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Visite d'Angela Merkel en Turquie : de l'Europe à l'Iran

Actualité 30.03.2010

Pour la première fois depuis 2006 la chancelière allemande a rendu visite, lundi 28 et mardi 29 mars, à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan. Après une semaine d'escalade verbale, par journaux interposés, sur les questions d'adhésion de la Turquie à l'UE ou l'intégration des Turcs en Allemagne, les échanges entre les deux dirigeants sont restés centrés sur l'attitude à adopter, à quelques jours du sommet international qui lui est consacré, à l'égard de l'Iran, et les relations économiques essentielles entre les deux pays.

Différends iranien...

Alors qu'on s'attendait plutôt à entendre Angela Merkel marteler à nouveau son opposition à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, le différend entre la chancelière allemande et le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a porté sur un tout autre sujet.

A deux semaines d'un sommet international sur la sécurité nucléaire qui se tiendra les 12 et 13 avril à Washington, l'Allemagne souhaite inciter la Turquie à adopter des sanctions internationales contre l'Iran.

De son côté M. Erdogan, qui a développé ces derniers mois la coopération économique et énergétique avec l'Iran et qualifié ce dernier de "pays ami", a insisté sur la nécessité de persévérer dans la "voie diplomatique".

 

...et quiproquos européens

Le gouvernement turc conduit par le parti conservateur AKP a rendu public, lundi 22 mars, un projet de révision de 26 articles de la Constitution destiné à mettre le pays en conformité avec les normes européennes. Celui-ci prévoit de réduire considérablement les possibilités d’intervention des militaires dans la gestion des institutions, notamment à travers la réforme du système de nomination du Haut Conseil des juges et des procureurs (HSYK), l'extension de la possibilité de traduire des soldats en justice et la nécessité d'un assentiment du Parlement pour dissoudre les partis politiques. En cas de (probable) refus du projet par les députés, le gouvernement a annoncé son intention de le soumettre à référendum avant l’été.Pourtant, la bataille européenne est loin d'être oubliée. Comme gage de reconnaissance envers le gouvernement turc, qui lundi 22 mars lançait son projet de révision de la Constitution pour la rendre conforme aux normes européennes, Mme Merkel n'a rien trouvé de mieux que d'affirmer son soutien à un "partenariat privilégié" entre l'Union européenne et la Turquie.

L'option, également défendue par le président français à l'inverse de nombreux pays européens, renforcerait les relations économiques entre les deux partenaires tout en ajournant sérieusement la perspective d'une réelle adhésion.

 

Le ton s'est fait plus diplomatique il y a quelques jours, lorsque la chancelière a déclaré au quotidien turc Hürriyet : "Les négociations d’adhésion continuent évidemment avec la Turquie mais c’est un processus dont l’aboutissement est ouvert". Sous-entendu : continuez les réformes, on verra plus tard pour l'adhésion !

Une position qui tranche dans tous les cas avec celle du Ministre allemand des affaires étrangères Guido Westerwelle, du parti libéral FDP, qui en janvier déclarait à Ankara que l’Allemagne avait intérêt à ce que la Turquie soit membre de l’union européenne. Ce manque de cohésion gouvernementale à un mois et demi des élections régionales allemandes n'est certainement pas un pur hasard…

 

 

Des écoles turques en Allemagne

La Turquie a ouvert jusqu’à présent 12 des 35 chapitres de l’acquis communautaire. Officiellement, les négociations piétinent notamment en raison du refus d'Ankara de reconnaître la république de Chypre.Autre sujet polémique relayé par la presse des deux pays la semaine dernière : la demande faite par M. Erdogan à son homologue d'ouvrir des lycées turcs en Allemagne… puisque l'inverse existe bien.

Après un premier refus, Angela Merkel s'est également montrée plus souple, acceptant de créer ces établissements à condition que cela n'empêche pas les 2,7 millions de Turcs d’Allemagne d'apprendre la langue allemande.

 

Par ailleurs, les deux dirigeants ont négocié sur des sujets plus économiques. L'Allemagne reste en effet le premier partenaire commercial de la Turquie, et plus de 4.000 entreprises allemandes travaillent en Turquie ou avec ce pays.

 

Dans une dizaine de jours, c'est la France qui cette fois recevra M. Erdogan pour la première fois depuis l'élection de Nicolas Sarkozy. L'occasion d'une nouvelle joute ?

 

 

En savoir plus :

 

La Turquie et l'Union européenne : 50 ans de négociations - Touteleurope.fr