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Numérique : comment l'UE veut améliorer les compétences des Européens

Le numérique a pris une place prépondérante dans nos existences, au travail comme dans notre vie privée. Mais tous les Européens n’ont pas le même niveau de compétences pour en profiter pleinement. Un constat qui a poussé la Commission européenne à fixer des objectifs pour les dix prochaines années.

En 2020, 42 % des Européens ne maîtrisaient pas encore totalement les compétences numériques de base. Un constat qui pousse l'UE à vouloir former les citoyens sur le sujet - Crédits : Bet_Noire / iStock
En 2020, 42 % des Européens ne maîtrisaient pas encore totalement les compétences numériques de base. Un constat qui pousse l’UE à vouloir former les citoyens sur le sujet - Crédits : Bet_Noire / iStock

La pandémie de Covid-19 a mis en exergue le rôle joué par le numérique dans les sociétés contemporaines. Déjà omniprésent, il est devenu incontournable par la dématérialisation de nos vies professionnelles et sociales accélérée par la crise. A l’heure actuelle, “90 % de tous les emplois ont une composante numérique”, constatait en mai le commissaire européen à l’Emploi Nicolas Schmit, lors d’une interview accordée à la chaîne européenne Euronews. Pour s’adapter à cette nouvelle donne sur le marché du travail, mais également aux transformations de la vie quotidienne induites par le numérique, maîtriser un certain nombre de compétences plus ou moins avancées est devenu nécessaire.

Or dans ce domaine, les inégalités sont criantes : d’après le rapport 2020 de l’indice relatif à l’économie et à la société numériques (DESI) de la Commission européenne, 42 % des habitants de l’Union européenne ne disposent pas de compétences numériques de base. Ces dernières englobent une diversité d’aptitudes, comme envoyer ou recevoir un courriel, copier ou déplacer des fichiers, trouver de l’information sur internet… Et si rien n’est fait, la fracture numérique risque de s’accentuer.

Une “boussole numérique” pour l’Europe

Conscient des enjeux sociaux liés aux compétences numériques, l’exécutif européen a proposé, en mars 2021, de traduire les ambitions européennes sous la forme d’une “boussole numérique”, qui fixe 12 objectifs concrets et chiffrés. Le premier d’entre eux vise à doter 80 % des Européens de compétences numériques de base d’ici à 2030.

Les Etats membres de l’UE ont également adopté, lors d’un sommet organisé à Porto début mai, des objectifs en matière sociale pour la même échéance. En 2030, ce sont ainsi 60 % des adultes qui devraient suivre des activités de formation chaque année. Un seuil ambitieux en comparaison avec le dernier taux observé, à savoir 37 % en 2016.

L’adaptation des travailleurs à la révolution numérique est en outre couverte par le plan de relance européen : 20 % des programmes nationaux de relance doivent en effet être consacrés à la numérisation de l’économie, qui comprend une dimension de formation. La France a, par exemple, initié le recrutement de 4 000 conseillers numériques chargés d’organiser des ateliers pour former l’ensemble des Français demandeurs sur tout le territoire, de tous âges et de tous parcours professionnels. Spécialiste des enjeux numériques, Valéria Faure-Muntian, députée La République en marche à l’Assemblée nationale participait à la Paris Cyber Week, événement qui rassemble annuellement des experts du secteur. Interrogée à cette occasion par Toute l’Europe, l’élue porte un constat optimiste sur l’évolution des compétences numériques des citoyens : “Il y avait déjà une connaissance et une prise en compte des problématiques de formation aux compétences numériques. Des circuits de formation existaient [avant la crise], lesquels ont été alimentés de manière complémentaire pour offrir plus rapidement davantage de choix aux citoyens”.

La jeunesse au centre des attentions

Souvent plus familiers du numérique que leurs aînés, les jeunes Européens sont pourtant plus d’un sur cinq à ne pas disposer des compétences de base, indique la Commission européenne. Pour y faire face, l’institution a lancé un nouveau plan d’action en matière d’éducation numérique (2021-2027), dans lequel elle vise un renforcement des “aptitudes et compétences numériques pertinentes pour la transformation numérique”. Son premier volet, consacré à l’acquisition des “aptitudes et compétences numériques de base dès le plus jeune âge”, comprend l’enseignement d’une culture numérique – pour lutter contre la désinformation notamment –, ainsi que des moyens pour acquérir une “bonne connaissance et compréhension des technologies à forte intensité de données, telles que l’intelligence artificielle”.

Pour que ces compétences puissent être effectivement transmises, il convient aussi “de former les formateurs”, souligne Mme Faure-Muntian. “Si la personne présente pour former l’enfant aux compétences numériques de base ne les maîtrise pas elle-même, elle aura beaucoup de mal à les faire intégrer”, explique-t-elle. Le plan d’action européen évoque ainsi le renforcement d’initiatives telles que Teacher Academy d’Erasmus+, qui propose aux enseignants européens des cours en ligne pour adapter, entre autres, leur métier au numérique. Ou encore le lancement de SELFIE, un outil d’autoévaluation en lien avec les nouvelles technologies de l’éducation.

Améliorer les outils existants et en créer de nouveaux

Parmi les autres initiatives prévues figurent la mise à jour du cadre européen des compétences numériques, DigComp. Celui-ci vise à “soutenir les pays européens dans la conception de politiques, mesures, programmes et autres dispositifs favorisant le développement des compétences numériques”, décrit l’Observatoire compétences-emploi de l’Université du Québec, qui loue par ailleurs “sa rigueur, son exhaustivité et sa convivialité et les multiples usages auxquels il donne lieu, dont des outils d’autoévaluation des compétences”. La mise à jour de DigComp inclurait les compétences liées à l’intelligence artificielle et aux données, au cœur des développements de la révolution numérique.

Autre mesure au programme de la Commission européenne : la création d’un certificat européen de compétences numériques. Un document qui serait reconnu et accepté par les pouvoirs publics des Etats membres de l’UE, les employeurs et autres acteurs.

Une féminisation des spécialistes

Le second volet du plan d’action cible quant à lui la transmission de compétences numériques avancées. Il vise une augmentation du nombre de spécialistes du numérique, notamment chez les femmes. Un objectif repris par la “boussole numérique”, qui fixe à plus de 20 millions le nombre de spécialistes des technologies de l’information et de la communication (TIC) employés dans l’UE en 2030, avec une part plus importante de femmes.

Car les hommes sont aujourd’hui largement surreprésentés dans le secteur : selon le rapport DESI 2020, seulement 18 % des spécialistes des TIC en Europe sont des femmes. Un écart causé en partie par “une autocensure de la part des jeunes filles”, pointe Valéria Faure-Muntian, par ailleurs membre de l’organisation européenne Women4Cyber, qui milite pour que plus de femmes occupent des postes dans le domaine de la cybersécurité.

La diversité est indispensable”, prévient-elle, mettant en avant un enjeu démocratique : “si le numérique, c’est-à-dire le langage des usages de demain, n’est rédigé que par une seule typologie de personnes, un segment, celui-ci ne répondra qu’aux besoins de ces individus”. Pour la députée, il est donc “indispensable et impératif au travers de la pédagogie, de l’accompagnement et aussi du marketing de séduire d’autres typologies de personnes pour avoir plus de diversité dans l’industrie qui construit le monde de demain”.

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