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Europe story [Podcast]

[Podcast] Comment l'Union européenne encadre et sécurise les produits alimentaires ?

Pour ce numéro d'Europe story, l'histoire des aliments, avant qu'ils arrivent dans notre assiette. Comment sont-ils contrôlés en Europe ? Pourquoi y a-t-il encore des scandales... ? Marie Guitton (Toute l'Europe) et Antoine Lheureux (Bulle Média) retracent les étapes qu'un aliment doit franchir avant d'arriver dans nos rayons.

Pour ce numéro d’Europe story, l’histoire des aliments, avant qu’ils arrivent dans notre assiette. Comment sont-ils contrôlés en Europe ? Pourquoi y a-t-il encore des scandales ? Dans ce dossier, le rôle de l’Union Européenne, c’est d’encadrer la sécurité des aliments qui circulent en Europe. Elle le fait à travers ce qu’on appelle des normes. Et on entend dire ici ou là que ces normes, elles sont parmi les plus strictes du monde est-ce que c’est vrai, ou faux ?

C’est vrai. En principe en Europe, tout ce qui arrive dans notre assiette a suivi un protocole bien encadré. Qu’il s’agisse des denrées qui sont produites sur le territoire européen ou d’aliments importés de l’extérieur, comme les quelque 13 000 tonnes de bœuf qui sont arrivées des Etats-Unis en 2019.

Les États membres essayent d’harmoniser leurs normes nationales depuis la création de la politique agricole commune, c’est là que l’histoire a démarré, en 1964.

Mais c’est surtout au début des années 2000, après plusieurs grandes crises, comme celle de la vache folle, que l’encadrement de l’UE s’est intensifié.

On vient d’entendre un extrait de Soir 3, diffusé en 1996. Donc Marie, tu dis que les normes alimentaires et sanitaires sont de plus en plus harmonisées en Europe ?

Oui. Un grand règlement européen a été adopté en 2002 pour encadrer, dans tous les États membres, toutes les étapes de la chaîne alimentaire. A partir de là, il y a eu plein de petits ajouts : sur la façon de nourrir les animaux. De filtrer le lait pasteurisé. Ou encore d’étiqueter les produits.

En 2002, une Autorité européenne de sécurité des aliments a aussi été créée. Pour évaluer les OGM ou les additifs alimentaires avant leur mise sur le marché. Et puis enfin et surtout, des grands principes ont été édictés : que toutes les denrées soient traçables. Et que des contrôles soient réalisés à chaque étape.

Ok, ça c’est important, donc arrêtons-nous sur ces contrôles. Qui les effectue ?

D’abord, les exploitants eux-mêmes, de l’agriculteur au distributeur. Des contrôles sont prévus sur le matériel, les matières premières ou les produits finis. Par exemple pour s’assurer qu’il n’y a pas trop de résidus de pesticides dans les aliments.

Ensuite, les autorités de chaque pays. En France par exemple, la direction générale de l’alimentation a effectué près de 90 000 contrôles en 2018.

Enfin, les services de l’Union européenne mènent chaque année environ 200 inspections et audits dans les États membres, mais aussi dans les pays tiers, qui exportent vers l’UE.

Bon si j’ai bien compris, dans ce processus, l’Union Européenne fait office de 3e cran de sûreté (après les exploitants et les Etats membres). C’est un garde-fou supplémentaire, qui tente de repérer les faiblesses des systèmes nationaux.

Oui et ce qu’on constate, quand on regarde les rapports de l’Union européenne, c’est que les autorités nationales manquent souvent de moyens - humains et financiers.

Et alors, qu’est-ce qu’on fait quand on a un doute ?

Si une anomalie est constatée, les exploitants et les autorités nationales ont le devoir de retirer l’aliment de la chaîne.

En cas de doute dit raisonnable, sur un produit ou sur la qualité des contrôles opérés, il existe ce qu’on appelle le principe de précaution. Chaque État membre ou les services de l’UE peuvent réagir proportionnellement au risque encouru.

