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Comment les régions françaises s’adaptent-elles au changement climatique ?

Alors que l’impact du changement climatique sur les écosystèmes français est de plus en plus visible, l’Union européenne aide les régions à anticiper les climats du futur.

Les écosystèmes français sont le fruit de millénaires d’interactions entre la nature, le climat et l’Homme. Partout en France, l’Union européenne soutient des projets pour mieux les comprendre et les protéger (Vosges alsaciennes) - Crédits : Remi Famelart / iStock

Le dérèglement climatique prend de l’ampleur et fait peser une menace de plus en plus importante sur les écosystèmes français : disparition et déplacements d’espèces, hausse des incendies ou encore diminution de la biodiversité. Avec des financements européens, plusieurs projets sont soutenus dans les Pyrénées, les Alpes ou encore en Bourgogne-Franche-Comté pour relever le défi du climat. Tour d’horizon.

Les forêts des Pyrénées face au changement climatique

Plus de la moitié du massif pyrénéen est couvert par la forêt. Celle-ci constitue non seulement un écosystème riche en biodiversité, mais aussi un espace touristique et une ressource naturelle importante. Depuis plus de 20 ans, les fonds européens soutiennent les initiatives qui visent à protéger ces forêts. A l’image du groupement Forespir, associant des acteurs publics et privés venus de France, d’Espagne et d’Andorre qui souhaitent préserver ce bien commun.

Les essences qui poussent dans les Pyrénées sont variées. Acclimafor étudie notamment de nouvelles méthodes de protection concernant les pins et chênes pyrénéens - Crédits : Forespir
Les essences qui poussent dans les Pyrénées sont variées. Acclimafor étudie notamment de nouvelles méthodes de protection concernant les pins et chênes pyrénéens - Crédits : Forespir 

En 2019, Forespir a lancé le projet Acclimafor. L’initiative vise à comprendre et mesurer les effets du changement climatique sur plusieurs essences forestières des Pyrénées, par-delà les frontières. Les chercheurs y participant étudient le comportement de plus de 2 000 arbres, ainsi que l’évolution de la flore et des sous-bois.

Le projet permet aussi d’essayer de nouvelles méthodes de protection du pin et du chêne. Les expériences sont variées : introduction de nouvelles espèces pour diversifier les peuplements, essais de nouvelles essences tolérant mieux la chaleur et la sécheresse ou encore éclaircies. Ces dernières consistent à enlever certains arbres du sous-bois pour permettre aux arbres les plus vigoureux de mieux s’épanouir. A partir de ces recherches, une série de cartes de vigilance climatique et des fiches compilant les bonnes pratiques ont été mises à disposition des acteurs du secteur forestier.

Acclimafor repose sur une autre initiative : l’Observatoire pyrénéen du changement climatique (OPCC). Créé en 2010, sa mission est d’étudier la faune, la flore et le climat des Pyrénées pour comprendre le changement climatique et mieux s’y adapter. Côté français, les Régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie sont membres de cet observatoire. Selon ses recherches et sa carte interactive, 50 % des glaciers pyrénéens ont par exemple disparu sur les 35 dernières années.

Mené entre 2019 et 2022, Acclimafor a été soutenu par le Fonds européen de développement régional (FEDER) à hauteur de 65 %, sur un budget total de près de 522 000 euros.

Soutenir les communes aux flancs des Alpes

Hausse des températures, imprévisibilité du climat… Tout comme les Pyrénées, les territoires alpins sont particulièrement exposés aux aléas du changement climatique. Ces bouleversements impactent profondément les territoires. Par exemple, les incendies, les pluies torrentielles et le dépérissement des arbres fragilisent les flancs des montagnes, renforçant les chutes de pierres, les glissements de terrain ou encore les coulées de boue. Le épisodes de redoux en hiver favorisent aussi les avalanches.

De part et d’autre des montagnes, douze partenaires (agences régionales, municipalités et centres de recherche) coordonnent leurs efforts pour aider les collectivités territoriales des Alpes à s’adapter à ces évolutions. ADAPTNOW (2022-2025) est au centre de ce réseau de acteurs français, italiens, autrichiens, allemands et slovènes. Grâce à 7 projets pilotes, il vise à concevoir et mettre à disposition des outils adaptés à chaque territoire “à haute vulnérabilité” pour que ces derniers évitent ou limitent les vagues de chaleur, les inondations et les risques gravitaires (glissements de terrain notamment).

Le projet prévoit notamment de créer un guide d’adaptation au climat et d’atténuation des risques au niveau local et des services climatiques favorisant la mobilisation et la déclenchement d’actions concrètes telles qu’évacuer un camping le long d’un cours d’eau à risque, rafraîchir les transports en commun ou encore revoir le plan local d’urbanisme avec les nouvelles zones à risque.

Les services et élus des collectivités territoriales sont la cible première de ces “outils de mobilisation et d’aide à la décision”. Elles y sont sensibilisées lors d’animations, basées entre autres sur le projet ClimaSTORY, ou lors de travaux s’appuyant sur des données détaillées mises à disposition par des plateformes telles que TerriSTORY.

