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La Commission européenne présente un plan d’investissement massif pour les semi-conducteurs

L’exécutif européen a détaillé mardi 8 février les contours de son “Chips Act”, un plan d’investissement public de 42 milliards d’euros pour favoriser la production de semi-conducteurs en Europe. Et ainsi sécuriser l’approvisionnement de ces puces électroniques, cruciales pour l’économie du Vieux Continent.

Le développement et la miniaturisation croissante des puces électroniques nécessitent des investissements colossaux
Le développement et la miniaturisation croissante des puces électroniques nécessitent des investissements colossaux - Crédits : D-Keine / iStock 

Le plan présenté mardi 8 février est peut-être “le plus important programme de subvention jamais décidé par la Commission à destination d’un seul secteur industriel”, estime Wired Italia, cité par Courrier international.

Le “Chips Act” européen, qui prévoit 42 milliards d’euros d’investissements dans le domaine des semi-conducteurs, a pour objectif de “doter le Vieux Continent des capacités suffisantes pour peser sur l’échiquier mondial de ce secteur hautement stratégique” [Le Monde]. Car comme le souligne La Croix, ces puces électroniques se retrouvent “quasiment partout – des voitures aux cafetières électriques, en passant par les ordinateurs et autres smartphones”.

Bousculés par la crise sanitaire, “les Européens ont violemment pris conscience que, du jour au lendemain, leurs fournisseurs pouvaient arrêter de les servir”, constate Le Monde. Et “les pénuries, en ces temps de sortie de crise, n’ont pas contribué à les rassurer”, ajoute le quotidien. 

Une Europe moins dépendante

Via ce plan, “il s’agit de faire en sorte qu’autant de semi-conducteurs que possible soient fabriqués en Europe, en vue d’assurer sa souveraineté technologique”, résume La Croix.

L’objectif est ambitieux”, explique L’Usine nouvelle : “inverser le déclin de l’Europe en doublant son poids dans la production mondiale de puces à 20 % à l’horizon 2030, proche de son niveau dans les années 1990″. “Compte tenu du doublement du marché des semi-conducteurs attendu d’ici 2030, cela revient à quadrupler la production sur le sol européen en dix ans”, remarque l’hebdomadaire, qui y voit un “sacré défi”.

L’UE veut notamment réduire sa dépendance vis-à-vis de Taïwan, dont elle dépend “pour plus de la moitié de ses besoins” dans le secteur, comme l’a indiqué le commissaire européen au Marché intérieur Thierry Breton mardi 8 février [La Libre]. Avec une pénurie mondiale de puces électroniques qui a déjà “grandement ébranlé l’industrie européenne” [La Croix], “les tensions géopolitiques avec la Chine font craindre à l’Europe une catastrophe industrielle si les ponts devaient être rompus ou fermés” avec Taipei, notent Les Echos. “Si Taïwan n’était plus en capacité d’exporter, quasiment l’ensemble des usines du monde s’arrêteraient en trois semaines”, a ainsi mis en garde Thierry Breton, rapporte La Libre.

Deux volets

Les moyens se veulent à la hauteur de l’ambition. “Ce plan […] doit permettre aux Européens d’injecter 42 milliards d’euros d’investissements publics dans l’industrie des semi-conducteurs sur leur sol”, fait savoir Le Monde. Le “Chips Act” est divisé en deux volets. Le premier comprend 12 milliards d’euros venant pour moitié de la Commission et pour l’autre des Etats membres, qui doivent “financer, d’ici à 2030, la recherche dans les puces les plus innovantes et la construction de trois lignes pilotes sur lesquelles seront fabriqués des prototypes” [Le Monde].

D’un autre côté, Bruxelles autorisera 30 milliards d’euros d’aides publiques des Etats à des industriels du secteur. Ces subventions “d’un genre nouveau, ne tomberaient pas sous le coup du droit de la concurrence en Europe et ne seraient donc pas interdites par Bruxelles”, précise La Croix. Une manière de donner un coup de pouce au secteur, et de “faciliter l’implantation d’usines en Europe, en autorisant les Etats membres qui les accueilleraient à les subventionner largement à coup d’aides d’Etat, pour autant qu’il s’agisse de puces innovantes”, décrypte Le Monde. “Intel, qui devrait annoncer sous peu l’implantation de son usine européenne (probablement en Allemagne), pourrait par exemple bénéficier de cet argent public” [La Croix].

Avec ces aides publiques, La Commission espère par ailleurs entraîner des investissements privés. “Au total, d’ici à 2030, ce sont entre 90 milliards et 100 milliards d’euros qui devraient être investis dans les semi-conducteurs en Europe”, affirme un haut fonctionnaire cité par Le Monde.

Préférence européenne

Soucieuse de retenir là aussi les leçons de la crise du Covid-19, l’UE va également se doter d’outils spécifiques “pour peser sur un marché qui constitue désormais un enjeu géopolitique : le Chips Act autorisera l’UE, en cas de pénurie, à bloquer les exportations”, relatent Les Echos. Dès lors que ces aides européennes peuvent profiter à des entreprises étrangères, il s’agit de mettre en place “des garde-fous”, comme l’écrit Le Monde, pour qu’elles ne puissent pas livrer en priorité leur pays d’origine.L’Europe reste un continent ouvert, mais à ses conditions”, résume ainsi Thierry Breton [Le Monde].

Pour l’Union européenne, traditionnellement plus libérale sur les questions de concurrence, il s’agit d’une petite “révolution culturelle” [Les Echos], voire d’un “nouveau paradigme” [Le Monde] qui se dessine. Pour autant, tout n’est pas fait : “Berlin et La Haye restent hostiles à toute forme de protectionnisme et ne voient pas d’un bon œil la mise en place d’un mécanisme de contrôle des exportations”, analyse Le Monde. De même, “les ‘petits’ pays, qui redoutent qu’une politique industrielle ne serve d’abord les ‘grandes’ économies”, ne cachent pas leurs réticences, poursuit le quotidien. De potentielles divergences qui annoncent des “débats enflammés” [La Croix] autour du projet, qui va désormais faire l’objet de négociations avec le Parlement européen et les Vingt-Sept.

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