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Vu d'Europe : les élections européennes dans les pays de l'Europe centrale

Actualité 26.02.2014

Les 22-25 mai prochains, les Européens éliront le neuvième Parlement européen de leur histoire. A six mois de ce rendez-vous, les médias européens prévoient une percée de l'euroscepticisme et des extrémistes nationaux. Les sondages confirment cette évolution, tout comme les élections locales qui se sont déroulées en France, en Autriche ou, plus récemment, en Slovaquie. A quel scénario faut-il donc s'attendre après ces élections ? Touteleurope.eu fait le point avec trois journalistes européens : Wolfgang Böhm de Die Presse (Autriche), Dominika Wielowieyska de la Gazeta Wyborcza (Pologne) et Mark Schieritz de Die Zeit (Allemagne).

carte europe

L'Autriche face à la montée du FPÖ

Fin septembre 2013, les Autrichiens ont voté pour le renouvellement du Conseil national, la chambre basse du parlement autrichien. Depuis, une coalition entre les deux premiers partis (SPÖ, socialistes, et ÖVP, conservateurs) gouverne le pays. Le principal parti d'opposition (arrivé troisième aux élections de 2013) est le FPÖ, le Parti de la liberté d'Autriche. Longtemps dirigé par Jörg Haider, et aujourd'hui guidé par Heinz-Christian Strache, le FPÖ pourrait être l'un des alliés de Marine Le Pen lors des prochaines élections européennes.

Wolfgang Böhm



Chef du service Europe au quotidien autrichien Die Presse.

"C'est trop tôt pour que la campagne électorale commence", commente Wolfgang Böhm, chef du service Europe du quotidien autrichien Die Presse. "Les partis sortent tout juste des élections nationales et, à vrai dire, n'ont pas beaucoup d'argent pour entamer une nouvelle campagne", explique-t-il. A peine cinq mois après les dernières élections, le climat politique autrichien est donc plutôt calme. "Les partis attendent, ils préfèrent une campagne courte", précise le journaliste. "Pour l'instant, les socialistes se limitent à soutenir Martin Schulz, et la droite attend la décision du PPE pour le candidat commun".

Un seul mouvement politique semble avoir déjà lancé sa campagne en vue des européennes de mai : le Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ) de M. Strache. Pour le prochain scrutin, le leader du FPÖ s'attend à un véritable exploit, un résultat plus important qu'aux élections de septembre dernier, quand il a remporté un score historique de 21,9%. Lors des élections européenne de 2009, le FPÖ avait remporté 12,7% des voix (avec une hausse de plus de 6% par rapport à 2004). Actuellement, le parti peut donc compter sur deux représentants aux Parlement de Strasbourg, sur un total de 19 élus pour l'Autriche. S'il devait arriver à 25%, il pourrait occuper cinq sièges dans l'extrême droite de l'hémicycle européen.

"Le mot 'extrême droite' est peut-être un peu excessif pour définir le FPÖ", commente Wolfgang Böhm, "mais c'est évident qu'il s'agit d'un parti très, très à droite". "Le FPÖ a approuvé l'initiative des Suisses, d'introduire des quotas à l'immigration", affirme M. Böhm, en commentant le dernier référendum voté en République helvétique. Du point de vue des contenus, en effet, le parti de M. Strache se positionne radicalement à droite : limitation de l'immigration, renégociation de Schengen, remise en discussion de la liberté de mouvement au sein de l'espace européen. C'est pourquoi il semble être l'allié parfait de Marine Le Pen aux prochaines élections. "C’est la troisième fois que le FPÖ cherche des alliances européennes", commente le journaliste autrichien, "mais les deux dernières fois, ça n'a pas marché : les nationalistes ont forcément des visions différentes entre eux".

