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Désinformation, participation, mobilisation de la jeunesse : le CESE passe au crible les enjeux des élections européennes 2024

Comment s’assurer que le scrutin de juin 2024 soit une réussite pour la démocratie européenne ? A l’initiative du Comité économique et social européen (CESE), des acteurs renommés de la société civile se sont réunis, les 23 et 24 novembre à Bratislava (Slovaquie), pour dresser un état des lieux des risques qui pèsent sur cette élection. Et avancer des pistes de réflexion pour y faire face.

Une table ronde consacrée à la désinformation lors du séminaire "Elections européennes de 2024 : pourquoi voter ?", organisé par le CESE à Bratislava les 23 et 24 novembre - Crédits : CESE
Une table ronde consacrée à la désinformation lors du séminaire “Elections européennes de 2024 : pourquoi voter ?”, organisé par le CESE à Bratislava les 23 et 24 novembre - Crédits : CESE

Directeurs d’ONG, politologues, journalistes… Ils sont une vingtaine d’experts à s’être réunis au siège de l’Autorité européenne du travail, agence de l’UE installée à Bratislava. Le 23 et 24 novembre dernier, le Comité économique et social européen (CESE), l’organe qui fait entendre la voix de la société civile auprès des institutions européennes, y a organisé le séminaire “Pourquoi voter ?”, consacré aux élections européennes de juin 2024.

Ce n’est pas un hasard si la rencontre se tient en Slovaquie”, annonce en préambule Laurenţiu Plosceanu, vice-président du CESE. En 2019, lors du dernier scrutin européen, le pays avait enregistré un taux de participation de 22 %, le plus faible de l’UE.

Dans cet Etat d’Europe centrale où la défiance à l’égard des institutions gouvernementales est très élevée, un exécutif aux accents populistes et pro-russes mené par Robert Fico a pris ses fonctions en octobre dernier. Une progression des forces politiques hostiles à l’UE qui représente “un défi pour toute l’Europe, pas seulement l’Europe centrale et orientale”, souligne le président du CESE Oliver Röpke, élu en avril dernier. La veille du séminaire à Bratislava, Geert Wilders et son Parti pour la liberté, islamophobe et europhobe, remportaient largement les élections législatives aux Pays-Bas.

Et les “principales préoccupations des Slovaques sont les mêmes que celles des Néerlandais”, note Oliver Röpke, mentionnant notamment le “coût de la vie”. Selon lui, les élections européennes du 6 au 9 juin 2024 seront “cruciales pour déterminer dans quelle direction l’Europe ira”. “Un test que nous ne pouvons pas nous permettre de rater”, prévient-il les défenseurs du projet européen.

Le spectre de la désinformation

Parmi les principaux défis auxquels ils seront confrontés lors de la campagne électorale figure la désinformation. Un phénomène qui n’est pas nouveau mais dont les réseaux sociaux sont un important vecteur d’amplification. De même que, depuis peu, les intelligences artificielles (IA) génératives.

Des outils ayant “la possibilité de créer sans fin des contenus qui peuvent être envoyés facilement et très rapidement à travers le monde entier”, explique Nick Robins-Early, journaliste américain spécialiste de la désinformation et des nouvelles technologies. Souvent, les fausses informations générées par l’IA sont difficiles à être identifiées tant le procédé est nouveau. Ce qui est source de défiance à l’égard de l’information dans la population, où grandit la crainte que “tout puisse être généré par l’IA”, pointe Nick Robins-Early. Ce qui “réduit la confiance” des citoyens et la “qualité de l’écosystème informationnel”, constate le journaliste.

