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Vu d'Europe : Les écologistes, la surprise des élections européennes en Croatie ?

Actualité 24.05.2014

Le parti vert croate, ORaH, se présente pour la première fois aux élections européennes. Créé il y a quelques mois par une ancienne ministre du gouvernement de centre gauche, Mirela Holy, ORaH est crédité de 8 à 10 % des intentions de vote. Si les sondages sont confirmés ce dimanche, les Verts deviendraient un protagoniste important de la scène politique croate. Le gouvernement devrait alors ternir compte de leurs positions, notamment leur opposition à l'exploitation pétrolière dans l'Adriatique.

Istria, Croatie

ORaH, l'outsider 

"Nous avons créé ce parti fin octobre 2013, et ORaH a été officiellement reconnu en décembre 2013", raconte Andrea Feldman, candidate pour ORaH aux élections européennes. Ce n'est que depuis cinq mois que les écologistes croates font campagne sous cette nouvelle enseigne. ORaH, Održivi Razvoj Hrvatske, signifie littéralement "Développement durable pour la Croatie", mais "Orah" veut également dire "noix" en croate et ce fruit est le symbole du parti. "Quand nous avons démarré cette campagne, nous étions à la septième place d'après les sondages", poursuit Andrea Feldman. Aujourd'hui, ORaH devrait se classer troisième aux Européennes : un Croate sur dix est convaincu par les positions des Verts et le parti pourrait compter sur un ou deux eurodéputés au Parlement de Strasbourg.

"Nous avons mis en place une campagne informative. Nous voulions éduquer la population, apprendre aux gens ce que c'est le développement durable", explique la candidate des Verts au Parlement européen. "ORaH demande un New Deal vert pour l'Europe : nous voulons la fin de la sur-pêche, un passage aux énergie renouvelable, une approche soutenable au développement", affirme Andrea Feldman. Dans leur programme publié sur Internet, les écologistes croates demandent également plus de justice sociale, l'introduction de salaires minimaux communs dans l'UE, des mesures sévères contre l'évasion fiscale ou encore l'augmentation du budget de l'UE et la création d'un fonds de solidarité pour aider les pays en crise. Enfin, dans un pays qui a interdit en 2013 le "mariage pour tous", les Verts s'expriment sans hésitations en faveur des droits de la communauté LGBT. 

La question énergetique

Parmi les principaux points sur lesquels ORaH fait campagne en Croatie, figure l'opposition à toute exploitation du pétrole dans l'Adriatique. D'après les résultats d'une étude menée par la compagnie norvégienne Spectrum, la mer croate serait riche en hydrocarbures, notamment gaz et pétrole. Une excellente nouvelle pour le gouvernement de Zagreb, qui a déjà lancé un appel d’offres pour inciter les multinationales pétrolières à prospecter le long de la côte. Pour le ministre de l’Économie, Ivan Vrdoljak, la Croatie pourrait devenir "une petite Norvège", étant donné que - à en croire les estimations de la compagnie nationale INA, qui se dit plus que prêtre pour exploiter les gisements de la côte - le pétrole de l’Adriatique croate pourrait rapporter 100 milliards de dollars aux caisses de l'Etat. 

Les Verts, quant à eux, craignent un accident comme celui qui a détruit le Golfe du Mexique en 2010. "Nous sommes définitivement contre cette aventure pétrolière", déclare Andrea Feldman, "le moindre accident dans l'Adriatique signifierait tout simplement la fin du tourisme en Croatie, pour ne pas parler des conséquences sur l'environnement et l'écosystème marin". En Croatie, le tourisme représente aujourd'hui 7 milliards d’euros annuels, soit 15% du PIB. Difficile, pour les écologistes, d'imaginer comment les plateformes offshores pourraient coexister avec l'activité touristique. 

Pourtant, la Croatie exploite déjà des hydrocarbures (du gaz) le long de sa côte et cela n'a pas eu un impact sur le tourisme. Mais pour les Verts, il y a des différences entre l'exploitation du pétrole et celle du gaz. "On extrait le gaz et le pétrole de la même façon", explique Davor Škrlec, professeur universitaire et candidat aux Européennes pour le parti ORaH. "Cependant, en cas d’accident, le gaz peut être brûlé, tandis que le pétrole se déverse forcément dans les eaux". Le risque est donc trop élevé aux yeux des écologistes, qui appellent le gouvernement à poser la question directement aux citoyens. "Je suis sûre que la plupart des Croates ne sont pas assez bien informés sur les projets d'exploitation pétrolière en Croatie", affirme Andrea Feldman. "Si l'exécutif mettait cartes sur table, je ne pense pas que mes concitoyens seraient en faveur de ce projet". 

Concernant la question du pétrole, le résultat des élections européennes sera un indicateur important de l'attitude des Croates envers cette éventuelle exploitation. Si les écologistes devaient se classer en troisième position et obtenir un bon score, la course au pétrole pourrait bien connaître un coup d'arrêt.

Elections européennes 2014