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Economie : le “modèle allemand” à la dérive

Ce lundi 15 janvier, l’office fédéral allemand des statistiques a annoncé que le PIB avait chuté de 0,3 % en 2023, plaçant l’économie allemande dans le rouge. Régulièrement érigée comme un modèle de réussite, l’Allemagne accumule désormais des difficultés alarmantes.

La production industrielle, moteur de l’économie allemande, a baissé en novembre pour le sixième mois consécutif - Crédits : Traimak_Ivan / iStock

Trois ans après la grosse récession provoquée par le Covid-19, l’économie allemande boit à nouveau la tasse” [RFI]. Ce lundi 15 janvier, l’office allemand des statistiques Destatis a annoncé que le PIB allemand “s’est contracté de 0,3 %” en 2023 [Le Monde]. Comparé aux autres économies avancées, qui ont en moyenne connu une croissance de 1,5 % l’an passé, le pays “a été l’économie majeure la moins performante l’année dernière”, constate le Financial Times.

L’Allemagne est particulièrement affaiblie au niveau de son industrie, “qui assure environ un quart de la création de richesse”, analyse Le Monde. En 2023, “la production de produits manufacturés s’est repliée de 2 %” et dans les secteurs allemands en pointe, comme la chimie et la sidérurgie, la production est même “inférieure de presque 20 % par rapport à leur niveau de 2021″, souligne le journal du soir.

Cette nouvelle a fait grand bruit et de nombreux médias comme Le Figaro ou la Deutsche Welle se sont empressés de titrer sur la “récession” allemande. Mais, comme le rappelle le Tagesschau, les économistes parlent de récession “lorsqu’il y a deux trimestres consécutifs de baisse de la production économique”, ce qui n’est pas le cas, seul le dernier trimestre de 2023 ayant été négatif après une année de stagnation. Une précision apportée également par Les Echos.

Exports, consommation et investissements à la peine

Plusieurs éléments expliquent ces résultats. D’abord, l’Allemagne dépend pour beaucoup de ses exportations. Ces dernières représentant “la moitié du produit intérieur brut”, soulignent Les Echos. Or, le contexte international est peu propice aux affaires : “la crise du coronavirus a été suivie par l’attaque russe contre l’Ukraine en février 2022, qui a temporairement provoqué une hausse spectaculaire des prix de l’énergie et des denrées alimentaires”, liste le Tagesschau. Et plus récemment, “le conflit au Moyen-Orient suscite de nouvelles incertitudes”, poursuit le média allemand. Ainsi, “le grand secteur manufacturier allemand, axé sur l’exportation, a été touché par la perte d’énergie russe bon marché et le ralentissement de la demande chinoise”, explique le Financial Times.

Ensuite, “l’inflation est […] repartie à la hausse en décembre, à 3,7 %”, note La Tribune. Après avoir atteint “plus de 11 % fin 2022″ [Financial Times], l’inflation s’est élevée à “5,9 % en moyenne sur l’année 2023″ [Le Monde]. Avec “la hausse des factures d’énergie et des coûts d’emprunt”, les ménages ont été contraints de diminuer leurs dépenses, abonde The Guardian. En 2023, “la consommation des ménages a diminué de 0,8 %”, poursuit le journal.

Enfin, les investissements sont eux aussi en berne. Après l’avoir augmenté dix fois, “la Banque centrale européenne (BCE) a laissé son taux directeur inchangé à 4,5 %”, rappelle le Tagesschau. Or, “des taux d’intérêt plus élevés signifient des coûts de financement plus élevés pour les entreprises, ce qui freine les investissements”, détaille le média. De plus, des économistes comme ceux de l’Institut de macroéconomie et de recherche économique (IMK) de la Fondation syndicale Hans Böckler, dénoncent l’austérité pratiquée par le gouvernement allemand. Interrogés par le Spiegel, ils considèrent que le frein à l’endettement, une règle budgétaire allemande, “rend plus difficiles les investissements importants dans la protection du climat et les infrastructures”. En 2023, “les dépenses publiques ont [ainsi] diminué de 1,7 %”, rapporte Le Guardian.

2024 ne s’annonce guère mieux

Alors que “le pays broie du noir depuis la guerre en Ukraine”, les économistes sont partagés quant à l’avenir du pays, estiment Les Echos. Le quotidien liste les différentes prédictions : “si l’institut économique IW, Commerzbank et la Deutsche Bank prévoient un recul du PIB allant jusqu’à 0,5 % en 2024, le reste des experts tablent sur une croissance de 0,5 % à 0,9 %”. Les institutions internationales sont quant à elles plutôt confiantes, l’OCDE et le FMI annonçant une croissance “de respectivement 0,6 % et 0,9 %”.

Toutefois, les événements récents pourraient leur donner tort. La Cour constitutionnelle allemande vient d’interdire les fonds étatiques hors bilan, laissant un trou de “60 milliards d’euros” dans le budget du gouvernement, rappelle le Financial Times. Cette décision a conduit le gouvernement à réduire “ses projets de dépenses” et plusieurs analystes à revoir “à la baisse leurs prévisions”, poursuit le quotidien.

De plus, “l’économie ne croît plus et les investissements d’avenir diminuent. Il en résulte des conflits” politiques dans tout le pays, déplore Ulrich Kater, chef économiste à la banque DekaBank dans Le Monde.

Pour Carsten Brzeski, responsable mondial de la recherche macro à la banque néerlandaise ING, 2024 sera à l’image de 2023. “Il n’y a pas de rebond imminent en vue et l’économie semble prête à traverser la première récession de deux ans depuis le début des années 2000″ explique-t-il au Guardian.

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