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Yannick Jadot : "Cancún a permis de relancer les négociations sur le climat"

Actualité 15.12.2010

Yannick Jadot est député européen, membre du groupe des Verts/ALE. Présent à Cancún avec une délégation du Parlement européen, il a assisté aux derniers jours des négociations. De retour en Europe, il explique pour Toute l'Europe en quoi ce sommet a permis de relancer les négociations climatiques, mais également comment il considère que l'Union européenne n'est aujourd'hui pas assez ambitieuse, notamment en ce qui concerne ses objectifs de réduction des gaz à effets de serre (GES).

Toute l'Europe : Vous avez assisté aux négociations internationales sur le climat qui se sont closes vendredi 10 décembre à Cancún (Mexique). Considérez-vous que cette rencontre est un succès  ?

Yannick Jadot : Si je dis que Cancún est un succès, cela signifierait à la fois que ce sommet a permis d'engager très fortement la négociation et que c'est un succès pour le climat. Or, c'est un demi-succès au sens où c'est un soulagement car la négociation sur le climat est relancée alors que depuis Copenhague elle était très mal en point.

Les pays se suspectaient les uns les autres et nous étions dans un système où on attendait que les autres bougent pour bouger. Là il y a un enthousiasme visible, une envie d'avancer. Maintenant l'accord en tant que tel a des éléments positifs incontestables sur le financement, sur les forets, sur le transfert de technologies, mais on a pas l'accord qui va permettre de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre et de fait, potentiellement, de rester en dessous de 2°C de réchauffement climatique.

On est donc à la fois très soulagés parce que si Cancún avait été un échec on n'avait plus de négociation climatique digne de ce nom au niveau international. La négociation est relancée mais sur le contenu, on reste un peu sur notre faim.


Toute l'Europe : Quels sont les résultats concrets de ce sommet, notamment sur le plan de engagements financiers ?

Y.J. : L'engagement financier concernant un Fonds vert abondé à hauteur de 100 milliards de dollars à partir de 2020 est confirmé. Les financements précoces, appelés 'fast start' sur 2010, 2011 et 2012 à hauteur de 30 milliards de dollars sont confirmés. Ce sont des éléments importants : faire de la lutte contre la déforestation un enjeu majeur de la lutte contre les changements climatiques, avec le renforcement des capacités, avec des financements à la clé, avec des approches nationales ... Tout cela va plutôt dans le bon sens.

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Il va y avoir également un "paquet" transfert de technologies qui reste positif avec des centres de ressources pour les technologies qui permettent de lutter contre les changements climatiques, ou de s'adapter à leurs conséquences, des échanges avec des experts internationaux etc. Il y a également la réaffirmation de l'importance d'une deuxième période liée au protocole de Kyoto, et puis le fait que les engagements qui avaient été pris de manière volontaire à Copenhague se formalisent dans le cadre onusien, ce qui n'était pas le cas jusqu'à maintenant.

Mais encore une fois ce qui est important c'est que la dynamique est relancée, et qu'il va falloir l'alimenter, d'ici Durban en 2011. Ainsi, en ce qui concerne l'Europe, on ne peut plus être sur les mêmes logiques avec un objectif de 20% sur les réductions de GES, pouvant aller jusqu'à 30% si les autres pays font des efforts. Il va falloir très clairement changer de dynamique pour remettre l'Europe au centre du jeu, et pas simplement parce que la Commission a bien travaillé à Cancún, mais aussi parce que l'Europe a des objectifs ambitieux. Donc il va falloir alimenter ce processus et c'est l'enjeu des mois qui viennent pour tous les acteurs, et notamment l'acteur européen.


Toute l'Europe : L'Union européenne a-t-elle réussi à Cancún à parler d'une seule et même voix ?

Y.J. : J'ai vu qu'il y avait des analyses diverses sur ce point. Mais il y a deux aspects du bilan sur Cancún. Premièrement, la Commission européenne a bien travaillé, il y avait moins de valse des égos entre les dirigeants européens qui vis-à-vis de leurs opinions publiques auraient cherché à montrer qu'ils allaient sauvegarder l'humanité. Mais ce qui manque cruellement à l'Europe pour reprendre la main sur les négociations c'est de l'ambition climatique.

Certes l'Europe a, à peu près, tenu sa promesse sur le montant de ses engagements sur le 'fast start', mais tout le monde sait que c'est essentiellement de l'argent recyclé : vous prenez un projet sur l'eau qui était financé et vous dites que c'est un projet sur le climat. Mais surtout en ce qui concerne les émissions de GES, il faut que l'Europe ait une ambition supérieure, et ça va être la bagarre des semaines à venir pour que l'Europe passe tout de suite à un objectif de 30% de réduction, sachant que les scientifiques demandent 40%.


