1946 : Discours de Winston Churchill à Zurich sur les Etats-Unis d'Europe

En 1946, Winston Churchill plaide, lors d'un discours à Zurich, pour la constitution "d'Etats-Unis d'Europe". Alors que la division de l'Europe se dessine et que la Guerre froide démarre, il s'agit, selon lui, du meilleur moyen de protéger le continent. Néanmoins, il n'intègre pas le Royaume-Uni à cette idée, qui relèverait plutôt de la responsabilité de la France et de l'Allemagne.

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Winston Churchill Winston Churchill

"Si les pays européens parvenaient à s'unir, leurs 300 à 400 millions d'habitants connaîtraient, par le fruit d'un commun héritage, une prospérité, une gloire, un bonheur qu'aucune borne, qu'aucune frontière ne limiterait", déclare Winston Churchill à Zurich le 19 septembre 1946. Ecarté du pouvoir depuis un an par les travaillistes, le héros de la Seconde Guerre mondiale n'en demeure pas moins actif sur le plan politique et multiplie les discours, aujourd'hui passés à la postérité, principalement pour avertir sur la naissance du Rideau de fer s'apprêtant à scinder l'Europe.

Et pour l'ancien Premier ministre - qui retrouvera son poste en 1951 - l'avenir du Vieux Continent doit passer par la constitution de "quelque chose comme les Etats-Unis d'Europe". Le joug germanique et l'anéantissement de la culture européenne ayant été évités, il convient désormais de "reconstituer la Famille européenne, aussi largement que possible, et de lui donner un cadre de telle manière qu'elle puisse se développer dans la paix, la sécurité et la liberté", présente-t-il depuis la Suisse.

La formule "Etats-Unis d'Europe", utilisée bien avant Churchill par Victor Hugo, est encore aujourd'hui présente dans l'imaginaire européen. Pouvant représenter, pour les pro-européens, un idéal à atteindre, qu'elle ait été prononcée par un Britannique ne constitue pour autant pas un paradoxe. En effet, Winston Churchill n'inclut pas son pays dans le projet. L'homme d'Etat place en effet le Royaume-Uni à la croisée de trois mondes : l'Atlantique, le Commonwealth et l'Europe.

"Chaque fois que nous devrons choisir entre l'Europe et le grand large, nous choisirons le grand large", avait-il d'ailleurs confié au général de Gaulle en juin 1944. Dans l'esprit de Churchill, la Grande-Bretagne serait le "sponsor" d'une construction européenne, dont la direction relèverait de la responsabilité commune de la France et de l'Allemagne.

Quelque 70 ans plus tard, Boris Johnson - auteur d'une biographie remarquée de Churchill et figure de proue des partisans du Brexit - voire David Cameron, dont la fibre européenne ne s'est véritablement éveillée qu'avec la nécessité politique de remporter le référendum, ne sont probablement pas éloignés de cette conception de l'Europe.

1950 : Le Royaume-Uni refuse de participer à la CECA

En 1950, Robert Schuman, l'un des pères fondateurs de l'Europe, pose les premiers jalons de la construction européenne et présente son plan pour la création d'une Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). Le Royaume-Uni refuse d'y participer.

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 Robert Schuman Discours de Robert Schuman, le 9 mai 1950

Le 9 mai 1950, Robert Schuman prononce le désormais fameux discours de l'Horloge, véritable coup d'envoi de la construction européenne et expose son plan pour instaurer une Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). L'objectif est de rendre la guerre aussi "impensable" que "matériellement impossible" entre les puissances européennes. Six pays adhèrent au projet : la France et l'Allemagne, principaux intéressés, ainsi que les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et l'Italie - les futurs membres fondateurs de la Communauté économique européenne en 1957. Le Royaume-Uni, alors producteur incontournable de charbon et d'acier, n'est pas consulté.

