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La réussite paradoxale de l'intégration européenne

Signature du Traité de Rome - © Communauté européenne, 2007Le professeur Richard E. Baldwin de l’Institut des hautes études internationales de Genève se penche sur les circonstances historiques qui ont entraîné la signature du Traité de Rome. Pour lui, “l’Union européenne est née dans des conditions qui ne sont presque plus imaginables dans le monde d’aujourd’hui et ne se reproduiront sans doute plus” .

Après la Seconde Guerre mondiale, “les citoyens européens étaient ouverts à des changements radicaux” et doutaient pour beaucoup “de la capacité de [leur] nation à se gouverner” . “Pour être certains qu’une autre guerre franco-allemande reste inconcevable” , les rédacteurs du Traité de Rome lui ont assigné “des objectifs très ambitieux” sur le plan de l’intégration économique.

Mais la situation de 1957 n’était plus celle de l’après-guerre. En effet, la situation économique des Six était florissante et “beaucoup d’Européens avaient retrouvé confiance en la capacité de leur Etat à gouverner. Bref, la perte de souveraineté nationale impliquée par l’intégration européenne pouvait apparaître comme un moins plutôt que comme un plus, un mal nécessaire plutôt qu’un but en soi” .

Ce n’est pas le dessein original des Pères fondateurs, persuadés du déclin des Etats, qui a permis la poursuite de l’intégration européenne. Le facteur le plus évident fut certainement la menace de l’URSS et, plus profondément, la mondialisation, “c’est-à-dire la nécessité pour les Etats de construire un espace politique face à l’érosion de leurs capacités à contrôler leurs affaires intérieures via les seules politiques nationales” .

Conçue dans l’idée de fusionner au sein d’un ensemble politique plus vaste des Etats nations en déclin, l’Union s’est faite parce que ses membres ont compris que “le niveau continental était souvent le meilleur, et parfois le seul moyen de diriger leurs nations” . Tel est selon Richard E. Baldwin “le paradoxe historique du Traité de Rome” .

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Richard E. Baldwin, “Le paradoxe historique du Traité de Rome” , Telos, mars 2007

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