Comme au Royaume-Uni, où l'UKIP de Nigel Farage impose ses priorités au débat politique, ou en France où le Front National conquiert l'espace médiatique, en Autriche le FPÖ influence lourdement la communication des autres partis. "Les étrangers seront, encore une fois, au centre de la campagne électorale en Autriche", poursuit le journaliste de Die Presse. "Et les gens se demanderont s'il faut, ou non, abandonner la monnaie unique". A ce jour, et malgré les efforts du FPÖ, la majorité des Autrichiens reste favorable à l'UE. "Je pense que si on votait à nouveau aujourd'hui, comme en 1995, deux tiers des Autrichiens seraient pour une entrée dans l'Union", analyse Wolfgang Böhm. "De plus, les Autrichiens n'envisagent pas de changer de devise, il y a du scepticisme, des doutes mais pas un rejet de l'UE".

La Pologne aux urnes, avant le scrutin national de 2015

Avec ses 38,5 millions d'habitants et ses 51 députés au Parlement de Strasbourg, la Pologne est l’un des principaux  acteurs  de la scène politique européenne. Gouverné par la droite depuis bientôt dix ans, le pays est une force conservatrice en Europe : 86% de ses élus au Parlement européen siègent dans les rangs du PPE, ou des groupes ECR et EFD. Seuls 7 eurodéputés sur 51 ont rejoint le groupe des sociaux-démocrates (S&D) et c'est peut-être pour inverser ces chiffres que la gauche polonaise s'est déjà activée en vue des élections de mai 2014.

"Nous connaissons déjà tous les candidats de la coalition de gauche 'Europa plus'", affirme Dominika Wielowieyska, journaliste politique à la Gazeta Wyborcza. Formée par l'Alliance de la gauche démocratique (S&D) et par le parti "Ton mouvement" (anciennement "Mouvement Palikot") ainsi que d'autres formations de gauche, "Europa plus" est un coalition pro-européenne. Elle propose notamment l'adhésion à l'euro en 2019, la création de 700 000 nouveaux emplois et une "révolution dans le financement des secteurs de la santé, de la science, de la recherche, du développement, de l'éducation et de la culture". Enfin, en cas de victoire, "Europa plus" envisage de rendre gratuit l'accès à Internet.

Cependant, à en croire les sondages, "Europa plus" n'est pas favorite aux élections européennes. La vraie bataille politique se jouera en effet entre "Plateforme civique" (le parti au gouvernement, inscrit au PPE) et "Droit et justice", le principal parti d'opposition et membre du groupe ECR au Parlement européen. "En 2015, les Polonais voteront pour choisir le nouveau gouvernement", précise la journaliste, "il est donc très probable que les élections européennes de mai seront vécues comme un 'test' par les partis politiques tout comme par les électeurs". Le guerre est donc déclarée entre les deux principales forces de droite, qui se disputeront la première place en mai prochain.

"Plateforme civique est critiquée pour l'activité menée au gouvernement", raconte Dominika Wielowieyska. "Droit et justice lui reproche d'être faible en politique étrangère, et de ne pas assez défendre les intérêts des Polonais en Europe", poursuit la journaliste. Bien qu'il soit plus nationaliste et eurosceptique que Plateforme civique, le parti "Droit et justice" ne demande pas à ce que la Pologne sorte de l'Union européenne. "Concernant l'UE, ‘Droit et justice’ a une position très proche à celle du Premier ministre britannique David Cameron", explique la journaliste de Gazeta Wyborcza. De l'autre côté, le parti au gouvernement a adhéré au PPE et est, à sa façon, pro-européen : "Plateforme civique n'arrête pas de souligner l'important budget que le pays a reçu de l'UE et les conséquences positives que cela aura sur l'économie polonaise", commente la journaliste.

Au delà de ces deux partis, il n'y a pas de place pour un mouvement important d'extrême droite. "Les mouvements qui ne se reconnaissent pas dans 'Droit et justice' et qui se placent à sa droite sont presque insignifiants dans le débat politique", affirme Mme Wielowieyska. "’Droit et justice’ est un parti très fort et qui remporte les voix des nationalistes, comme des eurosceptiques. Il ne laisse  donc pas de place aux autres mouvement", conclut-elle. Quelle est, enfin, l'image que l'Union européenne a dans ce pays ? "Je pense que l'Union est encore assez populaire", analyse la journaliste. : "nous avons attendu beaucoup pour pouvoir y accéder et personne ne remettrait en cause notre appartenance à ce club".

