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L'Europe au défi du renouvellement des agriculteurs

Face au vieillissement des agriculteurs et malgré un besoin de main-d’œuvre en baisse avec l’augmentation de la taille des exploitations, la question du renouvellement générationnel de la profession devient l’un des principaux enjeux pour l’avenir du secteur sur le continent.

Selon l'Insee, plus d'un agriculteur français sur deux est âgé de 50 ans ou plus
Selon l’Insee, plus d’un agriculteur français sur deux est âgé de 50 ans ou plus - Crédits : valentinrussanov / iStock

45 % des agriculteurs vont cesser leur activité d’ici 2026″. La projection française, fruit d’une étude réalisée en juin 2020 par le Conseil économique, social et environnemental, est sans appel. Dans le secteur, le nombre d’actifs diminue drastiquement, les cessations d’activité n’étant pas compensées par les installations. En d’autres termes, le renouvellement générationnel est loin d’être garanti.

En France, les “métiers du vivant”, regroupant l’agriculture, le secteur agroalimentaire, la filière forêt-bois, ainsi que la pêche et l’aquaculture, représentent 3,4 millions d’emplois (dont 1,2 million dans l’agriculture). Des effectifs qui font de ces métiers le deuxième secteur d’emploi en France. Pourtant, ils ne cessent de diminuer. Selon l’Insee, ils représentaient 7,1 % des emplois en 1982 contre seulement 1,5 % en 2019. L’âge moyen de ces derniers – plus d’un agriculteur sur deux est âgé de 50 ans ou plus en France – laisse d’ailleurs craindre une accélération de cette tendance.

Lancement de la campagne #EntrepreneursDuVivant

Conscients de la problématique du renouvellement générationnel, Annick Girardin, ministre de la Mer, et Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, ont lancé le 1er juillet une campagne de communication baptisée #EntrepreneursDuVivant, visant à renforcer l’attractivité des métiers de l’agriculture, de l’agroalimentaire, de la forêt, du paysage, de la pêche et de l’aquaculture.

Celle-ci est diffusée durant le mois de juillet sur différents canaux : télévision, presse quotidienne nationale et presse quotidienne régionale. Une deuxième vague de promotion sera mise en place à partir de septembre en s’adressant tout particulièrement aux jeunes.

Un constat partagé en Europe, mais pas uniforme

A l’échelle des Vingt-Sept, un constat similaire peut être observé. Ainsi, le nombre d’unités de travail annuel (unité équivalente au travail d’une personne travaillant à temps plein pendant une année) dans le secteur agricole dans l’Union européenne est passé de 13,1 millions en 2003 à 9,1 millions en 2018, selon un rapport du Parlement européen publié en 2019. Si, sur cette période, le nombre de petites et moyennes exploitations a diminué, celui des grandes exploitations (supérieures à 100 hectares) a lui augmenté, allant de pair avec le niveau de productivité. 

Le profil des exploitants a également évolué au détriment des jeunes générations. Au point que le Parlement européen place le renouvellement générationnel parmi les principales sources d’inquiétude pour l’avenir de l’agriculture.

A l’échelle de l’UE, environ 34 % des agriculteurs étaient âgés de 65 ans ou plus en 2016. Seuls 10,7 % étaient quant à eux âgés de moins de 40 ans.

Mais là encore, cette tendance masque d’importantes disparités à travers l’Europe. Le vieillissement touche principalement les Etats membres du sud du continent comme le Portugal, culminant à 51,9 % d’exploitants âgés de plus de 65 ans, selon Eurostat. La région de l’Algarve, au sud du pays, détient quant à elle le record européen avec 63,1 %. L’Italie est également particulièrement concernée, de même que la Roumanie.

Part des exploitants agricoles âgés de moins de 40 ans en 2016
Part des exploitants agricoles âgés de moins de 40 ans en 2016 - Crédits : Eurostat

A l’opposé, les pays d’Europe centrale affichent quant à eux un pourcentage de jeunes agriculteurs plus élevé. Si dans l’Union européenne, les personnes âgées de moins de 40 ans ne représentent que 10,7 % des exploitants en Europe, ils représentent 22,2 % des effectifs en Autriche et 20,3 % en Pologne. Une proportion 5 à 6 fois plus élevée qu’au Portugal (4,2 %) et à Chypre (3,3 %).

