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[Revue de presse] Malte : changement de Premier ministre sur fond de corruption

Revue de presse 13.01.2020

Après l'avoir annoncé en décembre, le Premier ministre maltais Joseph Muscat, accusé d'être lié à l'assassinat d'une journaliste, démissionne ce lundi 13 janvier. Désigné par les militants du Parti travailliste au pouvoir, son successeur Robert Abela veut s'inscrire dans sa continuité. Une position qui lui vaut déjà les critiques des mouvements civiques anticorruption.

L'avocat Robert Abela a été élu dans la nuit de samedi 11 à dimanche 12 janvier par les militants du Parti travailliste maltais, pour succéder au Premier ministre démissionnaire, Joseph Muscat - Crédits : Facebook Partit Laburista

L'avocat Robert Abela a été élu dans la nuit de samedi 11 à dimanche 12 janvier par les militants du Parti travailliste maltais, pour succéder au Premier ministre démissionnaire, Joseph Muscat - Crédits : Facebook Partit Laburista

"Joseph Muscat avait rêvé d'une sortie plus glorieuse", relèvent Les Echos. Le Premier ministre maltais, en poste depuis 2013, doit officiellement quitter son poste ce lundi 13 janvier, après plusieurs mois sous le feu des critiques.

Désigné "homme de l’année 2019 pour le crime organisé et la corruption" par l’organisation internationale de journalistes travaillant sur ces questions (OCCRP) [La Croix], sa gestion de l'enquête sur le meurtre de la blogueuse d'investigation Daphne Caruana Galizia "avait causé un ressentiment généralisé" au sein de la population, selon la BBC. "La journaliste, qui tenait un blog très suivi, a été tuée le 16 octobre 2017 dans l'explosion de sa voiture piégée", rappelle Le Parisien avec l'AFP.

Des affaires de meurtre et corruption

Le leader travailliste est "accusé d'avoir protégé ses alliés impliqués dans l'enquête" sur le meurtre de Daphne Caruana Galizia, explique la BBC. Une enquête mouvementée, qui avait approché les hauts cercles du pouvoir de l'île en novembre dernier, avec l'arrestation pour complicité d'assassinat du magnat des casinos, de l'hôtellerie et de l'énergie - et "principal suspect dans cette affaire" [Les Echos] - Yorgen Fenech. Celle-ci avait entraîné la démission du chef de cabinet du Premier ministre, Keith Schembri, et du ministre du Tourisme, Konrad Mizzi. Ces derniers avaient "reçu de l'argent de [Yorgen Fenech] sur un compte offshore panaméen. Des transferts sur lesquels enquêtait précisément la journaliste tuée", poursuit le quotidien.

"L’Union européenne a exercé une forte pression sur La Valette mais a dû attendre septembre pour obtenir une enquête publique indépendante sur l’assassinat", détaille L'Obs avec l'AFP. La Commission européenne a même suggéré que "l'incapacité de Malte à réformer son système judiciaire justifie le déclenchement de l'article 7 du traité de l'Union qui protège l'Etat de droit" [Les Echos].

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La famille de la journaliste avait pour sa part estimé que "tant que M. Muscat resterait Premier ministre, une enquête complète sur la mort de Daphne Caruana Galizia n'était pas possible", rapporte la BBC. Le Premier ministre avait alors annoncé sa démission le 1er décembre 2019.

Outsider dans la continuité

"Divisé et affaibli", le principal parti d'opposition, le Parti nationaliste (centre droit), "s’est bien gardé de réclamer des élections anticipées", note La Croix. C'est donc des rangs travaillistes qu'est aujourd'hui issu le successeur de Joseph Muscat. Et la victoire "surprise" de Robert Abela "va sans doute décevoir les mouvements civiques" anticorruption qui espéraient du changement, avertit L'Obs.

Battant son rival Chris Fearne de 16 points et 2 500 voix, le "fils de l’ex-président George Abela, député depuis 2017 seulement" [L'Obs] avait pourtant "commencé la course en outsider", retrace le Times of Malta. "Son ascension fulgurante est d'autant plus extraordinaire qu'il sautera directement des arrière bancs au premier plan, sans avoir occupé de responsabilité ministérielle", poursuit le quotidien maltais. Mais il a su convaincre les militants avec un programme dans la ligne du parti social-démocrate, axé sur le "logement social, la gratuité des médicaments pour les seniors et de meilleures conditions d'emploi pour les ouvriers".

Robert Abela n'est pas un novice pour autant. Il "connaît toutefois bien les arcanes du palais de Castille [abritant les bureaux du Premier ministre] pour avoir participé aux conseils des ministres en tant que consultant légal du gouvernement sortant", explique L'Obs. Proche de son prédécesseur, "il n'a aucune intention de faire de vagues, au point de vouloir conserver le même cabinet et les mêmes équipes" que Joseph Muscat, indique le Times of Malta. "Incarnant la continuité" [L'Obs], il a fait la promesse de conserver "les recettes gagnantes" du Premier ministre sortant, qui ont assuré "dix victoires électorales consécutives" au Parti travailliste, et généré 6,6 % de croissance en 2018 [Le Parisien]. Le premier discours de Robert Abela après sa désignation était "pratiquement une photocopie du récit de son prédécesseur", a déploré l'opposition du Parti nationaliste.

Un appel à l'assainissement de la vie politique

Le Premier ministre désigné se déclare tout de même "déterminé" à "changer ce qui est mauvais", rapporte Le Parisien. Car si Joseph Muscat n'a "connu que des succès politiques" avant d'être poussé à la démission, il n'a en revanche "rien fait durant son mandat et demi pour assainir le climat de corruption et casser les liens entre le monde politique et les grandes fortunes du pays" [Les Echos]. Ce qui  lui a attiré les foudres de mouvements civiques anticorruption à Malte, comme Occupy Justice ou Repubblika. Ce dernier "entend remettre au nouveau Premier ministre un manifeste réclamant l’assainissement de la vie politique et d’une économie 'dopée aux stéroïdes' (casinos, passeports 'dorés' etc.)" [L'Obs].

Un chantier nécessaire, selon ces mouvements : "l’assassinat de Daphne est le résultat de décennies de corruption", juge Ray de Bono, dirigeant de l'entreprise Dmax, cité par La Croix. Ces scandales "ont sévèrement terni l’image du pays sur la scène européenne". "Sur fond de boom économique et d’ouverture incontrôlée aux capitaux étrangers", Malte semble ainsi être devenu "un petit Dubaï européen", poursuit le journal.

Le nouveau chef du gouvernement entend "restaurer la réputation du pays quant à l'Etat de droit", rapporte The New York Times avec l'AP. Mais la tâche ne s'annonce pas aisée. Matthew, l'un des fils de la journaliste assassinée, "n’attend rien" du changement de Premier ministre [La Croix] : "S’il y avait indépendance de la justice, la direction du parti travailliste serait poursuivie pour organisation criminelle, mais la démocratie est faible à Malte. Il va falloir lutter longtemps pour avoir une nouvelle République aux standards européens", considère-t-il.

 

 

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