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Vu d'Europe : les pays de l'Est entre scrutin national et européen

Actualité 24.01.2014

Les 22-25 mai prochains, les Européens éliront le neuvième Parlement européen de leur histoire. A six mois de ce rendez-vous, les médias européens prévoient une percée de l'euroscepticisme et des extrémistes nationaux. Les sondages confirment cette évolution, tout comme les élections locales qui se sont déroulées en France, en Autriche ou, plus récemment, en Slovaquie. A quel scénario faut-il donc s'attendre après ces élections ? Touteleurope.eu fait le point avec l'historienne lettone Una Bergmane et deux correspondants à Bruxelles : Tomislav Krasnec pour le quotidien croate Večernji list et Dan Turturica pour le quotidien Romania Libera.

carte vu d europe

Lettonie : un nouveau Premier ministre peu après le passage dans la zone euro

flag_lettonieHistorienne et doctorante à Sciences Po Paris, Una Bergmane est à Riga quand nous la contactons début janvier. Dans une ville élue cette année "capitale européenne  de la culture", l'historienne lettone vit en direct l'entrée de son pays dans la zone euro le 1er janvier 2014. "L'ambiance est très positive", décrit Mme Bergmane. "En été 2013, plusieurs sondages avaient indiqué une certaine réticence des Lettons à passer à la nouvelle monnaie" explique-t-elle, "mais il s'agissait d'un attachement à l'ancienne devise, plutôt que de l'hostilité envers l'euro".

Una Bergmane



Una Bergmane est une historienne lettone, doctorante à Sciences Po Paris. 

En effet, les Lettons étaient très attachés à leur devise : le lats. Monnaie officielle depuis les années 1920, le lats est retiré de la circulation sous l'occupation soviétique (1945-1991), quand le rouble est imposé. C’est seulement après la déclaration d'indépendance de la Lettonie, le 21 août 1991, que le lats redevient la monnaie nationale. "Le lats était pour les Lettons un symbole de l'indépendance", explique Una Bergmane. "Pendant l'occupation soviétique, les Lettons qui réussissaient à émigrer gardaient avec eux les lats comme des bijoux, des souvenirs du pays".

Aujourd’hui, quelques symboles de l’indépendance ont survécu au changement de devise : sur les nouvelles pièces d’un euro ou de deux euros, on retrouve notamment le visage d’une jeune fille. "Cette jeune fille lettone était imprimée sur le billet de 500 lats et, avant l'invasion soviétique, elle figurait sur le billet de 5 lats. Les Lettons tenaient beaucoup à ce symbole de leur pays", commente l'historienne. "La retrouver sur la nouvelle monnaie a certainement rendu plus facile l'abandon du lats".

Nouveau membre de la zone euro, la Lettonie vit actuellement un autre changement d'envergure, cette fois politique. Après la démission du premier ministre Valdis Dombrovskis en novembre dernier, le 6 janvier 2014 Laimdota Straujuma a été chargée de former un nouveau gouvernement. C'est la première fois qu'une femme occupe le poste de premier ministre en Lettonie. "Nous connaitrons les noms des ministres vers la fin du mois, ensuite l'attention des médias se concentrera sur les élections européennes", poursuit Mme Bergmane [ndr. Les noms ont été dévoilés le 22 janvier]

La Lettonie compte actuellement neuf représentants au Parlement européen. Quatre siègent parmi les rangs du Parti populaire européen, les autres se répartissent entre S&D, ADLE, ECR, Verts et GUE. Lors desélections de 2009, le taux de participation n'a pas été très élevé (52,94%), même si supérieur à celui enregistréen France (40,65%). Aux européennes de mai 2014, la situation ne devrait pas changer particulièrement. Comme dans d'autres Etats membres, en Lettonie les élections européennes ne sont pas un rendez-vous très important. "Les gens ici pensent à leurs élus européens comme à des défendeurs des intérêts lettons, plutôt comme à des représentants de la gauche ou de la droite", conclut Una Bergmane.

Croatie : le plus jeune membre de l'UE se prépare aux élections

flag_croatieLe 1er juillet 2013, plus de vingt ans après son indépendance, la Croatie a rejoint l'Union européenne. "L'entrée dans l'UE a été le rêve des Croates pendant les deux derniers décennies", raconte Tomislav Krasnec, correspondant à Bruxelles pour le quotidien zagrébois Večernji list. Cependant, après tant d'attente, la fête a été quelque part gâchée par la crise économique : le pays enregistre un taux de chômage de 17,6% et une croissance du PIB négative (-2% en 2012) depuis quatre ans. "Les Croates pensent que l'UE ne résoudra pas leurs problèmes, mais sont néanmoins contents que leur pays en fasse partie", poursuit M. Krasnec. 

Tomislav Krasnec



Correspondant à Bruxelles pour le quotidien croate Večernji list.

Quelques semaines avant l'entrée officielle dans l'UE, les Croates ont été appelés aux urnes pour choisir les premiers eurodéputés, destinés à représenter le pays jusqu'aux élections européennes de mai 2014. Seul 20% de la population a participé au scrutin. Des douze représentants élus mi-avril, cinq siègent parmi les rangs du PPE (centre-droit), cinq font partie du groupe S&D (centre-gauche), tandis que les deux autres sont inscrits aux groupes GUE (gauche) et CRE (conservateurs). "Les élus qui siègent actuellement au Parlement européen ont déjà commencé leur campagne", affirme le journaliste croate, "Ils cherchent à garder vif le débat dans le pays".