Le travailliste Clement Attlee est, en 1950, le Premier ministre britannique. Invité à participer au projet, ce dernier présente rapidement son refus, dès le 3 juin. Ce dernier, tout comme l'opposition conservatrice menée par Winston Churchill, voit d'un mauvais œil ce qui est alors perçu comme une atteinte à la souveraineté du pays et un risque pour leurs relations commerciales privilégiées avec les pays membres du Commonwealth. "Nous sommes désireux de jouer un rôle actif dans tous les types de coopération européenne sur une base intergouvernementale, mais nous ne pouvons pas céder notre liberté de décision et d'action à une quelconque autorité supranationale", déclare ainsi Clement Attlee en 1951.

A cela s'ajoute la crainte, chez les travaillistes, que cette première ébauche de construction européenne ne vienne saper leurs efforts pour mettre en œuvre un Etat-providence au Royaume-Uni. Le gouvernement de Clement Attlee "qui a nationalisé les charbonnages pour maintenir le plein emploi, redoute également une fermeture des puits les moins rentables en cas de concurrence étrangère et craint qu'une Europe des patrons remette en question les acquis sociaux du Welfare State", explique le Centre virtuel de la connaissance sur l'Europe. Une vision de l'Europe d'ailleurs assez proche de celle de Jeremy Corbyn, actuel leader du Labour, dont l'euroscepticisme a toujours été lié au libéralisme européen, source selon lui de réduction des droits des travailleurs.

1960 : Création de l'AELE, concurrente de la CEE

En 1960, afin de concurrencer la Communauté économique européenne (CEE), créée en 1957, le Royaume-Uni est à l'origine de l'Association européenne de libre-échange (AELE), aux côtés de six autres pays. Une initiative qui se révèlera insuffisante pour Londres, qui déposera sa première candidature pour intégrer la CEE dès l'année suivante.

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Harold Macmillan avec John F. Kennedy  1961 Harold Macmillan (à gauche), avec John F. Kennedy, en 1961

Dans la première partie des années 1950, le Royaume-Uni est invité par les pays qui deviendront les Six à participer à l'élaboration de la Communauté économique européenne (CEE). Mais à l'instar de la CECA, la CEE ne suscite pas l'enthousiasme du gouvernement, conservateur de 1951 à 1964. De fait, les Britanniques ne croient pas que le projet de traité soit viable, ne désirent pas s'engager dans une union douanière qui serait défavorable aux pays du Commonwealth, et rejettent toute institution qui pourrait avoir autorité sur le gouvernement ou le Parlement.

Dans ce contexte, le Royaume-Uni se rapproche plutôt des pays scandinaves (Norvège, Suède, Danemark), de la Suisse, de l'Autriche et du Portugal pour constituer l'Association européenne de libre-échange (AELE), alternative plus souple et non politique à la CEE. Un projet concurrent qui ne rencontrera toutefois pas le succès espéré. Le Royaume-Uni connaît en effet d'importantes difficultés économiques, tandis que ses liens avec le Commonwealth se distendent sous l'effet de la décolonisation. Même l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle en France, réputé pour son hostilité envers les organisations internationales, n'entrave pas le démarrage de la CEE. Cette dernière s'enracine et favorise le dynamisme économique de ses membres.

C'est pourquoi dès 1961, Harold Macmillan, alors Premier ministre, dépose la première demande d'adhésion britannique à la CEE, faisant valoir que la prospérité du pays en dépend et que les relations avec le Commonwealth n'auront pas à en pâtir. Plus qu'un rapprochement de cœur, le revirement britannique à l'égard de l'Europe est fondamentalement lié aux questions économiques et intervient à une période de faiblesse du pays, également en perte de rayonnement sur le plan international.

1963 et 1967 : La France s'oppose à l'intégration du Royaume-Uni à la CEE

En 1963, puis en 1967, la France rejette les deux premières candidatures britanniques d'adhésion à la Communauté économique européenne (CEE). Le général de Gaulle, alors président français, estime en effet que le Royaume-Uni est trop tourné vers les Etats-Unis et que cet élargissement porterait atteinte aux acquis communautaires, en particulier concernant la Politique agricole commune (PAC).