Séance ClimaSTORY sur carte du territoire réel de la Communauté de communes Vallée de Chamonix Mont-Blanc (déc. 2022) - Crédits : AURA-EE
Séance ClimaSTORY sur carte du territoire réel de la Communauté de communes Vallée de Chamonix Mont-Blanc (déc. 2022) - Crédits : AURA-EE 

Ces outils soutiennent les collectivités dans leurs projets pour les guider, impliquer les populations ou encore associer citoyens et entreprises. Ils comprennent aussi des instruments pour expliquer les évolutions de l’environnement et les chaînes de causalité.

Sur la période 2022-2025, ADAPTNOW est soutenu à hauteur de 1,5 million d’euros par le Fonds européen de développement régional (FEDER), via le programme Interreg Espace Alpin. Grenoble Alpes Métropole et l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) sont les partenaires du projet en France, tandis qu’Auvergne-Rhône-Alpes Énergie (AURA-EE) le pilote.

Quel avenir pour le douglas en Bourgogne ?

Compte tenu de sa croissance rapide et le bois durable et coloré qu’il fournit, le douglas est une espèce de pin massivement plantée en France, qui en est d’ailleurs le premier producteur européen. En Bourgogne-Franche-Comté, c’est l’une des premières essences de reboisement et il représente 7 % de la surface boisée et 36 % du volume récolté en bois d’œuvre résineux.

Introduit au XIXe siècle en Europe, le Douglas est une espèce de pin originaire des Etats-Unis– Crédits : Ashley_Minkus / iStock
Introduit au XIXe siècle en Europe, le Douglas est une espèce de pin originaire des Etats-Unis – Crédits : Ashley_Minkus / iStock

Aujourd’hui, le dérèglement climatique, les pics de chaleur et le déficit hydrique provoquent des dépérissements des peuplements. Mené entre 2020 et 2022, le projet “Changement climatique, quel avenir pour le douglas en Bourgogne” est une collaboration de plusieurs agences de recherche et d’étude sur la préservation des forêts. Il compte notamment parmi ses membres le Centre national de la propriété forestière (CNPF) ou encore l’INRAE.

Ces chercheurs ont établi un réseau de parcelles forestières de référence dans toute la région pour étudier les douglas : 49 dispositifs de mesure des arbres, 20 parcelles pour essayer des mélanges d’essences d’arbres ou encore 3 dispositifs pour étudier la provenance des douglas.

Sur la base de ces expérimentations, plusieurs synthèses ont été établies. Elles constituent des ressources pour guider les sylviculteurs face au changement climatique. Il est par exemple recommandé de pratiquer des mélanges d’essences d’arbres avec des espèces plus résistantes à la sécheresse, de diversifier l’origine des douglas pour assurer une diversité génétique au sein de la forêt, ou encore de conserver les branchages au sol plutôt que de les broyer.

Le projet, d’un coût total de 445 000 euros, a été soutenu à 20% par la Région Bourgogne-Franche-Comté et à 80% par le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER).

Life Artisan

Face au changement climatique, des solutions fondées sur la nature existent, visant à protéger, gérer ou restaurer les écosystèmes. Certaines d’entre-elles permettent de répondre à l’enjeu de l’adaptation au changement climatique. On les appelle les “solutions d’adaptation fondées sur la nature”. Leur impact va au-delà de protection de la biodiversité, car elles améliorent aussi les conditions de vie humaines.

Dans les territoires ultra-marins, les mangroves constituent par exemple une protection naturelle contre de nombreux aléas climatiques : les risques de submersion marine voire les cyclones. Les restaurer permet de protéger la biodiversité et les activités humaines.

En 2020, a débuté le projet Life ARTISAN. Il vise à accompagner et amplifier partout en France ces solutions d’adaptation, tout en sensibilisant les acteurs locaux à leur potentiel. L’initiative court jusqu’en 2027.

Life ARTISAN dispose ainsi de 13 réseaux d’animateurs, présents dans chaque région française pour soutenir les projets d’adaptation avec les acteurs locaux du climat et de la biodiversité. Des ressources pour aider les porteurs de projets sont actuellement à l’étude. Ces guides, fiches de retours d’expérience, études ou encore outils d’aide à la décision seront mis à disposition de tous par le Centre de ressources pour l’adaptation au changement climatique (CRAC), un service de l’Etat.

En outre, 10 projets pilotes sont mis en œuvre dans des territoires diversifiés. En Martinique par exemple, une extension de la mangrove doit aider le port de plaisance de Fort-de-France à s’adapter à l’élévation du niveau des océans. Une aide directe aux territoires peut non seulement être apportée, mais ces initiatives permettent aussi de tirer des leçons d’adaptation.

Pour couvrir tout le territoire national, l’Office français de la biodiversité (OFB), qui guide le projet, s’appuie sur 27 partenaires associés. L’initiative est dotée d’un budget de 16,7 millions d’euros, dont 60 % a été financé par LIFE, le programme européen pour le climat et l’environnement.

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