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Biographie : Simone Veil, fervente avocate de la construction européenne

Simone Veil incarne bien des combats : juive anciennement déportée, fervente militante des droits des femmes, porteuse de la loi IVG… Son engagement européen reste en revanche moins connu. Simone Veil, présidente du Parlement européen de 1979 à 1982, a su transgresser les frontières partisanes et nationales. Décédée en 2017, elle demeure une figure centrale de la mémoire européenne. Sorti le 12 octobre, le film “Simone, le voyage du siècle” lui est consacré.

Simone Veil est décédée en 2017 à l'age de 89 ans
Simone Veil est décédée en 2017 à l’age de 89 ans - Crédits : Parlement européen

Ressortie vivante des camps de la mort, Simone Veil constate à son retour à la vie normale “les regards fuyants” de la société qui rendaient les rescapés “transparents”. Incontestablement, la vie de la jeune Simone Veil prend tôt un tournant dramatique, à l’instar de nombreuses familles juives en Europe. Déportée en mars 1944 à l’âge de 16 ans, elle vit l’horreur d’Auschwitz, de Bobrek, de Gleiwitz, de Dora et de Bergen-Belsen durant treize mois. 

Après la libération, alors qu’elle porte le deuil de ses parents et de son frère morts dans les camps et le poids de la Shoah, elle parvient à reprendre ses études de droit.

Un destin personnel ancré en Europe

Obtenir un emploi a toujours été une évidence pour elle : ce fut un combat qu’elle mena contre son mari, Antoine Veil, qui s’opposait à ce qu’elle devienne avocate. Le choix de la magistrature, domaine nouvellement ouvert aux femmes, a souvent été présenté comme un compromis par les deux époux : elle passe le concours avec succès en 1956 et devient haute fonctionnaire chargée des questions pénitentiaires au ministère de la Justice. Elle côtoie alors les sphères politiques, notamment le Mouvement républicain populaire, centriste et pro-européen. En 1969, elle entre au cabinet du ministre de la Justice René Pleven.

Sensible aux questions sociales, Jacques Chirac la nomme ministre de la Santé en 1974, sous la nouvelle présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Deuxième femme à être nommée ministre de plein exercice de l’histoire de la République française (après Germaine Poinso-Chapuis, ministre de la Santé de 1947 à 1948), elle va défendre ce que la postérité appellera par la suite la loi Veil, légalisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Elle n’hésite pas à affronter une Assemblée en partie hostile à cette mesure, essuyant nombre de remarques sexistes et antisémites, partageant sa “conviction de femme” avec force et courage. Ce combat devient un symbole fort pour l’acquisition de droits sociaux en France et en Europe, ce qui lui forge une certaine notoriété.

Une présidente du Parlement européen respectée

En 1979, Valéry Giscard d’Estaing lui propose de conduire la liste de son parti, l’UDF (Union pour la démocratie française), pour les premières élections du Parlement européen au suffrage universel. “Compte tenu de ce que je représentais, [Valéry Giscard d’Estaing] voyait dans ma candidature un symbole de la réunification franco-allemande et la meilleure manière de tourner définitivement la page des guerres mondiales”, expliquera-t-elle plus tard dans son autobiographie Une vie (2007).

De fait, le rapprochement des peuples européens est, selon elle, un préalable nécessaire au maintien de la paix. Elle formulera à ce propos l’idée d’une “responsabilité fondamentale de maintenir, quelles que soient nos divergences, cette paix qui est probablement, pour tous les Européens, le bien le plus précieux”. Simone Veil est persuadée que seule la réconciliation franco-allemande permettra de ne pas réitérer les erreurs du passé. 

La campagne l’oppose alors à Jacques Chirac, qui a démissionné de son poste de Premier ministre en 1976 et propose une vision résolument souverainiste et intergouvernementale de l’Europe. La liste de Simone Veil arrive en tête avec près de 28 % des voix, devançant le PS de François Mitterrand, le PCF de Georges Marchais et donc le RPR de Jacques Chirac. Elle devient alors candidate du groupe libéral à la présidence du Parlement européen, où elle est élue au troisième tour de scrutin.

Simone Veil présidant une séance au Parlement européen le 12 octobre 1979 à Strasbourg - Crédits : Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

En juillet 1979, son discours d’intronisation présente sa vision de l’Europe : se tenant à distance des envolées lyriques de certains europhiles, elle privilégie une approche rationnelle et mesurée. “Pour relever les défis auxquels l’Europe est confrontée, c’est dans trois directions qu’il nous faudra l’orienter : l’Europe de la solidarité, l’Europe de l’indépendance, l’Europe de la coopération”, déclare-t-elle. Elle soutient également le futur élargissement, affirmant “se réjouir qu’au groupe des pays de liberté qui la composent soient venus se joindre la Grèce, l’Espagne et le Portugal, aux vocations aussi anciennes que les nôtres. La Communauté sera heureuse de les accueillir”.

La présidence de Simone Veil se concentre sur la visibilité du Parlement européen, qui manque encore à cette époque de poids dans les décisions européennes. Il ne dispose en effet que de compétences consultatives, et suscite à bien des égards la méfiance des citoyens comme des dirigeants européens. Simone Veil contribue ainsi à lui donner un rôle politique plus important en portant ses valeurs à l’étranger, jouant de son prestige, notamment dans le domaine des droits de l’homme. Elle souhaite par ailleurs donner à l’institution un “rôle d’impulsion dans la construction communautaire”. Son travail de présidente lui vaut le prix Charlemagne, récompensant une personnalité œuvrant pour “l’unification européenne”, en 1981.