Un exemple concret de désinformation pilotée à l’aide de l’IA est venu récemment de Slovaquie. Comme le rapporte Giovanni Zagni, directeur de l’Observatoire européen des médias numériques (EDMO). Son organisation a mené une vaste enquête, à paraître prochainement, sur les principales tendances en matière de désinformation dans les Etats membres de l’UE qui ont connu des élections en 2023 ainsi qu’en Turquie et au Monténégro. En Slovaquie, deux jours avant les législatives du 30 septembre, “un faux enregistrement audio où une journaliste parlait avec le président du PS [parti politique social-libéral et pro-européen NDLR] de plans très spécifiques pour truquer les élections” a été diffusé en ligne, relate Giovanni Zagni. Le directeur de l’EDMO remarque d’ailleurs que dans tous les pays étudiés “des fausses informations concernant le processus électoral lui-même” ont circulé, remettant en cause sa légitimité. Une tendance qui semble relativement nouvelle et inspirée des théories conspirationnistes lors des élections américaines de 2020, d’après l’expert.

Mobiliser les électeurs

Face à une désinformation de plus en plus amplifiée par l’IA, qui renforce davantage la défiance des citoyens à l’endroit de la politique, garantir une participation élevée aux prochaines élections européennes ne sera pas chose aisée. D’autant qu’elles mobilisent en règle générale moins que les scrutins nationaux. Et ce même si la participation aux européennes a pour la première fois été en hausse en 2019, à 50,7 %.

Eva Mihočková, rédactrice en chef de l’association Foreign Policy et ex-journaliste d’Euractiv, rappelle que les dernières élections nationales en Pologne, Hongrie, Allemagne, France et Slovaquie ont toutes rassemblé au moins deux tiers des inscrits, si ce n’est trois quarts d’entre eux. Alors comment les organisations de la société civile, au contact direct avec les électeurs, peuvent-elles les convaincre de se déplacer aux urnes en juin prochain ?

N’européanisez pas votre message”, leur conseille Laura Sullivan, directrice de WeMove Europe, ONG pro-européenne qui veut renforcer le pouvoir des citoyens en Europe. “Ce sont 27 élections nationales. Adaptez votre message aux réalités nationales et même locales”, défend-elle.

Créer des narratifs mobilisateurs, en appelant à voter pour plutôt que contre, peut aussi être la solution, selon la sociologue et politologue polonaise Małgorzata Molęda-Zdziech. Dans son pays, Donald Tusk et sa coalition centriste et pro-européenne ont en effet réussi à rassembler les électeurs et battre mi-octobre les ultraconservateurs au pouvoir, en proposant une autre Pologne, plus progressiste.

Donner envie aux jeunes de participer 

Parmi les désengagés fréquents des processus électoraux, européens comme nationaux, se trouvent traditionnellement les jeunes. Leur abstention est fréquemment liée à un sentiment de ne pas voir leurs préoccupations entendues. Comme l’illustre une étude récemment conduite par la sociologue Martine Clerckx à l’échelle de plusieurs Etats membres de l’UE. D’après les résultats de l’enquête, 53 % des Français entre 16 et 30 ans se sentent abandonnés par l’UE et 46 % en Allemagne dans la même tranche d’âge.

Pour remédier à cette situation, des pistes pour améliorer la représentativité des jeunes ont été présentées lors du séminaire organisé par le CESE à Bratislava. Federica Bellato, Benedetta Coraglia, Carolina Guerra et Allegra Semenzato ont fait part de leur proposition détaillée dans l’article “Cette fois, j’ai voté, mais suis-je représenté ?”, rédigé alors qu’elles étaient étudiantes à Sciences Po et à l’université Bocconi. Celui-ci a été distingué par le prix futurEU 2022, qui récompense les meilleures initiatives étudiantes européennes.

Partant du constat d’un déficit de représentativité des jeunes au Parlement européen – les eurodéputés de 18 à 35 ans ne représentent que 7 % du total alors que cette tranche d’âge correspond à 20 % de la population européenne –, elles proposent la mise en place de quotas de députés européens jeunes. De quoi rajeunir l’hémicycle de Strasbourg et donner un nouveau souffle à l’UE ?

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1 commentaire

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    BOISTEAU Sandrine

    je prépare actuellement un cours d’EMC de terminale sur les élections européennes et votre site est une mine utile et accessible.