Au coeur de l'Europe, l'Allemagne de plus en plus sceptique

82 millions d'habitants, 99 députés au Parlement européen : l'Allemagne est un poids lourds de la politique dans le Vieux Continent. Depuis le début de la crise économique, l'Allemagne a joué un rôle crucial, arrivant à imposer ses choix en matière de politique économique, à un tel point que dans certains Etats le nom de la chancelière allemande Angela Merkel est devenu synonyme d'austérité. De plus, plusieurs observateurs, comme par exemple le sociologue allemand Ulrich Beck, n'hésite pas à parler d'une "Europe allemande", c'est-à-dire une Union européenne dans laquelle la position de Berlin se transforme en hégémonie. Mais qu'en est-il de l'Allemagne ? A quelques mois de l'élection du Parlement de Strasbourg, peut-on parler d'"Allemagne européenne" ?

Mark Schieritz



Journaliste à Die Zeit.

"Si nous nous référons aux derniers sondages", affirme Mark Schieritz, journaliste à Die Zeit, "plus de 50% des Allemands sont aujourd'hui contraires à l'Union européenne". "Cependant, je crois que le sentiment d'appartenance à l'UE est en réalité encore présent chez mes concitoyens, et la classe politique élue est entièrement pro-européenne", commente M. Schieritz. L'Allemagne hésite. Au Parlement européen, aucun des députés allemands siège dans les rangs des eurosceptiques (ECR, ELD ou non inscrits), dans le Pays, le parti patriotique "Alternative pour l'Allemagne" (AfD), a récolté près de 5% des voix aux dernières élections générales. Créé en février 2013, l'AfD devrait remporter entre 5 et 7% aux élections européennes de mai prochain, une première pour l'Allemagne.

"L'AfD n'est pas un parti d'extrême droite, ou en tout cas, son groupe dirigeant ne l'est pas", analyse Mark Schieritz. Le parti est par contre très eurosceptique : il prône la sortie de l'euro, la révision des traités économiques, l'abandon du projet d'Union bancaire, ou encore la fin des "plans de sauvetage", très impopulaires dans le pays. "Le parti d'extrême droite par définition est plutôt le NPD", poursuit le journaliste de Die Zeit. Le Parti national-démocrate d'Allemagne (NPD) est en effet souvent présenté comme une formation néo-nazi. nationaliste et xénophobe, le NPD n'a pas de représentants au Bundestag, ni au Parlement européen. "Nous nous attendons pas à un score relevant du NPD aux européennes", commente M. Schieritz.

Les autres partis, la CDU de Angela Merkel et le SPD dont le membre Martin Schulz est candidat à la présidence de la Commission, n'ont pas encore commencé leur campagne électorale. "Comme en 2009, je pense que la phase la plus active de la campagne électorale commencera deux semaines environ avant le vote", assure Mark Schieritz. Plusieurs partis politiques n'ont pas encore présenté leurs candidats, mais les sujets de campagne peuvent déjà être prévus. "L'immigration et l'euro seront sans aucun doute les thèmes majeurs du débat avant le scrutin de mai", lance le journaliste allemand. Le sujet de l'immigration s'est imposé notamment après le référendum suisse, "salué par une partie de la population" mais "critiqué par l'establishment" commente M. Schieritz. Un débat sur l'euro était par contre prévisible depuis bien longtemps.

"Sur ces deux sujets, les deux principaux partis ont des positions assez proches", affirme le journaliste de Die Zeit. CDU et SPD sont deux forces européennes et sans éléments radicaux. "La CDU est peut-être plus dans la protection des intérêts allemand, notamment quand on parle de cession de compétences à l'UE, par exemple en matière d'Union bancaire", poursuit M. Schieritz. "Le SPD soutient un peu plus l'intégration européenne, mais pas au niveau des Verts, qui sont ouvertement en faveur d'un transfert important - mais non total - des compétences souveraines". L'establishment politique allemand ne devrait donc pas réserver de surprises aux élections européennes : "aucun risque que l'Allemagne introduise des quotas à l'immigration ou qu'elle sorte de l'euro", conclut Mark Schieritz.