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[Revue de presse] Brexit : des stratégies radicales pour "saboter" un nouveau report ?

Revue de presse 09.09.2019

Au Royaume-Uni, la situation reste toujours aussi chaotique après une semaine de crise politique opposant le gouvernement de Boris Johnson au Parlement britannique sur le Brexit. La reine doit approuver ce lundi 9 septembre la loi contraignant le gouvernement à demander un nouveau report du Brexit en cas de non accord avec l'Union européenne. Plus affaibli que jamais, le Premier ministre cherche des solutions pour éviter ce scénario à tout prix. Mais il se heurte au système juridique.

Derrière les portes du 10 Downing Street, le gouvernement britannique revoit sa stratégie pour le Brexit - Crédits : oversnap / iStock

Derrière les portes du 10 Downing Street, le gouvernement britannique revoit sa stratégie pour le Brexit - Crédits : oversnap / iStock

La tourmente dans laquelle est plongé le Premier ministre britannique Boris Johnson semble ne pas avoir de fin. Après avoir perdu sa majorité parlementaire, manqué d'empêcher la loi "anti no deal" et échoué à convoquer de nouvelles élections, son gouvernement vient de subir deux défections notables.

Samedi 9 septembre au soir, Amber Rudd, ministre du Travail et des Retraites, "a démissionné avec fracas du gouvernement mais aussi du parti conservateur", rapporte Libération. L'ancienne ministre explique que le gouvernement se préparerait "activement à un Brexit sans accord", et estime que "'l'objectif principal' du gouvernement n’est plus d’obtenir un accord de sortie avec l’Union européenne", complète Le Monde. Elle a également "déploré l’expulsion sans sommation de 22 députés rebelles", reprend Libération.

Deux jours plus tôt, jeudi 5 septembre, c'est Jo Johnson, le frère cadet du Premier ministre, alors secrétaire d'Etat aux Universités, à la Science et à la Recherche, qui avait jeté l'éponge, "affirmant placer l’'intérêt national' avant la 'loyauté familiale'", rappelle La Croix.

Visite de Boris Johnson en Irlande

Le gouvernement britannique craint désormais d'autres défections, notamment de la part du secrétaire d'Etat à l'Irlande du Nord, Julian Smith, qui "a menacé de démissionner en raison de l'incapacité du gouvernement à se préparer à un Brexit sans accord", selon les informations du Times.

La perspective de trouver un accord de sortie avec l'Union européenne est en effet de plus en plus compromise selon de nombreux observateurs, malgré les déclarations optimistes du Premier ministre. En amont de sa rencontre avec Boris Johnson ce lundi 9 septembre, le Premier ministre irlandais Leo Varadkar s'est montré peu confiant, déclarant que "des progrès seraient peu probables durant la visite de lundi, le sommet européen du 17-18 octobre étant le moment le plus probable pour un accord" [Reuters]. Plus tôt, David Frost, négociateur en chef britannique pour le Brexit, avait proposé que "des règles communes pour le contrôle des animaux et des produits animaliers soient établies pour toute l'Irlande comme alternative au backstop", ce filet de sécurité censé empêcher le retour à une frontière dure entre l'Irlande et l'Irlande du Nord [Reuters]. Une suggestion immédiatement rejetée par le gouvernement irlandais.

Des stratégies radicales sur la table

Or la loi "anti no deal", votée au Parlement britannique la semaine dernière pour interdire une sortie de l'UE sans accord le 31 octobre, est en passe d'être promulguée par la reine. Tous les regards sont donc désormais tournés vers Boris Johnson, l'opposition craignant un passage en force ou un contournement de ce nouveau garde-fou.

Le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab a d'abord tenu à assurer que le Premier ministre n'enfreindrait pas la loi [The Times], tout en expliquant vouloir "vérifier très soigneusement ce que [cette loi] exige ou non". Mais "notre politique est claire et inchangée : nous partirons le 31 octobre", a ajouté le chancelier de l'Echiquier Sajid Javid, en confirmant que Boris Johnson ne demanderait pas de report lors du Conseil européen d'octobre [Reuters].

Un nouveau vote doit également avoir lieu ce lundi 9 septembre au Parlement, sur la proposition de Boris Johnson de convoquer de nouvelles élections générales. Mais cette option avait été écartée par l'opposition la semaine dernière, dans l'attente de la promulgation de la loi "anti no deal". Résultat, des hauts fonctionnaires du gouvernement se prépareraient à un plan B, consistant à annoncer la démission du Premier ministre, révèle le Sunday Times.

Des stratégies plus radicales sont aussi sur la table. "S’il n’y a pas d’accord d’ici le 18 octobre, nous saboterons le report", annonce une source anonyme de l'équipe du Premier ministre au Sunday Times. The Observer rapporte également des propos attribués à Dominic Cummings, le conseiller controversé de Boris Johnson : "la purge d'élus rebelles du parti conservateur [...] n'était que le début d'une stratégie impitoyable pour faire advenir le Brexit", aurait-il déclaré.

Un risque d'action en justice

Le gouvernement sera toutefois "obligé d'accepter un délai supplémentaire du Brexit de trois mois s'il en est forcé par la justice", aurait précisé Boris Johnson à ses ministres [The Times].

En effet, une action en justice contre le Premier ministre en cas de contournement de la loi "anti no deal" serait envisagée aussi bien par l'opposition que dans le camp conservateur. Boris Johnson pense d'ailleurs que "son approche nécessitera un examen juridique d'urgence par la Cour suprême la semaine du 21 octobre, les juges décidant du sort du Brexit et du gouvernement" [The Sunday Times]. Et il espère qu'il sera "trop difficile pour la Cour suprême d'agir assez vite, dans une fenêtre de dix jours"…

Dans l'hypothèse d'une action en justice, les conclusions rendues par une équipe d'avocats et conseillers de la reine précisent que "la position de Boris Johnson serait déclarée comme un outrage au tribunal s'il se maintenait en poste tout en refusant de se conformer à la législation contre le no deal" [The Observer]. En dernier recours, cette action "conduirait à un emprisonnement", explique même l'avocat Philippe Sands, interrogé par The Observer. "Mais ça n'est jamais arrivé et n'arrivera jamais ; le Royaume-Uni étant un Etat de droit, [le Premier ministre] obéira ou quittera son poste", ajoute-t-il.

Des réactions européennes

Contrastant avec les rebondissements politiques et médiatiques au Royaume-Uni, la scène politique européenne s'est montrée avare en commentaires.

Le ministre des finances irlandais a déclaré que son gouvernement soutiendrait une extension du Brexit, selon le Guardian. Mais le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s'est dit opposé à une extension du Brexit "dans les 'circonstances actuelles'", rapporte Le Figaro. Selon le ministre, "[les Britanniques] disent qu'ils veulent proposer d'autres solutions, des arrangements alternatifs pour assurer le retrait [...] Nous ne les avons pas vus, donc c'est non, on ne va pas recommencer tous les trois mois".

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