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Le général de Gaulle, avec Konrad Adenauer en 1961 Le général de Gaulle, avec Konrad Adenauer en 1961 : le premier "couple franco-allemand"

Par deux fois, au cours des années 1960 et alors que les conservateurs et les travaillistes se succèdent à la tête de l'exécutif, la candidature du Royaume-Uni à la CEE est rejetée par la France. La première, émise par le gouvernement d'Harold Macmillan en 1961, avait en réalité peu de chances d'aboutir, dans la mesure où elle comportait - déjà - des demandes d'exceptions, concernant les pays de l'ancien empire britannique, ou encore la Politique agricole commune (PAC), et qui auraient été contraires aux acquis communautaires. En outre, le général de Gaulle voyait dans l'adhésion britannique à la CEE l'arrivée des Etats-Unis dans les affaires du continent et donc une "menace à l'Europe européenne".

La seconde demande d'intégration à la CEE est quant à elle déposée par le travailliste Harold Wilson en 1967. Fort peu enthousiaste vis-à-vis de la construction européenne, le Labour retrouve le pouvoir en 1964 et doit faire face à une situation économique encore dégradée. Trois années seront alors nécessaires pour convaincre le Premier ministre de frapper à nouveau à la porte de l'Europe. En effet, son camp continue de craindre pour les droits sociaux dans le cas d'une adhésion à la CEE. Et, plus encore que les conservateurs à l'époque, il est attaché à l'indépendance du pays ainsi qu'à la special relationship avec les Etats-Unis.

Or de nouveau, le général de Gaulle oppose son véto à la candidature britannique, mettant en avant les concessions trop importantes que cela comporterait sur la PAC, l'atlantisme du Royaume-Uni et, cette fois, les difficultés économiques du pays, qui vient alors de procéder à une dévaluation de la livre sterling. Inflexible, le président français ne propose au Royaume-Uni qu'une simple association commerciale, refusée tant par Londres que les cinq autres Etats membres de la CEE. Mettant la participation française à la CEE dans la balance et n'hésitant pas à bloquer le processus de la construction européenne, l'opposition du général de Gaulle ne pourra être contournée jusqu'à son départ du pouvoir, en 1969.

1973 : Entrée du Royaume-Uni dans la CEE

En 1973, la troisième candidature du Royaume-Uni pour adhérer à la Communauté économique européenne (CEE) est validée par l'Europe des Six, y compris la France. La proximité entre le Premier ministre britannique Edward Heath, et le président français Georges Pompidou sera déterminante. Consultés par référendum en 1975, les Britanniques approuvent l'intégration.

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Edward Heath Edward Heath

C'est à leur troisième tentative que les Britanniques sont finalement admis à intégrer la Communauté économique européenne, en 1973, après des échecs en 1963 et 1967. En effet, en 1969, le général de Gaulle quitte le pouvoir en France, à la suite du rejet par les Français de sa proposition de réforme du Sénat par référendum. Un départ qui ouvre la voie à l'intégration du Royaume-Uni, dans la mesure où Georges Pompidou ne partage pas les positions de son prédécesseur vis-à-vis des Britanniques et où les cinq autres Etats membres de la CEE y sont depuis plusieurs années favorables.

Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un véritable couple franco-britannique parvient même à se constituer. Arrivé au 10 Downing Street en 1970, le conservateur britannique Edward Heath, ancien chef des négociations pour l'intégration britannique à la CEE dans les années 1960 et Européen convaincu, trouvera en la personne de Georges Pompidou un proche interlocuteur. Les principaux points de friction entre les deux pays sont levés, notamment celui relatif au montant de la participation britannique au budget communautaire - même si ce dernier point ne tardera pas à ressurgir par la suite. En outre, les deux hommes partagent la vision selon laquelle l'Europe doit être une entité à même de rivaliser avec les Etats-Unis et l'Union soviétique, tout en reconnaissant la présence militaire américaine indispensable sur le continent.