Je te donne un exemple : en 2019 en Pologne, des journalistes ont révélé un scandale de viande avariée. Les services de l’UE ont activé un système d’alerte européen qui a permis de rappeler rapidement la viande qui avait été distribuée dans une dizaine de pays de l’Union. La quasi-totalité des stocks a été retrouvée et détruite.

De la viande avariée en Pologne…. On se souvient aussi de la crise de la vache folle dans les années 90 et d’une grande fraude à la viande de cheval en France en 2013. Donc au final, toutes ces normes européennes et ces contrôles, est-ce que ça marche ?

On peut répondre par un oui mais.

Oui parce que par exemple, au début des années 2000, on a interdit aux exploitants de nourrir les bêtes avec des protéines animales. Depuis, il n’y a quasiment plus aucun cas de vache folle en Europe.

Autre exemple : des programmes européens pour contrôler les volailles ont été instaurés en 2003. Cinq ans plus tard, les cas de salmonellose chez l’homme, une bactérie qu’on peut attraper en mangeant des œuf crus ou mal cuits par exemple, ont été divisés par deux.

Mais attention ! Cette baisse a atteint un palier : la salmonellose reste la 2e maladie d’origine alimentaire la plus répandue dans l’UE.

Et puis il y a des défaillances lors des contrôles, parfois liées au manque de moyens évoqué tout à l’heure. Et il y a aussi parfois des fraudeurs.

Bon, pour continuer à vous raconter l’histoire des aliments avant qu’ils arrivent dans votre assiette, passons aux produits importés, les produits qui entrent dans l’UE depuis l’extérieur. Comment sont-ils contrôlés ?

Eh bien les normes européennes sont les mêmes pour tous les produits. L’Union mène donc aussi des inspections hors d’Europe ; pour évaluer certaines demandes d’exportation.

Et avant d’entrer sur le marché européen, les produits importés sont contrôlés par les importateurs, et par les États membres. En France, près de 100 000 lots à l’importation ont été inspectés par les autorités en 2018. La traçabilité est systématiquement vérifiée et, en fonction des risques, des analyses sont faites.

Donc même parmi les aliments qui arrivent d’Amérique du nord par exemple, on ne peut pas retrouver dans nos assiettes du boeuf nourri aux hormones de croissance ou du poulet lavé au chlore ?

En principe, non. On a entendu dire que ces marchandises pourraient être autorisées à l’avenir, si on signait un accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Mais à ce stade, en tout cas, les normes européennes sont claires : les animaux nourris aux hormones de croissance sont interdits à la consommation depuis 1981 dans l’Union européenne. La volaille traitée au chlore est interdite depuis 1997. Et il y a peu de chance que ça change. Par exemple, l’accord de libre-échange qu’on a signé avec le Canada n’a pas mis fin à l’interdiction du saumon transgénique en Europe.

On vient d’entendre le président français Emmanuel Macron en 2018. Alors dernière question Marie : les autorités défaillantes, et les fraudeurs, ils sont sanctionnés ?

Ils peuvent l’être. Aux Pays-Bas, des éleveurs ont attaqué l’Etat en 2019. Ils reprochent aux autorités sanitaires de ne pas les avoir avertis de la dangerosité d’un produit utilisé dans les poulaillers. L’Union européenne lance aussi parfois des procédures d’infraction contre les Etats membres qui ne respectent pas les normes. Enfin, des exploitants sont régulièrement poursuivis. En France, après le scandale de la viande de cheval en 2013, quatre responsables français et néerlandais ont été condamnés : jusqu’à 2 ans de prison ferme.

Voilà pour l’histoire des contrôles des aliments. Si vous avez un doute la prochaine fois que vous coupez votre steack ou piochez vos petits pois, rappelez-vous que les normes européennes se sont multipliées depuis le début des années 2000, pour encadrer toute la chaîne agroalimentaire dans l’UE. En principe, des contrôles sont effectués à chaque étape. Les denrées importées, elles, sont contrôlées à leur entrée dans l’Union. Il peut bien sûr y avoir des négligences et des fraudes. Mais les standards européens figurent tout de même parmi les plus élevés du monde.

Retrouvez ce podcast sur 20 Minutes et toutes nos plateformes d’écoute.

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