaire d'Etat chargé du Budget) et Pierre Moscovici (actuel commissaire européen) se sont officiellement désistés dans la presse au début du mois d'octobre. "Le PS n’a pas pris la mesure du défi existentiel auquel fait face l’Europe", a ainsi justifié ce dernier, dénonçant un manque de clarification de la position du PS entre les "accents nationalistes" de LFI et les "socialistes ou progressistes" du Parti socialiste européen (PSE). Julien Dray s'est proposé, mais ne semble pas susciter de réel enthousiasme en interne. Même François Hollande aurait été sollicité de manière informelle, mais aurait écarté la proposition.

C'est finalement le nom de Ségolène Royal qui est actuellement évoqué. Alors qu'elle avait initialement écarté l'hypothèse, l'ancienne ministre de l'Ecologie a toutefois laissé planer le doute lors d'une interview sur RTL le 22 octobre. Depuis, des rencontres officieuses avec Olivier Faure auraient eu lieu. Selon le même sondage Ifop également réalisé avec l'hypothèse Ségolène Royal comme tête de liste, le parti gagne 1,5 point d'intentions de vote. L'ancienne candidat à la présidentielle a annoncé qu'elle décidera en janvier de sa candidature selon la possibilité d'un rassemblement à gauche. "On parle à tout le monde", a-t-elle déclaré le 9 décembre.

Olivier Faure a repoussé la date de désignation, initialement prévue en octobre, en rappelant que la priorité était de définir le "fond" de la ligne à adopter.

À l'issue d'une réunion du Conseil national du parti le 13 octobre 2018, un texte intitulé "Changeons l'Europe" a été adopté : celui-ci a été remis aux militants et aux partenaires du PSE. Il détaille 7 axes de réflexion tels que le besoin de clarifier les stratégies et politiques du PSE et de refuser les alliances avec la droite, ou encore de remettre en question le pilotage économique et la gestion migratoire par l'Union. Ces axes reprennent en partie et affinent les 17 propositions présentée le 19 septembre dans un premier document de travail intitulé "La Gauche est l'avenir de l'Europe", qui synthétisait des contributions citoyennes, d'élus locaux et certaines positions communes du Parti socialiste européen (PSE).

Debout la France : les "Amoureux de la France"

Le parti recueillerait 7% des intentions de vote, soit un demi-point de moins qu'en août 2018. Se positionnant frontalement contre la politique menée par Emmanuel Macron, Nicolas Dupont-Aignan (voir photo) a déclaré, à l'occasion d'un meeting à Paris le 23 septembre, qu'il serait tête de liste pour son parti. "NDA" a également appelé des membres et sympathisants de LR et du RN à le soutenir. Il souhaite ainsi mener une "union" de droite pour "résister à ceux qui veulent nous coloniser". Ouvert à des candidatures issues de l'extrême droite et de la droite, il n'a pas encore dévoilé la liste de DLF.

Le 5 juillet, l'homme politique a déclaré que les programmes de la présidente du Rassemblement national, tout comme celui de Laurent Wauquiez, devaient être clarifiés et précisés, mais qu'il était nécessaire de s'allier afin de constituer une "opposition cohérente". Cependant, Nicolas Dupont-Aignan avait rejeté, dès le mois de juin, la proposition de Marine Le Pen, qu'il avait soutenue au second tour de l'élection présidentielle, visant à constituer une liste commune pour les élections européennes.

Plus précisément, le parti défend une renégociation des traités européens afin que la France puisse notamment "contrôler ses frontières, expulser les clandestins et préserver son mode de vie sans rendre de compte à personne".

L'Union des démocrates indépendants (UDI) : une "Europe puissance"

Jean-Christophe Lagarde - Crédits : Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons

L'UDI est créditée de 3% des intentions de vote, selon le dernier sondage Ifop du 29 octobre, soit un demi-point de plus par rapport à août. Présidé par Jean-Christophe Lagarde, le parti envisage de présenter sa propre liste et se prononcera définitivement à ce sujet en décembre. Ses membres défendent une "véritable Europe politique" et une "refonte des traités pour donner à la zone euro les moyens d’une politique économique créatrice d’emplois".

L'UDI affiche son indépendance par rapport à la liste de la majorité présidentielle et ne se reconnaît pas non plus dans la droite de Laurent Wauquiez. "C'est nous qui en déciderons, et tous seuls", a déclaré Jean-Christophe Lagarde, cité par Ouest-France. L'UDI pourrait également s'allier avec Agir, la droite constructive, parti politique issu des Républicains et avec lequel elle forme déjà le groupe des Constructifs à l'Assemblée nationale. La nomination du président d'Agir Franck Riester au ministère de la Culture, qui se rapproche ainsi de la majorité, pourrait cependant remettre en question la création d'une liste indépendante de centre droit. D'autant plus que ce dernier s'est rendu à un dîner convoqué par Emmanuel Macron autour de plusieurs hommes politiques français en vue des élections.

