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[Revue de presse] OpenLux, la nouvelle enquête journalistique qui épingle la fiscalité luxembourgeoise

Menée par le quotidien français Le Monde et seize autres médias, une vaste enquête a mis la lumière sur les pratiques du Grand-Duché, décrit en tant que paradis fiscal au cœur de l'Europe. Six ans après les révélations des LuxLeaks, le Luxembourg est accusé de faciliter l'évasion fiscale d'un grand nombre de multinationales, de milliardaires, de politiques, d'artistes et même de criminels.

Une enquête conjointe de dix-sept médias internationaux révèle que la moitié des propriétaires des sociétés immatriculées au Luxembourg ne sont pas identifiés, contrairement à ce qu'exige la directive européenne sur la transparence
Une enquête conjointe de dix-sept médias internationaux révèle que la moitié des propriétaires des sociétés immatriculées au Luxembourg ne sont pas identifiés, contrairement à ce qu’exige la directive européenne sur la transparence - Crédits : fuchs-photography / iStock

Que trouverait-on si l’on ouvrait le coffre-fort de ce tout petit Etat situé au cœur de l’Union européenne, placé par de nombreux chercheurs dans le top 5 mondial des paradis fiscaux ?” , s’interroge Le Monde. Cette question a guidé “l’enquête OpenLux menée par des médias comme Le Monde en France et la Süddeutsche Zeitung en Allemagne” . Celle-ci “a révélé que des hommes politiques, des célébrités, des sociétés multinationales et des familles royales faisaient passer de l’argent par le Luxembourg pour réduire leurs impôts et éviter tout contrôle” [Politico].

Le titre de la Süddeutsche Zeitung résume l’enquête OpenLux : ‘Petit pays, gros sous’ ” , note Courrier international. En effet, Libération souligne que “le petit territoire de 2 586 km² attire les plus grandes richesses, et concentre, de fait, une importante partie de la fortune mondiale” . Ainsi, “quelque 140 000 sociétés actives, soit une pour quatre habitants, ont été identifiées au Luxembourg dans cette nouvelle investigation, explique La Tribune. Parmi ces sociétés, “90 % sont détenues par des non-résidents, et 33 % sont des sociétés de participation ou holding dans lesquelles sont logés des actifs permettant à ‘des milliardaires, des multinationales, des sportifs, des artistes, des politiques’ de bénéficier d’un régime fiscal favorable” , ajoute le journal économique. Selon la Süddeutsche Zeitung, “le golfeur américain Tiger Woods et la chanteuse colombienne Shakira, le roi de Bahreïn et l’émir d’Abou Dhabi apparaissent [par exemple] comme actuels ou anciens propriétaires d’entreprises luxembourgeoises” .

Le Monde révèle par ailleurs “que des fonds douteux, suspectés de provenir d’activités criminelles ou liés à des criminels visés par des enquêtes judiciaires, ont été dissimulés au Luxembourg. Des fonds suspects aux origines variées, “de la mafia italienne à la pègre russe, en passant par des cagnottes de la Ligue, parti d’extrême droite italien, ou […] de marchés publics viciés par des proches du régime vénézuélien” [Libération].

Dans la continuité des LuxLeaks

Le Luxembourg est donc de nouveau visé par un scandale de fraude et d’évasion fiscale. “En 2014, une investigation (LuxLeaks) avait déjà révélé des accords fiscaux attractifs accordés par le Luxembourg à des centaines d’entreprises, rappelle La Tribune.Cette fois, l’opération d’investigation ‘Open Lux’ profite d’une directive votée par l’Union européenne en 2018, qui a exigé la création de registres publics des propriétaires réels des sociétés dans tous les Etats membres” , continue le quotidien économique. Le Monde relève cependant que “le Luxembourg a été l’un des premiers à appliquer la directive européenne, en rendant public son registre, à l’automne 2019″ . “En quelque sorte, il essuie donc les plâtres de la transparence” , ajoute le journal avec ironie.

Malgré les promesses de “changement, de transparence et d’amélioration” des autorités luxembourgeoises dans leur manière de “gérer l’argent des autres” , “un paradis fiscal reste un paradis fiscal” , assène la Süddeutsche Zeitung. Après l’enquête des LuxLeaks, “le Luxembourg a certes tourné le dos à ses anciens rescrits fiscaux, ces arrangements ultra-avantageux consentis aux grandes multinationales” . Mais “il reste un haut lieu de la planification fiscale pour les entreprises et les riches particuliers, au travers de régimes fiscaux préférentiels” , pointe Le Monde. Une situation qui permettrait ainsi des abus et même des fraudes. Car en dépit de cette volonté de transparence, “un tiers environ des comptes des sociétés n’ont pu être récupérés, le plus souvent parce qu’ils n’avaient pas été publiés, et seulement la moitié des bénéficiaires des sociétés ont pu être identifiés” , constate La Tribune.

Déni luxembourgeois et réactions européennes

Le gouvernement luxembourgeois a démenti lundi les allégations des médias internationaux selon lesquelles le pays reste un énorme paradis fiscal malgré la législation européenne visant à réprimer cette pratique” , rapporte Euronews. “Le Luxembourg évalue et actualise en permanence son architecture de surveillance et son arsenal de mesures de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme” , a déclaré l’exécutif du pays [Politico]. Le Grand-Duché a également ajouté être “pleinement conforme à toutes les réglementations européennes et internationales concernant les normes de transparence” [Euronews].

Du côté du Parlement européen, l’enquête a suscité de vives réactions. Le député écologiste Damien Carême, ancien maire de Grande-Synthe (Nord), a par exemple déclaré sur Twitter : “Écœuré par l’indécence fiscale qui règne encore en Europe, malgré les scandales à répétition ! Certes, c’est la transparence imposée par l’UE qui a permis les révélations OpenLux. Mais ça ne suffit pas : il faut réguler” [La Tribune]. La Commission européenne a indiqué prendre note de l’enquête. Selon l’exécutif européen, “ces investigations sont bien évidemment des éléments d’information importants qui poussent à des changements en exposant les failles qui peuvent exister dans le système” [La Tribune].

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