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Galileo, le programme européen de géolocalisation

Face au système américain de radionavigation par satellite, le fameux GPS, l’Union européenne a reconnu l’importance stratégique de posséder son propre système. Elle a ainsi mis en place un programme spécifique, Galileo. Opérationnel depuis 2016, il sera complété à l’avenir par une nouvelle génération de satellites.

Les satellites artificiels de Galileo sont mis en orbite par les fusées Soyouz et Ariane
Les satellites artificiels de Galileo sont mis en orbite par les fusées Soyouz et Ariane - Crédits : ESA / P. Carril

Le rôle de la radionavigation par satellite

La radionavigation par satellite permet de déterminer à tout moment et avec précision la position d’une personne ou d’un véhicule. Cette technologie de pointe fonctionne au moyen de récepteurs pouvant recevoir les signaux émis depuis différents satellites. Elle est utilisée dans un grand nombre de secteurs économiques, tels que l’automobile, la téléphonie mobile, la sécurité civile ou le secteur bancaire.

Contrairement aux systèmes américain GPS et russe Glonass, financés et contrôlés par des autorités militaires, Galileo a principalement été conçu pour un usage civil, notamment dans les :

  • transports (contrôle du trafic aérien, des réseaux routiers et ferroviaires, suivi des marchandises….) ;
  • services sociaux (par exemple l’aide aux handicapés ou aux personnes âgées) ;
  • services douaniers et justice (localisation des suspects, contrôles aux frontières) ;
  • travaux publics (systèmes d’information géographique) ;
  • systèmes de recherche et de sauvetage.

Un projet initié par l’Union européenne

Le 10 février 1999, la Commission européenne a rendu public le projet Galileo. Après quelques années de négociations, le système développé en collaboration avec l’Agence spatiale européenne (ESA), voyait officiellement le jour après un accord le 26 mai 2003. Son objectif est alors de mettre en orbite 30 satellites, dont certains de réserve, pour couvrir la totalité du globe à une altitude d’environ 23 000 kilomètres. Aujourd’hui, celui-ci a été revu à la hausse avec 38 engins spatiaux. Actuellement, 26 satellites forment cette constellation et une vingtaine sont opérationnels. Un réseau de stations de contrôle au sol pilote par ailleurs Galileo.

Une précision supérieure au GPS

Galileo permet à l’Union européenne de disposer d’un système plus précis, fiable et sécurisé que le GPS qui, selon l’Agence spatiale européenne, offrait des performances en demi-teinte (manque de précision, couverture aléatoire des régions situées à de hautes latitudes, ruptures de signal…).

Trois à cinq fois plus précis, il est capable de localiser un objet partout sur Terre à un mètre près. Des performances que n’atteignent pas toutefois les services gratuits destinés au grand public. Galileo est également capable de dater les événements au milliardième de seconde, rendant un appel de détresse visible en temps réel de n’importe où sur le globe.

Afin que les utilisateurs puissent recevoir des signaux GPS et Galileo sur un même récepteur, des standards communs aux deux systèmes ont été établis. Après s’être opposés au projet européen, les Etats-Unis ont accepté de signer, le 26 juin 2004, un accord avec l’UE garantissant la compatibilité entre Galileo et GPS. Il existe par ailleurs une interopérabilité avec les systèmes russe Glonass et chinois Beidou.

Un avantage stratégique

Galileo doit permettre à l’Union européenne d’acquérir une indépendance technologique par rapport aux Etats-Unis, comme elle a pu le faire dans le domaine de l’aviation (Airbus) et le secteur aérospatial (Ariane). En outre, il représente un enjeu économique majeur pour l’UE.

A ce jour, plus de 870 modèles de téléphones portables et tablettes, parmi les plus répandus, peuvent utiliser Galileo. L’Agence de l’UE pour le programme spatial (EUSPA) estime qu’environ 2,4 milliards de smartphones compatibles avec Galileo ont été vendus à ce jour. Le système contribue également à diverses applications, notamment le service recherche et sauvetage pour les bateaux et avions en détresse. Enfin, il promet d’accompagner les véhicules autonomes et les objets connectés.

De 1999 au Galileo “nouvelle génération”

Initié au début des années 2000 et opérationnel depuis la fin 2016, Galileo devait initialement atteindre le maximum de ses capacités en 2020.