Malgré tout, dès 1975, l'appartenance britannique à la CEE est remise en question. Perdant des élections législatives de 1974, principalement en raison du contexte économique et social particulièrement difficile et de l'explosion des Troubles en Irlande du Nord, symbolisés par la tragédie du Bloody Sunday, Edward Heath cède en effet la place à son prédécesseur Harold Wilson. Or le Labour demeure très divisé sur la question européenne et M. Wilson a dû promettre d'organiser un référendum en cas de victoire, afin d'éviter l'éclatement de son parti. Après avoir obtenu quelques concessions mineures de la part de ses partenaires européens, comme sur… la participation du pays au budget européen, Harold Wilson milite pour rester dans la CEE et évite ce qui n'est pas encore appelé un 'Brexit' avec une majorité confortable (67% de "oui" à l'Europe).

Quelque quarante ans plus tard, le parallèle avec la présente situation est frappant. Seuls les rôles se sont inversés : les conservateurs sont aujourd'hui les plus divisés sur la question européenne et David Cameron a remplacé Harold Wilson dans le rôle du chef de parti tiraillé entre deux camps. Différence de taille par rapport à 1975 toutefois : le référendum de 2016 a peu de chance d'aboutir à une victoire aussi confortable du "oui" à l'Europe.

1979 : Margaret Thatcher wants her money back

En 1979, Margaret Thatcher, tout juste élue Premier ministre, entre en conflit avec l'Union européenne et réclame un rabais sur la participation de son pays au budget communautaire. Le début d'une longue confrontation, conclue seulement en 1984, et qui se soldera par une victoire pour la Dame de fer.

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Margaret Thatcher Margaret Thatcher

En 1979, le retour des conservateurs au pouvoir et l'accession de Margaret Thatcher à la tête du gouvernement marquent l'ouverture d'une première période de crise entre le Royaume-Uni et l'Europe. De fait, si à bien des aspects, les onze années au pouvoir de la Dame de fer ont révolutionné la politique britannique, l'Europe, au même titre que l'économie ou encore les affaires étrangères, a fait partie de ses chevaux de bataille prioritaires. Au sommet de Dublin, le 30 novembre 1979, six mois seulement après son entrée en fonctions, Margaret Thatcher prend ainsi de court ses homologues européens en demandant, avec virulence, un rabais à la participation de son pays au budget communautaire. La formule, elle, est entrée dans l'histoire : "I want my money back".

Valéry Giscard d'Estaing et Helmut Schmidt, médusés, cherchent à contourner son refus catégorique. Sans succès. Leurs successeurs, respectivement François Mitterrand et Helmut Kohl n'y arriveront pas davantage. Pendant cinq ans, le Premier ministre britannique restera inflexible, n'hésitant pas à bloquer la progression de la construction européenne. Au cœur de la discorde : la Politique agricole commune. Secteur peu important au Royaume-Uni qui, traditionnellement, importe des produits agricoles bon marché en provenance des membres du Commonwealth, il est en revanche crucial pour les pays d'Europe continentale, et notamment la France, qui ont pour objectif l'autosuffisance alimentaire.

L'issue du blocage n'interviendra que le 26 juin 1984 lors du sommet de Fontainebleau, se soldant par une victoire totale pour Margaret Thatcher. Les Européens se résolvent à accorder au Royaume-Uni ce qu'ils désirent et lui accorder un "rabais" conséquent sur sa participation au budget communautaire, pomme de discorde qui ne cessera d'être remis sur le tapis à intervalle régulier jusqu'à aujourd'hui.

Allant jusqu'à paralyser la CEE, Mme Thatcher n'ira toutefois pas jusqu'à la faire péricliter et jouera le jeu du "sommet de la dernière chance" - expression qui fera sa réapparition jusqu'à l'indigestion avec la crise grecque de 2015 - finissant par accepter les propositions de ses homologues. L'année suivante, Margaret Thatcher validera la nomination de Jacques Delors à la présidence de la Commission européenne, jugé moins fédéraliste que son concurrent, Claude Cheysson, mais qui se révélera être un farouche adversaire pour la cheffe du gouvernement britannique.