En dehors de ce groupe, la situation est plus calme. "Les socialistes croates ont manifesté leur soutien au candidat Martin Schulz, mais ils n'ont toujours pas décidé si ils présentaient des listes communes avec les libéraux ou non", précise M. Krasnec. Actuellement, en effet, le gouvernement croate est formé par une alliance entre socialistes et libéraux. Du côté des populaires, les élections européennes revêtent une importance particulière : "fin 2014, les Croates voteront aussi pour élire leur président", explique M. Krasnec, "et le socialiste Ivo Josipović a des bonnes chances d'être réélu". Le HDZ (centre-droit) devra donc bien mener la campagne des européennes, s'il souhaite remporter l'élection présidentielle.

"L'économie, le chômage et la récession seront sûrement parmi les principaux sujets de la campagne", prévoit le correspondant de Večernji list, "Cependant les questions nationales influenceront largement le débat".  "Les populaires assurent qu'ils défendront les intérêts croates à Bruxelles, notamment ceux de l'agriculture", explique le journaliste. "La Croatie est un petit pays et les gens craignent que leur voix ne soit pas écoutée. Dans ce sens, les propos des populaires sont une douce musique pour les oreilles des électeurs". De l'autre côté, les socialistes ont annoncé qu'ils limiteront les salaires de leurs eurodéputés : "un élu au Parlement européen perçoit beaucoup plus qu'un représentant au parlement national", explique M. Krasnec. "C'est pour cela que, déjà depuis un an, les socialistes paient leurs eurodéputés comme s'ils étaient élus à Zagreb et donnent la différence à des ONG humanitaires". 

Après son entrée dans l'Union européenne, la Croatie devrait maintenant entamer le chemin de l'espace Schengen et de la monnaie unique. "Pour la banque centrale de Zagreb, le pays doit rejoindre la zone euro dès que possible", affirme M. Krasnec. "Mais vu l'état de l'euro, les Croates préfèrent viser d'abord l'espace Schengen".

Roumanie : Les élections européennes, un test pour l'élection présidentielle 

flag_roumanieDébut janvier, la Roumanie a fait la 'Une' de la presse européenne, notamment britannique. Membre de l'UE depuis 2007 (mais non encore de la zone euro, ni de l'espace Schengen), jusqu'à présent la Roumanie n'avait pas libre accès au marché du travail dans neuf pays de l'Union européenne, dont la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Ces pays avaient en effet posé des restrictions (d'une durée de sept ans), et demandaient aux travailleurs roumains et bulgares l'obtention d'un permis de travail avant d'exercer une profession dans le pays de destination.

Dan Turturica



Rédacteur en chef du quotidien de Bucarest Romania Libera.

Selon la presse britannique, ces restrictions levées le 1er janvier 2014, Londres craignait une arrivée massive de Roumains et de Bulgares. "Le débat sur l'ouverture de ces neuf marchés de travail a saturé les médias roumains", raconte Dan Turturica, rédacteur en chef du quotidien Romania Libera. "C'était ridicule. Les télévisions se sont concentrées sur les réactions de la presse britannique plutôt que sur le changement de statut des travailleurs roumains", accuse M. Turturica. "Un vrai cirque médiatique", lance-t-il. Tandis que la presse roumaine s'amusait à traiter le quotidien anglais "Daily Mail" de "Daily Fail", leurs confrères britanniques attendaient à l'aéroport de Londres la vague d'immigrés venant de l'Est… qui n'est jamais arrivée.

Les questions de l'intégration européenne et de l'entrée (encore lointaine) dans l'espace Schengen sont très importantes en Roumanie. "Les Roumains sont largement en faveur de l'Union européenne", affirme le rédacteur en chef de Romania Libera, "l'Union a un rôle important dans la lutte contre la corruption dans le pays et les gens le savent". "Cependant, les élections européennes de 2014 passeront dans l'ombre de l'élection présidentielle de cet automne", prévoit M. Turturica. "Le scrutin pour le choix du président de la République est le moment politique le plus important pour le pays, et cela arrive seulement six mois après les européennes".

Comme dans d'autres Etats membres, en Roumanie les élections européennes seront un test fort pour la campagne politique interne. Les thèmes de discussion, tout comme les alliances en vue du scrutin, seront largement influencés par les questions de politique interne. "Les partis travailleront pour convaincre les électeurs à voter, et à voter 'pour' aux européennes, mais cela sera sur la base de promesses nationales", explique le journaliste roumain. "Pour la même raison, je pense que le taux de participation sera bas, mais non catastrophique", poursuit M. Turturica. "Quand la machine des partis se met en marche, elle fonctionne bien. Dans les campagnes, ils arrivent à donner aux électeurs du sucre, de la farine ou de l'huile en échange de la participation au scrutin", affirme-t-il.

Les 32 eurodéputés qui arriveront de la Roumanie seront très probablement issus de seuls trois principaux partis, inscrits respectivement aux groupes PPE, ADLE et S&D. "A part ces trois forces politiques et le parti de la minorité hongroise, il n'y a pas d'autres formations dignes de note", décrit M. Turturica. "C'est peut-être la première élection dans laquelle nous ne voyons pas de candidats ouvertement nationalistes ou extrémistes. Même le parti populiste de Dan Diaconescu [le PPDD ndr.], qui avait pourtant remporté un très bon score en 2012, a disparu après même pas deux ans d'existence".

Elections européennes 2014