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Viticulture : la Commission européenne propose une réforme "en profondeur"

Actualité 23.06.2006

La Commission européenne a proposé jeudi 22 juin une réforme "en profondeur" de l’organisation commune du secteur viticole, destinée à renforcer la compétitivité des producteurs de vin de l'UE, qui souffrent de la concurrence croissante du nouveau monde en particulier.


Le secteur vitivinicole communautaire

L'UE possède plus de 1,5 million d'exploitations productrices de vin sur une superficie de 3,4 millions d'hectares, soit 2 % de la surface agricole de l'Union. En 2004, la production de vin représentait 5,4 % de la production agricole de l'UE, et plus de 10 % en France, en Italie, en Autriche, au Portugal, au Luxembourg et en Slovénie.

Une réforme en profondeur

Le projet de la Commission vise à accroître la compétitivité des producteurs de vin européens, équilibrer le marché, préserver les zones rurales et simplifier la réglementation, souligne la Commission dans un communiqué.

Objectifs :

 Accroître la compétitivité des producteurs de l'UE; renforcer la réputation des vins de qualité de l'UE en tant que les meilleurs du monde; reconquérir d'anciens marchés et en gagner de nouveaux ;

 Créer un régime vitivinicole fonctionnant sur la base de règles claires, simples et efficaces permettant d'équilibrer l'offre et la demande ;

 Créer un régime vitivinicole préservant les meilleures traditions de la production vinicole communautaire, renforçant le tissu social de nombreuses zones rurales et respectant l'environnement.

Selon la commissaire européenne à l'Agriculture, Mariann Fischer Boel, la réforme doit être mise en oeuvre "d'urgence" pour permettre aux viticulteurs de l'UE de regagner des parts de marché et préserver la réputation viticole de l'Europe.

"En dépit de notre tradition et de la qualité de tant de vins communautaires, le secteur est en proie à de graves difficultés", a souligné la commissaire. "La consommation est en baisse, et les exportations des pays du nouveau monde font une percée significative sur le marché. L'Europe produit trop de vin qui ne trouve pas de débouchés".

"Nous consacrons beaucoup trop d'argent pour écouler nos excédents au lieu de renforcer notre qualité et notre compétitivité. Une réglementation trop complexe entrave l'activité de nos producteurs et sème la confusion dans l'esprit des consommateurs. Je ne suis pas favorable à une réduction du budget, qui représente environ 1,2 milliard d’euros chaque année, mais nous devons utiliser ces ressources de manière plus judicieuse. Nous avons une magnifique occasion de rendre à notre secteur vitivinicole la place d'excellence qui lui revient – ne la laissons pas passer",  a-t-elle expliqué.

Le texte prévoit de simplifier un système d'étiquetage jugé "complexe et rigide" ainsi que les pratiques oenologiques, "afin d'aider le consommateur et de permettre aux producteurs d'être plus concurrentiels". Il recommande notamment de mentionner sur la bouteille la variété de raisin utilisée, comme le font les viticulteurs non-européens.

Le projet propose également de "réactiver le régime d'arrachage", avec la fixation d'une prime suffisante pour "inciter les producteurs peu compétitifs à quitter le secteur", selon la Commission. "L'objectif poursuivi est l'arrachage de 400 000 hectares sur une période de cinq ans, le budget des aides étant plafonné à 2,4 milliards d'euros".

Les statistiques montrent que la suprématie mondiale de l'Europe dans le secteur du vin est menacée. L'UE a importé près de 12 millions d'hectolitres de vin en 2005, et en a exporté 13 millions. Selon la Commission, il est nécessaire d'agir rapidement pour éviter que les Vingt-Cinq, qui représentent 60 % de la production mondiale, ne deviennent des importateurs nets.

 

"De nombreuses pistes d'évolution sont inacceptables"

"Il manque à ce projet le souffle et l'ambition dont la filière a besoin. Si certaines évolutions de l'OCM actuelle sont nécessaires, plusieurs des alternatives évoquées par la Commission ne peuvent qu'être rejetées par la France. La viticulture européenne ne doit pas devenir la variable d'ajustement du marché mondial", indique Dominique Bussereau, ministre de l'Agriculture et de la Pêche, dans un communiqué.

Les propositions d'arrachage sont "disproportionnées" et le projet "se traduirait aussi par une réduction du budget au moment où il faudrait consacrer plus de moyens à la viticulture", a dénoncé le ministre.

"L'arrachage massif de 400 000 ha ne doit pas être un objectif en soi. L'arrachage peut être une solution, offerte dans certaines régions pour répondre à des problématiques individuelles, mais ne peut être le volet essentiel de la politique viticole européenne. De plus, l'arrachage temporaire doit être introduit. Il paraît toutefois plus opportun de favoriser la promotion et la commercialisation des produits de la vigne. La Commission est discrète sur ce sujet et la France attend beaucoup de ce volet qui devra être développé", a-t-il indiqué.

En l'état, le projet "ne peut recueillir aucune majorité", affirme Dominique Bussereau. "On va le mettre sur la table et travailler avec la Commission et les Etats-membres".

Le projet doit encore recevoir le feu vert des gouvernements des Vingt-Cinq et du Parlement européen. Après une concertation en profondeur autour de ses projets, la Commission envisage de présenter des propositions législatives en décembre 2006 ou en janvier 2007.