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Brexit : nouvelle passe d'armes entre Londres et Bruxelles au sujet de l'Irlande du Nord

Insatisfait du protocole nord-irlandais, qui impose des contrôles douaniers en mer d’Irlande, le gouvernement britannique a annoncé vouloir renégocier plusieurs de ses dispositions. Une demande que l’Union européenne a refusée, et qui ravive les tensions post-Brexit.

 

Le négociateur britannique, David Frost, revendique un fort assouplissement du protocole nord-irlandais - Crédits : UK Government / Flickr
Le négociateur britannique, David Frost, revendique un fort assouplissement du protocole nord-irlandais - Crédits : UK Government / Flickr 

Bruxelles ne laissera pas le Brexit gâcher ses vacances d’été”, titre Politico. Le dossier qui pourrait perturber la pause estivale concerne tout particulièrement le protocole nord-irlandais, à savoir des dispositions prévoyant un statut spécifique pour l’Irlande du Nord et dont la mise en place a été retardée. Au terme d’un épisode surnommé “guerre de la saucisse” par la presse britannique car Londres tenait à maintenir ses exportations de viande réfrigérée à destination de l’Ulster, ces tensions avaient pourtant été apaisées fin juin. Le Royaume-Uni avait alors bénéficié d’une période de grâce de trois mois avant la mise en œuvre de contrôles douaniers sur certaines exportations. Mais mercredi 21 juillet, Londres a lancé une nouvelle offensive “audacieuse” contre le protocole nord-irlandais, qui aligne l’Ulster sur le marché unique et implique des contrôles entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord [The Guardian].

Jugeant le texte “bancal” et “insoutenable”, le négociateur britannique David Frost a déclaré vouloir “réécrire certains points clés de l’accord” conclu par Boris Johnson en octobre 2019, après plus de deux ans d’impasse sur la question nord-irlandaise, rapporte The Guardian. Dans le détail, le Royaume-Uni “appelle à la suppression de toutes les formalités douanières pour les biens transitant de Grande-Bretagne à l’Irlande du Nord, sauf s’ils sont explicitement destinés à entrer sur le marché unique européen”, explique The Irish Times. Londres souhaite également mettre en place un “double régime réglementaire”, pour permettre aux produits conformes aux normes britanniques mais pas européennes de pouvoir malgré tout circuler en Ulster.

Le Royaume-Uni veut enfin prendre ses distances avec les réglementations européennes. Pour ce faire, il aimerait s’affranchir de l’article 10 du protocole lui imposant de se soumettre au régime européen des aides d’Etat pour les décisions affectant l’Irlande du Nord. Londres demande aussi de mettre un terme au “droit pour l’UE et sa Cour de justice de faire appliquer des éléments majeurs du protocole”, poursuit le Financial Times.

Renégocier sans suspendre, discuter sans renégocier

Des exigences de taille : “David Frost n’est pas passé loin de piétiner le document dans son ensemble, ou d’activer son article 16″, permettant de suspendre le protocole unilatéralement “dans des circonstances extrêmes”, commente The Guardian. Ce retour à une position plus radicale est motivé par le climat politique “fébrile” dans la province, a justifié David Frost : l’accord attise en effet la colère des unionistes et cause des “frictions” pour les entreprises nord-irlandaises, fait savoir The Irish Times. Au point que “des supermarchés menacent de quitter la région s’il n’y a pas de changements” [The Guardian].

Côté européen, ces enjeux émeuvent peu : les demandes britanniques ont “à peine fait hausser les épaules”, indique Politico. Car si Londres espère renégocier le protocole, l’approche européenne est ferme : “Bruxelles a avancé des ‘solutions pratiques et flexibles’ et ‘ne renégociera pas le protocole”, a déclaré le vice-président de la Commission en charge des relations avec le Royaume-Uni, Maroš Šefčovič [The Guardian]. Derrière cette posture, la Commission serait toutefois ouverte à la discussion et à “quelques changements”, rapporte le quotidien britannique. “L’Union européenne, pour l’heure, s’emploie à éviter toute confrontation trop brutale avec Londres”, écrivent Les Echos. Même son de cloche à Dublin, où le gouvernement, cité par The Irish Times, a affirmé que toute discussion “devra se tenir dans le cadre du protocole”.

Pression et mauvaise foi

La passe d’armes n’est pas sans rappeler les négociations autour de l’accord de sortie entre 2017 et 2019, où la position très dure adoptée par le gouvernement britannique visait avant tout à lui faire gagner du temps. “Le Royaume-Uni espère que si l’UE accepte de mettre l’application du protocole en pause, un espace de négociation sera ouvert pour traiter du cœur du sujet” [The Guardian]. Cette “stratégie du forcené”, analyse le New York Times, est “probablement” une tactique de négociation pour faire pression sur l’Union : de la même manière que Londres agitait la menace d’un no deal lors des précédents pourparlers, David Frost “a averti mercredi [21 juillet] que la situation actuelle ‘justifiait’ ” un retrait unilatéral des Britanniques du protocole [France 24]. “C’est très difficile pour le moment de savoir si c’est le début d’une stratégie de négociation ou une façon de préparer le terrain pour recourir à l’article 16 [qui permettrait de suspendre le protocole NDLR]”, décrypte le politologue Tim Bale aux Echos.

Cette stratégie, “risquée” selon le New York Times, a en tout cas le don d’”exaspérer” Bruxelles et les opposants à Boris Johnson, note The Guardian. “Est-ce de la mauvaise foi ou de l’incompétence ?”, interroge la députée travailliste Louise Haigh, citée par The Irish Times. A l’inverse, les responsables irlandais saluent la “patience de Job” de la Commission européenne [Politico]. “Il est frustrant de voir certains ministres britanniques se plaindre de conséquences imprévues du Brexit, alors qu’[elles] étaient visibles à des kilomètres”, se plaint ainsi un haut fonctionnaire irlandais interrogé par le média.

Les Européens entendent donc se donner le temps d’analyser la situation, et d’observer le comportement du Royaume-Uni dans les prochaines semaines. Ce n’est qu’autour de la rentrée scolaire que devrait intervenir la réponse unifiée de l’UE”, expliquent Les Echos. Un compromis pourrait bien être la clé du problème : “Nous n’avons pas d’autre choix que de travailler aussi constructivement que possible avec le gouvernement britannique pour limiter les conséquences néfastes du Brexit à un minimum”, conclut le responsable irlandais cité par Politico.

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