1992 : Le Royaume-Uni ratifie le traité de Maastricht, mais refuse la monnaie unique

En 1992, en dépit de l'opposition d'une partie de son parti, le conservateur John Major ratifie le traité de Maastricht. Lors des négociations préalables, il a néanmoins obtenu une clause lui permettant de ne pas avoir à adhérer à la monnaie commune.

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John Major, en 2013 John Major, en 2013

Depuis la seconde moitié des années 1980, Margaret Thatcher et les conservateurs se montrent favorables à l'Acte unique, élaboré par Jacques Delors, nommé président de la Commission européenne en 1985, et à l'approfondissement du Marché unique. En revanche, les Tories rejettent en bloc l'idée d'un "super-Etat européen", ainsi que tout abandon de souveraineté dans les domaines économique, financier et social.

En 1990, la Dame de fer est cependant évincée du pouvoir par ses rivaux conservateurs et John Major prend sa succession à la tête du parti et du pays. Un changement politique non dénué d'importance au niveau européen dans la mesure où M. Major se montre nettement plus ouvert que Mme Thatcher. Le contexte est donc favorable à ce que le Royaume-Uni ratifie le traité de Maastricht, qui doit entrer en vigueur en 1992 et destiné à donner à la CEE une véritable dimension politique et entériner l'instauration d'une monnaie commune.

Naturellement, les conservateurs, au pouvoir sans discontinuer entre 1979 et 1997, sont très divisés sur la question et globalement peu enclins à accepter un tel degré d'intégration européenne. En 1991, John Major obtient donc de ses homologues une "clause de retrait" afin de ne pas avoir à adhérer à la monnaie commune ou à la charte sociale européenne. En échange, le Premier ministre s'engage à ratifier le traité. Combattu par la frange la plus eurosceptique de son parti, qui exige la tenue d'un référendum sur cette question, John Major tient bon et évite cette solution à risque en menaçant de démissionner. Un succès qui, de toute évidence, ne parviendra néanmoins pas à éteindre la division des conservateurs sur l'Europe. Cette dernière se réveillera fortement lors du retour des Tories au pouvoir, en 2010, conduisant donc David Cameron, également sous la pression de la popularité du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), résolument anti-européen, à, cette fois, consulter le peuple britannique.

1994, 2004 et 2014 : Le Royaume-Uni s'oppose à la nomination de personnalités trop fédéralistes à la présidence de la Commission européenne

En 1994, 2004 et 2014, le Royaume-Uni s'oppose à la nomination du candidat favori pour la présidence de la Commission européenne. Respectivement Jean-Luc Dehaene, Guy Verhofstadt et Jean-Claude Juncker sont considérés trop fédéralistes par Londres. Le Premier ministre obtiendra gain de cause dans les deux premiers cas, mais pas dans le troisième.

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Jean-Luc Dehaene, Guy Verhofstadt et Jean-Claude Juncker De gauche à droite : Jean-Luc Dehaene, Guy Verhofstadt et Jean-Claude Juncker

John Major aura incontestablement été un interlocuteur plus facile que Margaret Thatcher, à qui il a succédé en tant que Premier ministre en 1990. Malgré cela, tout n'aura pas été idyllique entre Londres et Bruxelles durant cette période avec, en point d'orgue, le véto britannique, en 1994, à la nomination du Belge Jean-Luc Dehaene à la présidence de la Commission européenne. M. Major fut à l'époque le seul dirigeant parmi les douze Etats membres que comptait alors la CEE à s'opposer à l'ancien Premier ministre belge, estimant qu'il se montrerait trop fédéraliste et interventionniste vis-à-vis des gouvernements nationaux. Le Luxembourgeois Jacques Santer sera nommé en remplacement - avant d'être conduit à la démission en 1999 à la suite d'allégations de mauvaise gestion.

