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18 ans, 16 ans… le droit de vote dans l’Union européenne

En France, le débat sur le vote à 16 ans a été relancé lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2022. Quels sont les arguments pour et contre ? Et qu’en est-il dans le reste de l’Europe ?

En Europe, les jeunes de moins de 18 ans peuvent participer aux élections dans certains pays.

  • Elections nationales

Dans l’UE, certains pays ont franchi le pas depuis plusieurs années : l’Autriche et Malte ont abaissé leur majorité électorale à 16 ans pour toutes les élections, respectivement en 2007 et en 2018, tandis que la Grèce l’a fixée à 17 ans en 2016.

  • Elections locales

En Allemagne, le droit de vote aux élections nationales est fixé à 18 ans. Il est en revanche possible de voter à partir de 16 pour les élections régionales dans quatre Länder (Brandebourg, Schleswig-Holstein, Brême et Hambourg). Pour les élections municipales, tous les Etats excepté cinq (Saxe, Sarre, Rhénanie-Palatinat, Hesse et Bavière) autorisent le vote à partir de 16 ans.

En Estonie, les citoyens de plus de 16 ans peuvent voter aux élections locales.

Au Royaume-Uni (qui ne fait plus partie de l’UE depuis 2020), les jeunes de 16 ans sont autorisés à voter en Ecosse et au Pays de Galles pour les élections locales et celles des représentants aux parlements nationaux. En 2014, 75 % des jeunes de 16 et 17 ans ont également participé au référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, qui leur avait exceptionnellement accordé le droit de vote.

En Suisse (hors UE), les jeunes peuvent voter dès 16 ans depuis 2007 dans le canton de Glaris.

En Belgique, les consultations populaires régionales autorisent le vote à partir de 16 ans en Wallonie et à Bruxelles.

  • Elections européennes

En Belgique, le Parlement a adopté, en mai 2022, une loi abaissant l’âge du droit de vote à 16 ans pour les élections européennes. 

  • En débat

En Italie, le débat a été soulevé après une déclaration de l’ancien président du Conseil, Enrico Letta (social-démocrate), prenant parti en septembre 2019 pour un abaissement de l’âge du vote à 16 ans. La réforme, soutenue par le président du Conseil italien de l’époque, Giuseppe Conte, est depuis restée lettre morte. 

En Irlande enfin, la même proposition a été émise par le Sinn Féin en 2018. 

Le débat en France 

En France, le débat sur l’abaissement du droit de vote aux jeunes de 16 ans a été relancé à l’occasion de la campagne présidentielle de 2022. Trois candidats s’y sont alors déclarés favorables : Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Anne Hidalgo. Les deux premiers l’avaient déjà proposé en 2017, tandis que Lionel Jospin, alors candidat à la présidentielle de 2002, proposait de fixer le droit de vote à 17 ans. A l’inverse, Valérie Pécresse s’y est opposée lors de la campagne de 2022, tandis que les huit autres candidats ne se sont pas exprimés sur le sujet.

Le chef de l’Etat Emmanuel Macron avait toutefois déclaré, en 2019, n’y être “pas opposé” mais seulement en cas de vote massif des 18-25 ans aux prochains scrutins. “On ne peut pas dire ‘on a les trois quarts des jeunes entre 18 et 25 ans qui ne sont pas allés voter il y a cinq ans et me dire ‘mettez la majorité à 16 ans’ ”, avait-il déclaré dans une interview sur la chaîne Youtube “HugoTravers”. Plus récemment, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Clément Beaune estimait, en octobre 2021 dans l’Opinion, que “nos démocraties ne peuvent pas s’offrir le luxe de négliger la piste du vote à 16 ans”.

Dans le même temps, en décembre 2021, le Sénat rejetait une proposition de loi du groupe socialiste au Sénat visant à faire passer une telle réforme. De manière générale, les responsables de gauche se montrent plus souvent favorables à un abaissement de l’âge légal du droit de vote, les jeunes votant davantage à gauche que le reste de la population.

Dans la plupart des démocraties, l’âge légal du droit de vote a été progressivement abaissé. En France, lors des premiers suffrages en 1791, il fallait être un homme d’au moins 25 ans pour pouvoir voter (au suffrage censitaire indirect). Le droit de vote s’est ensuite progressivement élargi, pour être finalement accordé aux personnes de 18 ans et plus en 1974.

Les pour

La députée française Paula Forteza, rapporteure de la proposition de loi avortée sur le droit de vote à 16 ans, défend l’idée que les “lourdes responsabilités” auxquelles font face les jeunes de cet âge (droit d’exercer l’autorité parentale, de travailler, de payer des impôts, d’adhérer à un parti politique, de gérer une association ou encore de devenir sapeur-pompier) justifieraient leur droit de vote. Alexis Corbières (LFI) rappelle également que c’est à 16 ans que l’on “acquiert ou qu’on renonce à la nationalité française”. 

Sur le long terme, l’abaissement du droit de vote pourrait par ailleurs renforcer la participation aux élections, avance Paula Forteza. “Par l’exercice du droit de vote et une formation civique appropriée, les jeunes concevront un intérêt plus fort et plus durable pour l’engagement politique et social”, selon elle. 

Autre argument évoqué : la révolution de l’information permet aujourd’hui aux jeunes, à travers les réseaux sociaux et les nouveaux médias en ligne, d’être plus informés et donc plus à même de se forger un avis politique.

Les partisans d’une majorité électorale à 16 ans y voient aussi un moyen de rétablir l’équilibre générationnel au sein d’un continent à la population vieillissante. En Italie par exemple, les jeunes de 18 à 34 ans ne représentent que 10,7 millions d’habitants face aux 13,8 millions de plus de 65 ans, augmentant la moyenne d’âge du corps électoral.

Dans un rapport de 2015, le Conseil de l’Europe estimait qu’il n’existe “guère d’éléments indiquant que le vote des jeunes de seize et dix-sept ans reflète une immaturité politique, au sens où ils voteraient davantage pour les partis radicaux ou pour des rêves utopiques.” Ainsi, “l’étude de cas sur l’Autriche [où l’âge du vote est de 16 ans] montre que les électeurs âgés de moins de dix-huit ans ont une maturité politique suffisante pour exercer leurs droits politiques”. Et “ces résultats peuvent être appliqués à d’autres pays européens”. Enfin, “la participation des 16-17 ans est en réalité supérieure à celle des autres primo-électeurs plus âgés et (…) presque aussi élevée que la participation globale”, relève le Conseil de l’Europe. 

Et les contre 

A l’inverse, Pierre Bréchon, professeur émérite à Sciences Po Grenoble et spécialiste des comportements politiques, rejette ce “mythe (…) qu’en leur accordant le droit de vote, on politiserait automatiquement les jeunes : c’est utopique. On peut faire voter les jeunes à 16 ans, mais il y aura une plus forte abstention chez les 16-18 ans. L’esprit politique est encore en formation, et l’on est encore sous l’influence du foyer familial”. De fait, les électeurs de moins de 29 ans ont été moins de un sur cinq à voter à la présidentielle de 2017, selon l’Insee.

Enfin, l’idée n’est toutefois pas si populaire que cela chez les plus jeunes eux-mêmes. Une enquête de 2017 de l’Institut national de la jeunesse et l’éducation populaire (Injep) et du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), notait que 72 % des jeunes se déclarent plutôt défavorables au vote à 16 ans. Avec une disparité entre les jeunes bien insérés socio-économiquement (plutôt contre) et les jeunes dont les niveaux de diplômes sont inférieurs au bac (plutôt favorables).

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