Construire une Europe plus solide constitue pour elle une priorité. Elle est l’une des principales personnalités défendant le rapport Spinelli (du nom d’Altiero Spinelli, eurodéputé italien et figure de proue du fédéralisme européen) de 1984, qui constitue une initiative importante en vue de la création d’une “Union européenne”. Elle promouvra par la suite, lors du référendum français en 1992, le traité de Maastricht devant précisément créer cette Union.

Un engagement au service de l’Europe

Simone Veil quitte la présidence du Parlement européen en 1982. Sollicitée pour effectuer un second mandat, elle ne parvient pas à rallier le RPR et reste contestée par les représentants de certains petits Etats, qui jugent sa présidence comme un arrangement franco-allemand peu consensuel. Elle retire ainsi sa candidature avant le troisième tour de scrutin pour ne pas compromettre la victoire de la droite. Et poursuit son travail pour l’Europe en tant que simple députée.

Tête de liste en 1984, elle réunit cette fois l’UDF et le RPR, Valéry Giscard d’Estaing ayant quitté la présidence de la République trois ans plus tôt, et obtient 43 % des voix. Lors du scrutin européen de 1989, elle se désolidarise de cette alliance, estimant que son programme n’est pas assez pro-européen. Elle mène alors une liste indépendante, qui obtient sept sièges. 

Le spectre de la Shoah pèse parfois dans ses positionnements. On se souviendra de ses paroles fortes en faveur d’une intervention militaire en ex-Yougoslavie en 1992 : “Je ne veux pas réentendre ce que j’ai entendu il y a 50 ans : la seule priorité est d’arrêter la guerre. Et que, pendant ce temps-là, des gens pouvaient être dans des camps de concentration et être exterminés, je ne veux pas le réentendre”.

Ce n’est qu’en 1993 qu’elle quitte le Parlement européen pour se centrer de nouveau sur les affaires nationales : à la demande d’Edouard Balladur, elle redevient ministre, des Affaires sociales et de la Santé. A son départ du Parlement européen, elle en dit les mots suivants : “Quand on dit les choses de Strasbourg, c’est un peu loin et il faut les répéter”. Mais malgré une apparente lassitude, elle restera convaincue du bien-fondé de l’Union. “Quand je regarde ces soixante dernières années, c’est ce que l’on a fait de mieux”.

Au total, et alors que la politique européenne demeure encore largement déconsidérée en France, Simone Veil aura siégé 14 ans au Parlement européen, se dévouant pleinement à son mandat. Elle aura notamment déploré “le manque d’intérêt porté par nos responsables politiques aux questions européennes […] qui frôlait la caricature à l’approche des élections européennes”.

Simone Veil lors de l'inauguration de l'agora portant son nom à Bruxelles le 30 août 2011 - Crédits : epp group / Flickr
Simone Veil lors de l’inauguration de l’agora portant son nom à Bruxelles le 30 août 2011 - Crédits : epp group / Flickr

Son investissement pour la cause européenne se poursuivra jusqu’à la fin de sa vie politique et personnelle. Son dernier engagement public intervient lors de la campagne pour la ratification par la France du traité constitutionnel européen de 2005. Elle soutient le “oui” au référendum avec énergie, dérogeant au passage à son devoir de réserve auprès du Conseil constitutionnel, dont elle est membre depuis 1998. “L’Europe construite patiemment depuis des décennies peut demain se déliter. Ce que des hommes ont construit avec application, d’autres peuvent le détruire”, alerte-t-elle encore.

Simone Veil aura également été présidente de la fondation pour la mémoire de la Shoah de 2001 à 2007 et membre de l’Académie française à partir de 2010. Retirée de la vie publique à partir de 2013, elle décède en juin 2017. 

De Simone Veil, l’on retiendra une responsable politique ayant su surmonter et même se servir de son passé pour consolider le projet européen. Parmi les nombreux hommages qui lui ont été rendus lors de son entrée au Panthéon en 2018, un an après sa mort, l’Europe apparait ainsi comme toile de fond de l’engagement de toute une vie. “Son combat pour l’Europe ne datait pas de son élection comme députée au Parlement européen, puis comme première Présidente de celui-ci. Il remontait plus loin, dans l’intimité même de son existence. Il datait de 1945″, déclarera le président français Emmanuel Macron. Simone Veil repose aujourd’hui avec son époux au sein du caveau VI : celui des résistants Jean Moulin et André Malraux, du père fondateur de l’Europe Jean Monnet, et du prix Nobel de la paix René Cassin.

Le Pacte Simone Veil

Plusieurs années après sa mort, son combat continue d’inspirer les eurodéputés. Portée par le groupe Renaissance au Parlement européen, le Pacte Simone Veil a pour objectif d’améliorer les droits des femmes dans l’Union européenne. Les réflexions pour l’élaboration de ce Pacte ont débuté en mars 2020 parmi les députés européens et c’est aujourd’hui au tour des institutions européennes de se prononcer pour l’inscription (ou non) de ce projet dans la législation européenne. 

Le Pacte Simone Veil entend harmoniser par le haut les droits des femmes dans l’UE. Il représente un engagement politique des Etats membres à adopter les mesures les plus favorables aux droits des femmes, notamment en matière de lutte contre les violences sexistes et de représentation politique. Tous les Etats signataires de cette déclaration devront introduire dans leur propre législation les mesures et pratiques ayant déjà montré leur efficacité pour protéger les droits des femmes.

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