Toute l'Europe : L'Union européenne peut-elle être moteur dans les négociations sur les émissions de GES ? Imposer ses objectifs ?

Y.J. : L'Europe ne va aujourd'hui pas plus loin que ce qu'elle affichait il y a trois ans. Certes, elle va plus loin que les Etats-Unis mais ces derniers sont clairement hors jeu. Il faut que la négociation avance en laissant les Américains de côté. Il faut qu'ils gardent un pied dans la négociation, mais il est très clair du côté des Etats-Unis qu'il n'y aura pas de loi climatique avant trois ans. Il faut donc avance sans eux.

L'Europe, avec la Chine qui a montré des ouvertures et va sortir une loi énergétique dans son douzième plan qui va être, de ce que j'en entends, assez énorme du point de vue des efforts en matière d'économie d'énergie et d'énergies renouvelables, doit remette un pied devant.


Toute l'Europe : Les pays émergents jouent un rôle de plus en plus important dans ces négociations. L'avez-vous ressenti à Cancún ?

Y.J. : C'est évident. Ce sont eux qui avaient la main sur les négociations, et ce que ce soit le Mexique qui avait la présidence de la Convention sur le climat, et qui a très bien travaillé, l'Inde qui a été très constructive et a fait bouger les pays émergents, ou la Chine qui a, bien que ce soit toujours ambigu sur ce que cela signifie sur le cadre international, fait des efforts sur le plan national et montré à plusieurs reprises des ouvertures sur le niveau de discipline que l'on pourrait envisager au niveau international.

Certes la Chine ne soutient pas encore l'idée d'un cadre international juridiquement contraignant, mais clairement elle a montré des signes forts d'ouverture.


Toute l'Europe : Sur le plan européen quelles sont les prochaines étapes, notamment en ce qui concerne le travail du Parlement ?

Y.J. : On va avoir en 2011 tous les paquets "énergie" qui sortent : le paquet 'infrastructures', la révision du plan d'action sur l'efficacité énergétique, la stratégie énergie 2050. Donc il y a beaucoup d'éléments qui feront que l'Europe prendra ou participera au leadership sur l'économie de demain, ou sera en retrait. C'est ça l'enjeu. La Chine a clairement pris ce virage, de même qu'un certains nombres d'Etats américains qui le prennent, la Corée du Sud également.

Donc soit l'Europe continue à prétendre, mais ne fait rien, et elle restera une économie qui perdra de plus en plus de terrain, soit elle considère que cette sobriété en énergie et en carbone est un élément-clé de la compétitivité, et donc des emplois de demain et qu'il faut entrer sur ce terrain-là. C'était le message du Parlement européen avant Cancún, de dire que l'objectif de 30% est avant tout dans l'intérêt de l'Europe, avant même la question de participer à un effort collectif.

Toute l'Europe : Y'a-t-il sur la question énergétique des clivages forts au sein même de l'Union ?

Y. J. : Bien sûr. A Cancún l'Espagne a clairement opté pour 30% des réductions des émissions de GES. La Grande-Bretagne est également sur cette ligne. L'Allemagne au niveau national poursuit un objectif de 40%. Les pays nordiques sont prêts à suivre.

Il faut donc que la France par exemple, comme d'autres, rejoignent cette dynamique. Et puis il reste un certain nombre de pays, notamment parmi les nouveaux entrants, comme malheureusement la Pologne, qui pourtant dans le paquet "énergie-climat" ont bénéficié de dérogations extrêmement avantageuses et qui continuent à mettre des freins à l'ambition climatique. L'Italie de la même façon bloque toute dynamique européenne, donc il faut que tout cela bouge.

Toute l'Europe : Les négociations énergétiques vont donc avoir lieu sous présidence hongroise, puis polonaise, deux Etats membres très intéressés par la question. Cela va-t-il jouer ?

Y.J. : La présidence hongroise serait prête à mener le débat sur le passage à 30%. Les Hongrois commencent à y mettre des conditions très nationales, notamment sur tout ce qui est air chaud, ce qui est scandaleux.

Mais il est évident qu'il y a une crainte forte du côté de la présidence polonaise. Après ce n'est pas la présidence qui décide de tout. Si la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et l'Espagne, et d'autres pays font front sur la question des 30%, ce n'est pas la Pologne qui pourra bloquer. Donc l'évolution de la position française sera importante car c'est le dernier grand pays à être conservateur de ce point de vue-là.



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