Enfin, le mouvement "Libres" mené par Valérie Pécresse pourrait également faire partie de l'équation. Les prochaines semaines devraient permettre au centre-droit de préciser sa stratégie pour les élections européennes.

Génération-s. : une "force écologique, démocratique et sociale"

Benoît Hamon

Crédité de 2,5% des intentions de vote dans les sondages (moins 0,5 point par rapport à août), le mouvement créé par Benoît Hamon (voir photo) compte actuellement trois eurodéputés au Parlement (Guillaume Balas et Isabelle Thomas, qui ont quitté le PS en novembre 2017 ainsi que l'ancien syndicaliste Edouard Martin). Génération-s a rejoint le mouvement "Diem 25" lancée par l'ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis. Ce dernier a rencontré Benoît Hamon au mois de septembre. Une réunion qui s'inscrit dans le "tour de France et d'Europe des solidarités", un circuit d'un à deux mois entamé le 29 août par Benoît Hamon avec pour objectif de dialoguer avec des citoyens.

Le parti propose notamment la création d'un "green new deal", un programme d'investissement de l'Europe dans la reconversion écologique. Il souhaite "concrétiser la naissance d'une nouvelle force écologique, démocratique et sociale".

Le 6 décembre, à l'occasion d'une interview au journal Le Monde, Benoît Hamon a déclaré qu'il serait candidat "à la tête d'une alliance citoyenne". En effet, si EELV a déjà déclaré qu'il présenterait une liste indépendante, Génération.s appelle de son côté au rassemblement depuis plusieurs mois "avec tous ceux qui partagent le même sentiment d'urgence de ne laisser l'Europe ni aux libéraux ni aux nationalistes".

Le 29 octobre, Génération.s a lancé un appel à candidatures citoyennes qui a pour ambition de rassembler "au-delà des vieux appareils partisans" et de construire une liste "humaniste et écologiste qui changera l’Europe" composées d'acteur de la société civile. Des discussions avec notamment le PCF et Place publique, le mouvement lancé par l'essayiste Raphaël Glucksmann, sont en cours.

Parti communiste français : accueillir les réfugiés

Ian Brossat

Le PCF recueillerait pour l'instant 2% des voix - un score constant depuis août. Il compte deux eurodéputés sortants : Patrick Le Hyaric et Marie-Pierre Vieu. Son "chef de file" pour mener la campagne sera Ian Brossat (voir photo), actuellement adjoint à la mairie de Paris. Pour l'instant dans l'incertitude sur ses potentielles alliances, le parti n'a toutefois désigné aucune tête de liste.

S'il ne souhaite effectivement pas que la gauche parte en campagne de manière dispersée, Ian Brossat est l'un des plus hostiles à un rapprochement avec La France insoumise. De nombreux députés et élus communistes estiment d'ailleurs qu'il est nécessaire de parvenir à un rassemblement plus large, afin de ne pas risquer une hégémonie de LFI. C'est ainsi que Marie-George Buffet, députée communiste de Seine-Saint-Denis, a expliqué que Ian Brossat était non pas "tête de liste", mais "chef de file" des communistes : "nous ne sommes pas encore à construire une liste uniquement communiste. […] J'espère qu'on peut se rassembler avec d'autres et faire une liste beaucoup plus large".

Les prochaines semaines devraient permettre au parti de proposer des alliances alors que le parti cherche à redéfinir son identité. Le PCF a tout de même lancé sa campagne à l'occasion de la fête de l'Humanité car le flou demeure sur les potentielles alliances qu'il pourrait nouer. Des discussions, notamment avec Génération.s, sont en cours.

Réunis pour l'université d'été du parti à Angers à la fin du mois d'août, l'ex-secrétaire général et actuel numéro 2 Pierre Laurent a déclaré vouloir "combattre les orientations libérales de l'Union européenne et […] la politique d'Emmanuel Macron". Différentes priorités ont été fixées, telles que l'écologie, l'évasion fiscale, le rôle de la Banque centrale européenne… Le PCF entend de plus placer la question de l'accueil des réfugiés au cœur de la campagne européenne de 2019. Cependant, des divergences sont présentes, notamment sur la question de la rupture avec les traités.

