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Xavier Merlin : "La France joue un rôle important dans le paysage cinématographique européen"

Actualité 15.05.2007

Xavier Merlin est responsable de la direction des Affaires européennes du Centre national de la Cinématographie (CNC). Il revient ici sur la place du cinéma français en Europe, le programme Media et le rôle du CNC dans la mise en oeuvre de ce programme.




Le Centre national de la Cinématographie (CNC) participe à l’élaboration et à la gestion de la politique communautaire dans le secteur de l’audiovisuel. Quel est son rôle dans la mise en œuvre de cette politique ?


Pour ce qui concerne le programme MEDIA, relatif au cinéma et à l’audiovisuel, c’est la Commission européenne qui est chargée de sa mise en œuvre. Elle est assistée d’un comité, au sein duquel les Etats membres sont représentés, et c’est le CNC qui représente la France. Par ailleurs, le CNC prend part au travail de transposition des directives (ex. : directive "télévision sans frontières", etc.) lorsqu’elles ont un impact sur les secteurs du cinéma ou de l’audiovisuel.


Existe-t-il des structures équivalentes au CNC dans  les autres Etats membres ? Le cas échéant, collaborez-vous ensemble ?

Tous les Etats européens ont mis en place une entité en charge du cinéma, dont la nature varie (structure rattachée au ministère de la Culture, direction de ce même ministère, établissement indépendant,…). Depuis 2003, l’ensemble des représentants de ces structures se réunissent plusieurs fois par an lors des principaux festivals (Berlin, Cannes, etc.) afin d’échanger leur point de vue sur des sujets comme la numérisation des salles et des films, ou de définir des stratégies communes de lobbying vis-à-vis d’institutions communautaires.

Ce réseau a aussi contribué à rapprocher le CNC et ses différents homologues dans leur travail quotidien.


Comment le marché français du cinéma se positionne-t-il au niveau européen ?

La France joue un rôle important dans le paysage cinématographique européen, dans la mesure où elle est le pays qui a le volume de production le plus important en Europe, ainsi qu’un système de soutien parmi les plus anciens. De fait, de nombreuses œuvres européennes sont réalisées en coproduction avec la France. La Belgique, mais aussi l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne, sont des partenaires de coproduction importants de la France. Le cinéma français s’exporte aussi à travers le monde et en particulier en Europe, et l’Allemagne est le premier territoire pour la vente des films français.


Quel bilan tirez-vous de l'évolution de l'industrie audiovisuelle européenne depuis les débuts du programme Media ?

L’une des ambitions majeures du programme MEDIA est de faciliter la circulation des œuvres européennes à travers l’Europe. L’initiative Europa Cinémas, soutenue par ce programme et par la France, est un exemple très concret de ce qui a été fait en la matière, et qui fonctionne bien. Les salles "labellisées" Europa Cinémas offrent en effet une meilleure visibilité aux films européens et permettent ainsi au cinéma européen non national de réaliser une part de marché plus importante que la moyenne. En outre, et de manière plus spécifique, les aides de MEDIA ont été particulièrement utiles pour fortifier l’industrie audiovisuelle de certains des membres récents de l’Union européenne, grâce aux mesures de "discrimination positives" mises en place pour canaliser une partie des aides prioritairement en direction de ces pays.


Vous participez à la 60e édition du Festival de Cannes. Qu'attendez-vous de cet événement ? Quel sera le rôle du CNC à Cannes ?

Pour des institutions comme le CNC, le festival de Cannes est par excellence le lieu des rencontres avec nos homologues étrangers, surtout les plus lointains d’entre eux. De nombreux professionnels profitent également du festival pour prendre connaissance des soutiens auxquels ils peuvent prétendre de la part du CNC, car beaucoup de nos mécanismes d’aides sont très largement ouverts aux films étrangers (européens ou non). C’est en particulier tout le sens de la politique de coopération du CNC avec les cinématographies du Sud.

Enfin, la journée de l’Europe est devenue depuis plusieurs années un moment important du festival de Cannes lors duquel, entre autres, les ministres européens de la Culture présents à Cannes se réunissent informellement autour de thèmes liés au cinéma.


Pensez-vous qu'il existe un cinéma européen ?

Je crois surtout qu’il existe des cinémas d’Europe, dont la diversité est le reflet de la variété des cultures européennes et fait la richesse de notre création. Malgré cette diversité, nos cinématographies européennes ont des points communs, notamment l’importance du soutien financier public qui résulte du fait que les territoires nationaux en Europe, ainsi que les bassins linguistiques, sont trop exigus pour permettre à des films nationaux de trouver des financements privés suffisants sur leurs territoires respectifs. Le recours au financement public, ainsi qu’à la coproduction, sont ainsi nécessaires dans de nombreux cas. Il est donc essentiel que les pays européens aient un dialogue constant pour ajuster au mieux leurs systèmes nationaux de financement les uns aux autres.

 

Propos recueillis le 14/05/2007