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Irlande du Nord : un centenaire troublé par le Brexit

L’Irlande du Nord commémore aujourd’hui sa naissance, le 3 mai 1921. Une célébration entachée par la résurgence de tensions politiques et communautaires exacerbées par le Brexit.

Aujourd'hui, l'île d'Emeraude a deux capitales, une pour la République d'Irlande (Dublin) et une autre pour l'Ulster (Belfast)
Aujourd’hui, l’île d’Emeraude a deux capitales, une pour la République d’Irlande (Dublin) et une autre pour l’Ulster (Belfast) - Crédits : Derick Hudson / iStock

Les uns fêtent ce qu’ils ont gagné, les autres regrettent ce qu’ils ont perdu”, résume Mediapart.  Le 3 mai 1921 l’Irlande, qui mène une guerre d’indépendance depuis plus de deux ans, se sépare en deux régions autonomes au sein du Royaume-Uni. A majorité catholique, l’Irlande du Sud accèdera à la pleine indépendance l’année suivante, tandis que l’Irlande du Nord protestante votera son maintien au sein du Royaume-Uni.

Bien qu’en sourdine à cause du Covid-19, des célébrations ont lieu aujourd’hui […] et une multitude d’événements sont prévus”, affirme The Irish Times. Elles comprennent ainsi “un timbre postal pour l’occasion, un service religieux international et un programme visant à planter un arbre dans chaque école”, détaille la BBC.

Pour la communauté unioniste, qui s’enorgueillit d’appartenir au Royaume-Uni, c’est l’occasion de se rassembler autour de ses traditions après des mois de confinement”, abonde Ouest-France. Ces festivités se déroulent néanmoins dans une “relative discrétion”, selon France 24.

Commémorations et démission

Car les commémorations du centenaire nord-irlandais ne vont pas de soi. Une partie des catholiques partisans d’une réunification de l’Irlande voient “dans cette date le sombre souvenir de la partition de l’île d’Emeraude” [Ouest-France]. Dans les quartiers nationalistes de Belfast, “des affiches rouge vif dénoncent un centenaire d’oppression​”, poursuit la journaliste.

Si un fossé a toujours existé entre les républicains favorables à la réunification et les unionistes proches de Londres, “le Brexit a secoué le fragile édifice” [La Croix] qui maintient les communautés protestante et catholique dans une même province. “Cinq ans après le référendum, l’impact du Brexit continue de se répercuter sur la vie et la politique dans le Nord”, explique The Irish Times.

Alors que la région avait voté à 56 % pour rester dans l’Union européenne, “une frontière en mer d’Irlande pour les contrôles des produits provenant de la Grande-Bretagne, prévue par le ‘protocole nord-irlandais’ [et cependant suspendue unilatéralement par Londres depuis], a déclenché la colère des unionistes” [La Croix]. Autour du week-end de Pâques, des violences de rue avaient éclaté dans plusieurs villes de la province.

Dans ce contexte tendu, deux des principaux partis républicains (Sinn Féin et SDLP) ont d’ores et déjà boycotté la planification des commémorations”, relate France 24. Une dirigeante du Sinn Féin, Michelle O’Neill, a notamment déclaré qu’il n’y avait “rien à célébrer” ce 3 mai 2021 [The Irish Times].

Signe de l’instabilité du climat politique actuel en Ulster, la Première ministre d’Irlande du Nord Arlene Foster a été contrainte de démissionner la semaine dernière, après avoir reçu “une lettre de défiance d’une majorité des députés du DUP”, le parti loyaliste qu’elle dirige [Le Monde]. Elle “quittera son poste de chef du DUP à la fin du mois de mai et celui de Premier ministre le mois prochain”, rapporte l’Irish Independent. Le protocole nord-irlandais cristallise en effet les tensions : Mme Foster “était considérée au sein de son parti comme trop conciliante pour avoir accepté les contrôles douaniers entre l’Ulster et le reste du Royaume-Uni” [Le Monde].

Quel avenir pour l’Irlande du Nord ?

Le moment est particulièrement “délicat” pour les unionistes, ajoute The Guardian, qui souligne que “les catholiques sont sur le point d’être plus nombreux que les protestants pour la première fois” dans la partie Nord de l’île. C’est“un changement démographique qui se manifeste par une majorité de catholiques dans les écoles et les universités” et pourrait renforcer la volonté de réunification avec le Sud.

Par ailleurs, “la perspective d’un scrutin sur la frontière [entre les deux Irlande], à l’issue totalement incertaine, n’a jamais fait l’objet de discussions aussi intenses”, constate The Irish News. Alors que “les sondages d’opinion suggèrent que le Sinn Féin pourrait diriger les prochains gouvernements au nord et au sud de la frontière”, un journaliste de The Guardian considère que “la question n’est pas de savoir s’il y aura un référendum sur l’unité irlandaise, mais plutôt quand”.

Dans le contexte du centenaire, The Irish Independent a réalisé une série de sondages. L’un d’entre eux révèle que “deux tiers des personnes au nord et au sud craignent que la perspective d’une Irlande unie ne mette en péril la paix et ne conduise à un retour de la violence en Irlande du Nord”. Un autre sondage, rapporté par La Croix, “montre qu’une majorité de la population […] prédit une réunification de l’île, mais pas avant vingt-cinq ans”.

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