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Formation professionnelle : "Nous avons voulu élaborer un véritable statut de l'apprenti au niveau européen"

Avec l’augmentation substantielle du budget alloué à Erasmus+ pour la période 2021-2027, le programme devrait profiter à des publics jusqu’ici moins concernés par les mobilités. Parmi eux, les jeunes de l’enseignement et la formation professionnels, dont les filières font également l’objet d’une recommandation adoptée en décembre dernier destinée à les valoriser et les moderniser. L’eurodéputée Ilana Cicurel (Renew Europe) revient sur ces avancées et les espoirs qu’elles suscitent en termes d’insertion professionnelle.

Profitant du départ des députés britanniques, Ilana Cicurel (Renew Europe) a pris ses fonctions au sein du Parlement européen au mois de février 2020
Profitant du départ des députés britanniques, Ilana Cicurel (Renew Europe) a pris ses fonctions au sein du Parlement européen au mois de février 2020 - Crédits : Eric Vidal / Parlement européen
Elue en 2019, Ilana Cicurel a attendu le mois de février 2020 et le départ des députés britanniques pour débuter son premier mandat d’eurodéputée au sein du groupe Renew. Ancienne journaliste et avocate, elle est membre de la commission de la Culture et de l’éducation au Parlement européen.



Toute l’Europe : En décembre dernier, en tant que rapporteuse de votre groupe, vous avez présenté une proposition de recommandation en matière d’enseignement et de formation professionnels (EFP) devant le Parlement européen. Quelles idées défendiez-vous avec ce texte ?

Ilana Cicurel : Tout d’abord, je tiens à souligner que les débats autour de cette résolution ont mis en lumière une vraie volonté politique de valoriser l’enseignement et la formation professionnelle (EFP) au sein du Parlement européen, et l’idée qu’il s’agit d’une voie d’excellence qui conduit vers l’emploi dans des secteurs porteurs en période de crise, et non d’une voie “par défaut” . Dans ce contexte, cette résolution a justement pour but de moderniser la voie professionnelle. Pour y parvenir, nous demandons notamment un développement des centres d’excellence de l’enseignement et de la formation professionnels financés par l’Union européenne. Ces structures sont des plateformes qui auront pour but d’introduire une dynamique de partenariat entre des centres de formation de différents pays européens. Avec ce texte, nous avons également voulu élaborer un véritable statut de l’apprenti au niveau européen, qui permet de faciliter la mobilité, un facteur important pour valoriser cette voie.

Avez-vous observé des progrès ces dernières années sur la question de la mobilité des apprentis ?

Nous avons constaté une grande progression de cette mobilité en France. Entre 2014 et 2020, 40 000 alternants sont partis en mobilité, soit une moyenne de 6 000 bénéficiaires par an et 9 000 rien que pour l’année 2019 [contre seulement 6 800 en 2017]. Je note également une amélioration dans le budget du programme Erasmus+ qui vient d’être voté [environ 26 milliards d’euros pour la période 2021-2027, contre 14,7 pour l’exercice précédent], et plus particulièrement sur l’enveloppe consacrée à la mobilité pour l’enseignement et la formation professionnels (EFP) de l’ordre de 4,42 milliards, soit une très nette progression. Dans les actions décentralisées de la Commission européenne, je retiens également un soutien d’au moins 400 millions d’euros prévus pour les centres d’excellence de l’EFP.

Cette évolution est très positive car la mobilité présente de nombreux avantages pour les jeunes. Ils réalisent de grands progrès en langues et prennent confiance en eux. Ils rentrent absolument transformés même lorsque cette expérience ne dure seulement que trois ou quatre semaines. C’est un véritable déclic pour eux puisqu’ils trouvent ensuite plus facilement du travail et peuvent accéder plus aisément à certains postes. C’est déjà une tendance positive, mais nous voulons passer à de la mobilité longue. Elle existe mais reste marginale car il y a des freins d’ordre juridique, par rapport à la reconnaissance des diplômes notamment. Il y a donc un effort à faire pour se mettre autour de la table et identifier les freins à la mobilité.

Par quels moyens l’Union européenne peut-elle faciliter ces mobilités longues ?

L’idée serait d’arriver à un statut européen de l’apprenti, qui se déclencherait automatiquement lorsque les bénéficiaires partent pour deux ou trois mois. Les jeunes retrouveraient ensuite leur statut juridique initial. Il ne s’agit donc pas d’harmoniser les statuts des apprentis à travers l’Europe mais d’en créer un unique, spécialement conçu pour cette période de mobilité. Par ailleurs nous voudrions mettre en place un processus de Bologne [processus de rapprochement des systèmes d’études supérieures européens initié en 1998 et qui a conduit à la reconnaisse des diplômes en Europe] pour la voie professionnelle. C’est un point essentiel pour réussir à mettre sur un pied d’égalité les voies professionnelle et universitaire. Pour répondre notamment à cet engouement au sein du Parlement européen, j’ai pris l’initiative de créer en décembre dernier un groupe transnational, transpartisan et baptisé “l’Alliance des parlementaires pour la voie professionnelle” .

Au-delà de l’aspect professionnel et de l’intérêt pour les entreprises de recruter ces jeunes, il y a un enjeu politique : leurs parents, leurs familles pensent que l’Europe n’est pas pour eux. Nous voulons leur montrer qu’elle est aussi à leur service. A mon niveau, j’ai créé un collectif citoyen “je m’engage pour l’école” pour justement aller à la rencontre de ces publics. Une fois qu’un enfant est parti en mobilité, c’est toute sa famille qui en bénéficie. Je constate comment les jeunes rentrent transformés de ces expériences.

La crise sanitaire a aggravé le taux chômage des jeunes de moins de 25 ans, alors qu’il était déjà largement supérieur à ceux des autres catégories d’âge. Considérez-vous que l’apprentissage et la formation professionnelle sont des moyens de lutter contre ce phénomène ?

J’en suis intimement convaincue. Il existe aujourd’hui une déconnexion entre les emplois dans les secteurs porteurs comme le care ou le numérique en Île-de-France et les formations qui y conduisent. Il est évident que la voie professionnelle y répond très souvent. L’esprit de cette résolution est de donner à ces jeunes la capacité de répondre à l’évolution rapide du marché du travail. La voie professionnelle mène à l’emploi et la mobilité des jeunes conduit à l’adaptabilité. Cette souplesse est la clé pour s’adapter aux métiers de demain, en sachant qu’aujourd’hui un jeune n’exerce plus un seul métier dans sa carrière, comme les précédentes générations. Quand un jeune est parti en mobilité, même courte, les entreprises savent qu’il fera preuve d’adaptabilité.

L’apprentissage et la formation professionnelle requièrent une présence physique plus importante que d’autres formes d’enseignement. Pensez-vous que la crise sanitaire aura un impact sur les vocations ?

Cette pandémie a deux effets. D’une part elle rend difficile la réalisation des stages. Pour répondre à cette problématique, on constate une augmentation du recours aux stages hybrides. Des outils ont été développés, permettant, même pour des métiers manuels, d’apprendre à distance.

L’autre aspect est que les entreprises rencontrent des difficultés, compliquant le recrutement des apprentis. Mon analyse est que la voie professionnelle est très adaptée pour répondre à la crise car elle a cette souplesse. Il y a d’ailleurs eu en France une volonté politique d’accompagner et de compenser cet effet par des primes d’encouragement à engager des apprentis.

Retrouvez l’intervention en vidéo d’Ilana Cicurel en séance plénière à Bruxelles, le 15 décembre 2020 :

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