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Isabel Caño Aguilar (CESE) : “L’obésité infantile est un marqueur d’inégalités sociales flagrantes”

Que faire face à l’obésité infantile, phénomène à la prévalence inquiétante en Europe ? Co-rapporteuse d’un avis du Comité économique et social européen (CESE), Isabel Caño Aguilar détaille les mesures préconisées par l’organe représentant la société civile.

Ex-vice présidente du Comité économique et social européen, Isabel Caño Aguilar en est membre depuis 2010. Elle est également responsable du bureau à Bruxelles de l’Union générale des travailleurs (UGT), l’un des principaux syndicats espagnols - Crédits : Comité économique et social européen

Le surpoids et l’obésité infantiles constituent une problématique majeure de santé publique parmi les Etats membres de l’Union européenne. Un fléau aux causes multiples, pouvant être biologiques, mais aussi liées à nos modes de vie ou encore aux conditions sociales. Dans un avis réalisé à la demande de la présidence espagnole du Conseil et adopté le 13 juillet dernier, le Comité économique et social européen fait part de ses recommandations pour endiguer le phénomène. Isabel Caño Aguilar, co-rapporteuse du texte avec Josep Puxeu Rocamora, insiste sur la nécessité de coordonner les politiques de santé des Vingt-Sept.

Toute l’Europe : L’avis adopté le 13 juillet viendra alimenter les travaux de la présidence espagnole du Conseil de l’UE. Pourquoi l’Espagne vous a-t-elle demandé de travailler sur ce sujet en particulier ? 

Isabel Caño Aguilar : Tout le programme de travail de la présidence espagnole a eu comme point de départ les droits humains et les inégalités. En ce qui concerne le droit à la santé, l’obésité chez les enfants et les adolescents est un marqueur d’inégalités sociales flagrantes. C’est pourquoi la nouvelle présidence a demandé un avis sur la question. Et l’Espagne est l’un des trois pays européens les plus touchés par ce phénomène.

En quoi l’obésité chez les enfants est un problème de santé prégnant dans l’Union européenne ?

De manière générale, les chiffres sont assez inquiétants en Europe. Une étude de l’OMS indique que 29 % des enfants entre 7 et 9 ans présentent un excès de poids. 12 % d’entre eux sont atteints d’obésité. On remarque aussi que les chiffres sont plus élevés chez les garçons que chez les filles, peu importe la tranche d’âge.

L’obésité est un facteur de risques dans le développement de maladies non transmissibles. Les enfants en surpoids ou obèses ont plus de risques de développer des maladies cardiovasculaires, ou bien des troubles psychologiques qui affectent la qualité de vie et le bien-être. A long terme, cela induit aussi une augmentation des dépenses de santé des Etats.

La sédentarité imposée par la pandémie de Covid-19 a-t-elle aggravé cette situation ? 

Nous avons tendance à réduire les causes de l’obésité infantile au manque d’activité physique et à une mauvaise alimentation, qui jouent effectivement un rôle. Mais on sait aussi qu’il existe des causes biologiques, ainsi que des déterminants sociaux.

La pandémie a aggravé cette tendance, avec une sédentarité et un temps d’écran plus importants, mais ce n’est pas un phénomène nouveau. L’UE avait d’ailleurs établi un plan d’action sur la période 2014-2020, que nous appelons à renouveler. En tant que rapporteuse, j’ai voulu que cette question des inégalités sociales soit quelque chose de clairement établi dans notre avis, car il faut s’attaquer à la racine des problèmes. Nous savons que les enfants issus de foyers avec des faibles revenus sont plus susceptibles d’être confrontés à l’obésité. Les causes sont multiples : les bas salaires et l’inflation alimentaire, l’aménagement de certains quartiers qui ne permet pas une mobilité active…

Pourquoi est-il important de renouveler le plan d’action 2014-2020 ?

Depuis près de dix ans, le plan a déjà porté ses fruits et nous a permis de mieux appréhender ce problème de santé publique. Mais nous devons aller vers quelque chose de plus ciblé. La science et l’innovation dans le domaine de la santé ont encore progressé. Ce qui doit être pris en compte pour actualiser cette stratégie. Notre avis a par ailleurs été adopté à l’unanimité lors de la session plénière de juillet. C’est un signal fort donné par le CESE à la présidence espagnole du Conseil, un élan de la société civile pour renouveler ce plan d’action européen.

Les causes de l’obésité sont multifactorielles. De quels leviers l’UE dispose-t-elle pour faire face à ce phénomène ?

L’avis évoque six environnements pour lesquels des mesures très concrètes et ciblées sont proposées : la famille, le milieu scolaire, les espaces de loisirs urbains, l’environnement numérique et audiovisuel et celui de la santé. Il est important d’harmoniser les politiques des pays membres en exportant les bonnes pratiques de chacun : reformulation des aliments transformés [modification de leur composition pour en réduire la nocivité NDLR], réduire la TVA sur les produits considérés sains, amélioration de l’accès aux soins de santé… Il y a aussi tout un volet ayant trait à la santé psychologique, avec des mesures pour éviter la stigmatisation et les rapports négatifs au corps.

Nous avons également demandé dans notre avis à ce que la Commission européenne agisse pour une plus grande harmonisation entre Etats membres. Car il existe une disparité de critères retenus pour identifier l’obésité au sein de l’UE. Certains pays mettent l’accent sur alimentation, d’autres sur l’activité physique. Certains responsabilisent les familles, d’autres demandent des systèmes publics d’éducation plus performants… Il faudrait donc se mettre d’accord sur des mesures vraiment efficaces partout en Europe.

Nous appelons enfin à la création d’un cadre plus élaboré. Par exemple, en ce qui concerne le programme de l’UE en matière d’éducation à l’alimentation dans les écoles, qui consiste notamment en une distribution de fruits et légumes ou encore de produits laitiers. C’est une très bonne initiative, mais on constate une certaine complexité administrative dans son application.

La coordination des politiques de santé au niveau européen a donc un rôle clé à jouer dans la lutte contre l’obésité infantile ?

Oui. Nous en avons eu la preuve lors de la pandémie de Covid-19 quand la Commission européenne a établi des critères pour la vaccination, et mis en place des achats groupés de vaccins entre Etats membres. On dit que l’Union européenne est lente, mais on a là un très bel exemple de coordination. Les Vingt-Sept doivent collaborer pour détecter, préparer et réagir collectivement afin de mieux protéger la santé des citoyens.

L’espace européen des données de santé, par exemple, donne accès aux chercheurs européens à une quantité énorme d’informations, qui permettrait de mieux connaître le phénomène de l’obésité infantile et de mieux cibler la réponse.

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