Le programme a été divisé en quatre temps :

  • une phase de définition (1999-2001) a permis d’élaborer l’architecture du système et de fixer les services offerts ;
  • une phase de développement des satellites et des équipements terrestres du système et de validation en orbite (2002-2005) ;
  • une phase de déploiement avec la construction et le lancement des satellites ainsi que la mise en place complète de la partie terrestre de l’infrastructure ;
  • une phase d’exploitation (2013-2020) comprenant la gestion du système ainsi que son entretien et son perfectionnement constant.

Un projet retardé

Le projet Galileo a accumulé un grand retard, l’exploitation commerciale étant à l’origine prévue pour 2008. D’après la Cour des comptes européenne dans un rapport en 2009, celui-ci serait dû à la fois à un échec des structures de gouvernance, mais aussi à un financement inadéquat, notamment en ce qui concerne la participation du secteur privé. Aussi, en novembre 2007, l’idée d’un partenariat public-privé pour le financement de Galileo a été abandonnée. Il a été décidé de lui substituer un financement intégral par le budget européen.

Un accord a été trouvé en avril 2008 entre le Conseil et le Parlement européen sur le financement du projet, permettant d’acter que les 2,4 milliards d’euros nécessaires jusqu’en 2013 soient puisés dans le budget européen. L’accord a été entériné par le Parlement européen.

Les lancements

Deux contrats industriels ayant été signés le 22 juin 2011, les premiers satellites de Galileo ont été lancés en octobre 2011 depuis Kourou, en Guyane, grâce au vaisseau spatial russe Soyouz. Deux autres ont suivi en octobre 2012.

Pendant deux ans, la mise en orbite des satellites, chaque fois par paquet de deux, s’est poursuivie sans difficultés. Seulement en 2014, les satellites numérotés 5 et 6 de la constellation Galileo ont été propulsés sur le mauvais orbite. Selon l’Agence spatiale européenne, il s’agissait d’un problème de qualité sur un composant technique des horloges au rubidium, qui peut provoquer un court-circuit. Une erreur corrigée un an plus tard après la réassignation des deux appareils.

Le 22 juin 2017, la Commission européenne a signé un nouveau contrat, d’un montant de 300 millions d’euros, avec la société OHB-system portant sur la fourniture de huit nouveaux satellites. Ces derniers ont été prévus afin de compléter l’ensemble de la constellation Galileo. Le lancement de quatre nouveaux satellites a eu lieu le 12 décembre 2017 depuis une fusée Ariane 5 puis le 25 juillet 2018.

Les 12 derniers satellites de première génération (troisième lot) vont commencer à rejoindre les 26 unités actuellement en orbite. Début décembre 2021, deux autres sont lancés avec une fusée russe depuis Kourou, en Guyane.

En mai 2021, l’Agence spatiale européenne a annoncé avoir signé deux contrats avec Airbus et Thales pour la construction de 12 nouveaux satellites “nouvelle génération”. Ils devraient coûter près de 1,5 milliard d’euros. “Grâce à l’amélioration de la précision, la nouvelle génération devrait être en mesure d’offrir à tous un positionnement précis à l’échelle du décimètre”, explique l’institution. Plus grands que les installations actuellement en orbite autour de la Terre, ils utiliseront pour la première fois la propulsion électrique et doivent améliorer les performances en matière de rapidité et de consommation d’énergie. Les premiers lancements sont pour l’instant prévus en 2024.

Quelle structure ?

Le programme Galileo appartient à l’Union européenne, qui le finance. La Commission européenne, en sa qualité de responsable de l’ensemble du programme, assure la gestion et la supervision de la mise en œuvre de toutes les activités afférentes. L’Agence de l’Union européenne pour le programme spatial (EUSPA) est chargée de mettre en œuvre la politique de l’UE en matière d’espace. Elle assure la promotion, la sécurité, l’exploitation et la fourniture des services correspondants de Galileo depuis 2021.

Le déploiement de Galileo, la conception et le développement de systèmes de nouvelle génération ainsi que le développement technique de l’infrastructure sont confiés à l’Agence spatiale européenne (ESA). Les phases de définition, de développement et de validation en orbite (IOV) du programme Galileo ont été conduites par l’ESA et financées conjointement par l’ESA et la Commission européenne.

Sur les 14,9 milliards d’euros de l’UE consacrés au secteur de l’espace sur la période 2021-2027, environ 8 milliards doivent être fléchés vers Galileo.

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