Dix ans plus tard, en 2004, au moment de choisir un successeur à Romano Prodi à la tête de l'exécutif européen, le même cas de figure s'est reproduit. Tony Blair, Premier ministre depuis 1997 et enclin à renforcer la participation du Royaume-Uni dans l'Union européenne, s'oppose à la candidature d'un autre Premier ministre Belge, Guy Verhofstadt. Tout comme pour M. Dehaene, le dirigeant britannique reproche à la personnalité défendue par l'Allemagne et la France son positionnement fédéraliste. Le véto de Tony Blair sera insurmontable et José Manuel Barroso sera finalement nommé à la tête de la Commission européenne. Ce dernier restera dix ans à ce poste, ce qui coïncidera avec une perte significative d'envergure politique pour l'institution de Bruxelles.

Enfin, en 2014, bis repetita. A l'image de ses prédécesseurs, David Cameron, au pouvoir depuis 2010 et déjà aux prises avec la frange eurosceptique de son parti - l'organisation d'un référendum d'appartenance à l'UE ayant été promise en janvier 2013 - s'oppose au candidat "naturel" pour le poste de président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Or contrairement à 1994 et 2004, M. Juncker n'est pas choisi par les Etats membres, mais est la tête de liste du Parti populaire européen (groupe où figure la plupart des conservateurs européens, à l'exception des Britanniques, au Parlement européen), arrivé en tête lors des élections européennes de 2014. Et selon le traité de Lisbonne, les chefs d'Etat et de gouvernement doivent "tenir compte des élections européennes" pour faire leur choix. David Cameron cherchera à contourner cette nouvelle disposition des traités, mais en vain. Tout comme pour MM. Dehaene et Verhofstadt, sont reprochés à l'ancien Premier ministre luxembourgeois sa fibre fédéraliste et sa probable indépendance de ton vis-à-vis des Etats membres. En poste depuis novembre 2014, M. Juncker n'a pour l'heure pas démenti ces caractéristiques que Londres lui prêtait.

1997 : Tony Blair devient Premier ministre et réchauffe les relations avec l'Europe

En 1997, l'arrivée du travailliste Tony Blair au pouvoir au Royaume-Uni permet un réchauffement significatif des relations avec l'Europe, à tel point que l'adhésion à l'euro est envisagée. En raison de la participation du Royaume-Uni à la guerre en Irak, de monnaie du parti anti-européen (UKIP), ou encore du rejet du projet de constitution européenne, il n'en sera finalement rien.

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Tony Blair Tony Blair

A bien des égards, le retour des travaillistes au pouvoir en 1997, après 18 années passées dans l'opposition, a constitué un tournant majeur dans la vie politique britannique. Sous l'égide de Tony Blair et de Gordon Brown, le New Labour, recentré sur l'échiquier politique, remporte un franc succès avec 43,2% des voix et une majorité confortable à Westminster. Sur le plan européen, le gouvernement tranche avec celui de John Major et amorce une période de relations privilégiées entre Londres et Bruxelles.

Le Royaume-Uni cherche alors à se mettre au centre du jeu politique européen, à égalité avec l'Allemagne et la France. Si le pays reste profondément attaché à la règle de l'unanimité pour les décisions touchant à la souveraineté des Etats membres, comme en matière de politique étrangère, la Grande-Bretagne sera en revanche un moteur pour l'élargissement et, de manière plus surprenante, envisage d'adhérer à la monnaie unique, prévue pour entrer en vigueur en 1999. Interrogé par Le Monde au lendemain de l'élection de 1997, Robin Cook, alors nouveau ministre britannique des Affaires étrangères, déclare que "si la monnaie unique est lancée et si c'est un succès, alors dans le long terme, la Grande-Bretagne devra s'y joindre".

Cette porte ouverte vers l'adoption de l'euro ne sera toutefois jamais franchie par le gouvernement de Tony Blair. Ecartée de l'agenda politique au moins jusqu'en 2002 et la fin de son premier mandat, la perspective fut par la suite progressivement enterrée, à la faveur de la participation britannique à la guerre en Irak, de la montée du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), ou encore du "non" français et néerlandais au projet de constitution pour l'Europe. Depuis de nombreuses années, et à plus forte raison avec l'accession de David Cameron au poste de Premier ministre et l'organisation d'un référendum sur l'appartenance même du pays à l'UE, la possibilité pour le Royaume-Uni de renoncer à la livre au profit de l'euro n'a jamais paru aussi improbable.