Dans son rapport sur le renouvellement générationnel dans le secteur agricole, le Parlement européen tente d’avancer des explications à ces difficultés rencontrées par les jeunes pour s’investir dans ces corps de métiers. Il observe notamment que “le transfert des fermes entre membres de la famille peut être problématique, en raison de facteurs personnels, sociaux et culturels, ainsi que des effets dissuasifs fiscaux et financiers”. Autrement dit, le désamour des jeunes générations pour l’agriculture est dû à des facteurs culturels, mais aussi réglementaires.

Sur ce deuxième point, le Parlement européen pointe du doigt “l’immobilité du marché foncier, […] les écarts de revenus persistants entre le secteur primaire et les autres secteurs économiques et l’absence de dispositions appropriées pour gérer le processus de transfert dans le respect de l’ancienne génération”. Dernier élément, mis en avant par une étude conjointe de la Commission européenne et de la Banque européenne d’investissement : l’accès aux financements pour les jeunes agriculteurs. Selon celle-ci, “les entreprises agricoles dirigées par de jeunes exploitants ont moins de chances d’obtenir le financement demandé, […] et le taux de rejet de leurs dossiers est également supérieur”.

La tendance devrait d’ailleurs s’affirmer dans les années à venir. Dans une projection à moyen terme, la Commission européenne estime que le nombre d’agriculteurs en Europe va diminuer plus rapidement encore. Ainsi, l’UE pourrait ne recenser que 7,9 millions d’unités de travail annuel en 2030, soit une diminution d’environ 1 % par an. Là encore certains Etats membres seraient plus impactés que d’autres, avec une baisse d’environ 4 % en Finlande et en Bulgarie. Cette diminution de la main-d’œuvre devrait toutefois être en partie compensée par des gains de productivité, rendus possibles avec la mécanisation et une plus forte concentration des fermes.

L’impact de la PAC pour contrer la tendance

Consciente de ces évolutions, la Commission européenne a proposé des mesures pour inciter les jeunes à se lancer dans le domaine.

Principal levier, les aides du premier pilier de la Politique agricole commune (PAC). Parmi les paiements “additionnels”, l’un d’entre eux est spécifiquement destiné aux jeunes agriculteurs. Mis en place en 2015, ce dispositif mobilise une enveloppe de 70 millions d’euros par an en France. Le montant est défini chaque année en fonction des disponibilités financières et du nombre d’hectares éligibles. Pour en bénéficier, l’exploitant doit être âgé de moins de 40 ans et installé depuis moins de cinq ans au moment de déposer sa demande.

Le deuxième pilier de la PAC comprend lui aussi des dispositifs réservés aux nouvelles générations. Des mesures pour le développement rural ont ainsi été mises en œuvre, notamment dans le cadre de l’initiative “jeunes agriculteurs”, qui associe les aides disponibles du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) et l’expertise de la Banque européenne d’investissement. Parmi elles, un programme lancé en mai 2019 et doté d’un milliard d’euros pour fournir des subventions, des prêts et des garanties pour l’agriculture et la bioéconomie. 10 % de cette somme doivent être destinés aux agriculteurs de moins de 41 ans, à des conditions de financement avantageuses.

En avril dernier, la Commission a publié une évaluation de l’incidence de la PAC sur le renouvellement des générations. Le document conclut qu’elle est “généralement positive” sur le nombre de jeunes agriculteurs, mais qu’elle est “limitée dans certaines régions, notamment dans celles qui ne disposent pas d’infrastructures et de services de base”.

Présentée en 2018, la nouvelle réforme de la politique agricole commune aurait dû entrer en vigueur le 1er janvier 2021. Mais en raison de négociations complexes, son application a été retardée et programmée en janvier 2023. Le 25 juin dernier, les négociateurs du Conseil et du Parlement parvenaient à un accord politique à ce sujet. Une position validée trois jours plus tard par le Conseil de l’UE tandis que les eurodéputés devraient se prononcer en séance plénière à l’automne.

Parmi les ajustements compris dans la réforme, un nouveau minimum alloué aux jeunes agriculteurs devrait être mis en place. Ainsi 3 % (contre 2 % actuellement) des budgets nationaux de la politique agricole commune iront soutenir les exploitants de moins de 40 ans, à travers trois outils : le soutien complémentaire au revenu, le soutien à l’installation et désormais les investissements des jeunes agriculteurs.

Pour le syndicat “Jeunes agriculteurs” cependant, le compte n’y est pas. Ce dernier affirme que ces dispositifs ne permettront pas d’atteindre l’objectif de 10 000 installations aidées par an en France. Un objectif “qui correspond déjà à une compensation de 2 installations pour 3 départs”.

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