Le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) : la fin des frontières

Philippe Poutou - Crédits : Rémi Noyon / Flickr

Le NPA est crédité d'1% des intentions de vote, selon le dernier sondage Ifop, une donnée stable par rapport à juin. Le parti défend une Europe internationaliste et anticapitaliste, avec une liberté totale de circulation et d'installation des individus. En 2017, lors de la campagne présidentielle, le candidat et actuel porte-parole du parti, Philippe Poutou, avait défendu une Europe des travailleurs et des peuples avec un alignement des droits sociaux "par le haut" et la sortie des traités actuels. Car l'Union européenne et ses institutions "sert de machine de guerre des classes dominantes des différents pays contre les classes populaires, pour mettre en concurrence les travailleurEs et tirer les droits vers le bas, pour imposer l’austérité", explique le comité exécutif du NPA sur son site.

Plusieurs rencontres entre le NPA et Lutte ouvrière ont eu lieu afin de monter une liste commune "pour faire entendre une voix anticapitaliste et internationaliste des révolutionnaires". Cependant, le 8 novembre, LO a indiqué son refus de s'allier avec le NPA. Ces-derniers débutent donc l'organisation de leur propre campagne.

Les Patriotes : le Frexit

Florian Phillipot - Crédits : page Facebook officiel

Le parti des Patriotes, jeune formation créée en septembre 2017 par le dissident du Front national Florian Philippot (voir photo) est aujourd'hui toujours crédité de 1% des intentions de vote mais vise les 5% nécessaires pour obtenir un siège. Il sera représenté par son fondateur aux élections européennes.

Le 2 septembre 2018, à l'occasion de la rentrée de son parti à Forbach (Moselle), la tête de la liste des Patriotes a en effet rappelé son engagement ferme en faveur d'une sortie de l'UE et de l'euro, qui contraint la France à une politique migratoire selon lui trop laxiste. Il souhaite faire de ces élections "un référendum sur l'Union européenne, comme sur la personne d'Emmanuel Macron".

M. Philippot a également publié, le 19 septembre, son livre-programme intitulé Frexit. UE : en sortir pour s'en sortir, qui reflète la thématique phare de son parti. La volonté de sortir la France de l'UE coûte que coûte est un thème de campagne qu'il ne partage plus qu'avec François Asselineau, président de l'Union populaire républicaine. Ce dernier a par ailleurs refusé de faire alliance avec les Patriotes, qualifiant Florian Philippot d'"escroc" qui lui a "volé toutes ses idées". Des alliances avec Marine Le Pen, avec qui Florian Philippot est en mauvais termes, ou avec Nicolas Dupont-Aignan sont également exclues.

Après plusieurs autres tentatives pour constituer une liste transpartisane - les propositions à Henri Guaino (ancien député LR) et à Jean Lassalle (député français, non inscrit) n'ont pas donné suites - Florian Philippot conduira la liste de son parti aux Européennes. L'actuelle eurodéputée Mireille d'Ornano sera en seconde position sur la liste et la campagne débutera en janvier.

Inexistant lors des précédentes législatives, le parti ne bénéficie pas de subventions publiques (distribuées en fonction des résultats obtenus) et a lancé un appel aux dons pour financer sa campagne.

L'Union populaire républicaine : "sortir de l'UE, de l'OTAN et de l'euro"

François Asselineau

Le parti de François Asselineau (voir photo), l'Union populaire républicaine (UPR), plaidait dans son programme de 2017 pour une sortie de l'UE, de l'OTAN et de l'euro. Selon l'UPR, l'UE "une utopie funeste qui conduit nécessairement la France et les pays d’Europe vers une structure politiquement dictatoriale, économiquement inefficace […]".

François Asselineau considère qu'avec "la liste du Frexit", l'UPR est le seul parti qui propose une véritable sortie de l'UE mais Les Patriotes de Florian Philippot partagent également cette thématique.

L'UPR est actuellement créditée de 1% des intentions de vote. Fin octobre, François Asselineau a annoncé qu'il mènerait la liste pour la campagne des Européennes, devant un millier de sympathisants.

Résistons ! : défendre la "ruralité" et "l'Europe des nations"

Jean LassalleL'ancien candidat à l'élection présidentielle de 2017 et député, Jean Lassalle (ex-Modem) va également prendre la tête de la liste de son mouvement Résistons ! pour le scrutin européen. Dès le mois de mai, celui-ci a affirmé vouloir ainsi défendre la "ruralité" en proposant que la France réduise de 5 milliards sa contribution au budget européen pour relancer son agriculture, notamment. Il se positionne également en faveur d'une "Europe des nations", se revendiquant "d'abord français, ensuite européen".