2016 : Les Britanniques votent pour sortir de l'UE

Le 23 juin 2016, les Britanniques se prononcent en faveur de la sortie de l'Union européenne. Un vote en forme de séisme politique qui trouve ses origines en 2013, avec la promesse d'un référendum d'appartenance de la part du Premier ministre conservateur David Cameron. Devant être officiellement lancé en mars 2017, le Brexit devrait être effectif en 2019.

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David Cameron Brexit

Le retour des conservateurs au pouvoir en 2010 et l'arrivée de David Cameron au 10 Downing Street sonnent la fin d'une période de relatif calme dans les relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Plutôt eurosceptique, le nouveau Premier ministre, à l'instar du reste de son parti, est hostile au traité de Lisbonne, ratifié en 2008 par son prédécesseur travailliste Gordon Brown. Lors de la campagne pour les élections législatives, il promet même d'organiser un référendum sur la question en cas de victoire. Une promesse non tenue qui ne fera que renforcer la pression de la partie la plus eurosceptique des Tories sur ses épaules.

Le début de son mandat est marqué par une forte montée du fossé entre Londres et Bruxelles, symbolisée, en 2011, par le refus de David Cameron de valider la modification du traité de Lisbonne. Défendue par la France et l'Allemagne, cette réforme vise à renforcer la discipline budgétaire en Europe et, en échange, le Premier ministre souhaite soustraire la City du mécanisme paneuropéen de surveillance des marchés. Chose que les autres Etats membres refuseront de lui concéder. Deux ans plus tard, devant également faire face à la montée en puissance du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), le chef de gouvernement en vient donc à promettre d'organiser un référendum sur l'appartenance de son pays à l'UE, en cas de réélection en 2015. Le 23 janvier 2013, David Camerondéclare toutefois qu'il ne "veut pas remonter le pont-levis et retirer [le Royaume-Uni] du monde", et promet de négocier un nouveau "deal" avec l'Europe. Lequel sera soumis à la validation du peuple.

En mai 2015, les conservateurs sont reconduits au pouvoir et, contrairement au mandat précédent, sont en mesure de l'exercer seuls. Elément central de la campagne pour ces élections législatives, le dossier européen est par conséquent immédiatement ouvert par le Premier ministre. Ce dernier, non sans mal, parvient à un accord avec ses homologues, le 19 février 2016, comprenant notamment la limitation des aides sociales pour les nouveaux migrants issus de l'UE, ou encore la fin de l'obligation pour le Royaume-Uni de participer à une "Union toujours plus étroite".

La campagne qui s'en suit est marquée par la division des conservateurs. Boris Johnson, maire de Londres, se positionne pour la sortie de l'UE, s'opposant donc frontalement à David Cameron, dont il convoite le poste. Pour sa part, Jeremy Corbyn, leader du Parti travailliste et lui-même plutôt eurosceptique, opte pour une campagne timide, se tenant assez largement en retrait des débats, où le UKIP se montre à l'inverse très actif.

Organisé le 23 juin 2016, le référendum britannique d'appartenance à l'Union européenne se solde finalement par la victoire du "out" avec 51,89% des suffrages, entraînant un véritable séisme politique. Immédiatement démissionnaire, David Cameron qui a personnellement militer pour rester au sein de l'UE cède sa place à Theresa May, jusqu'ici sa ministre de l'Intérieur, cette dernière ayant bénéficié de l'abandon surprise de M. Johnson. Depuis, les modalités du Brexit agitent sans discontinuer les débats britanniques et européens. Alors que l'article 50 du traité de Lisbonne, prévoyant la sortie d'un Etat membre de l'UE, doit être déclenché le 29 mars 2017, les deux parties se préparent à de longues et difficiles négociations, qui devraient durer 2 ans. Pour représenter les Européens, c'est le Français Michel Barnier, ancien ministre et ancien commissaire européen, qui a été choisi par Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne.