Derniers articles publiés

Violences au Sénégal : que peut faire l’Union européenne ?

Actualité 22.02.2012

Mardi 21 février, Dakar a de nouveau été le théâtre de vives tensions entre Abdoulaye Wade et ses partisans et le Mouvement du 23 juin porté par le chanteur Youssou Ndour et trois candidats de l'opposition. Ces derniers demandent le rejet de la candidature du président sortant, qu'ils jugent inconstitutionnelle.

Une situation tendue depuis la validation de la candidature d'Abdoulaye Wade

Depuis le 27 janvier, date de la validation de la candidature d'Abdoulaye Wade à l'élection présidentielle du dimanche 26 février, le Sénégal est entré dans l'instabilité. En effet, le président sortant a été élu en 2000 puis en 2007 et ne peut donc théoriquement pas se porter candidat pour un troisième mandat, selon la constitution du pays. La validation de sa candidature a été entérinée au motif que cette règle n'était pas encore en vigueur au moment de sa première élection.

Cette décision du Conseil constitutionnel sénégalais, l'opposition, incarnée par le Mouvement du 23 juin, la conteste. Le Mouvement du 23 juin (M23) est une coalition de partis de l'opposition et d'organisations de la société civile réclamant le retrait du président Wade. Porté par la voix de Youssou Ndour et par l'action de trois candidats : Idrissa Seck (ancien Premier ministre d'Abdoulaye Wade), Ibrahima Fall et Cheick Bamba Dièye, le M23 milite pour que l'élection ait bien lieu le 26 février, et pour que la stabilité soit restaurée avec le départ de M. Wade. D'après eux, le président Wade a tout intérêt à repousser la date de l'élection dans la mesure où il est susceptible d'être défait.

 

Mort de 6 sénégalais et Youssou Ndour blessé

Les récentes échauffourées constatées à Dakar depuis le vendredi 17 février ne laissent pour le moment pas croire que le président sortant entende se retirer de la course. La mosquée Zawiya El Hadji Malick-Sy, lieu de la confrérie Tidjane, a été frappée par une grenade lacrymogène, en marge d'affrontements entre la police et les manifestants et, au total, ce sont six Sénégalais qui sont décédés durant ces journées de violence. Mardi 21 février, Youssou Ndour a lui-même été blessé à la jambe lors de la dispersion d'une foule, précisant immédiatement qu'il ne souhaitait pas faire de l'incident une affaire d'Etat.

A quatre jours de l'élection, la situation au Sénégal est donc extrêmement préoccupante. Le divorce entre les positions d'Abdoulaye Wade et celle du M23 semblent irréconciliables et la colère de l'opposition envers le gouvernement sortant ne fait que croître. Outre le président lui-même, les partisans du retrait d'Abdoulaye Wade s'en prennent également à Ousmane Ngom, ministre de l'Intérieur. M. Ngom est tenu pour responsable de l'incident de la mosquée et de la brutalité de la répression policière. La presse sénégalaise n'hésite d'ailleurs pas à parler de "massacre", "d'embrasement", "d'apocalypse" pour qualifier les événements.

 

Quelle réponse de l'Union européenne et de l'Union africaine?

Dans un tel contexte insurrectionnel, les regards se tournent naturellement vers la réponse de la communauté internationale, et particulièrement de la mission d'observation électorale de l'Union européenne. Suite aux incidents du 21 février, la mission d'observation a naturellement appelé à "l'arrêt des violences", militant pour que "la libre réunion électorale" soit garantie. De plus, la mission de l'Union européenne a également exprimé sa "préoccupation quant à l'interdiction des manifestations", décision prise par le ministère sénégalais de l'Intérieur, et dénoncée par le M23.

Autre mission d'observation présente au Sénégal à l'approche de l'élection présidentielle : celle de l'Union africaine dirigée par l''ex-président nigérian Olusegun Obasanjo. M. Obasanjo a déclaré que la mission pourrait dépasser le cadre de l'observation "en raison de la situation sur le terrain". Le Mouvement du 23 juin s'est immédiatement déclaré prêt à dialoguer avec la mission d'observation de l'Union africaine, tout en rappelant son intransigeance concernant la date du 26 février pour la tenue de l'élection présidentielle et le retrait d'Abdoulaye Wade. Notons que M. Obasanjo avait lui-même été conseillé par Abdoulaye Wade en 2006 alors qu'il projetait de briguer un troisième mandat présidentiel contre l'avis de la population. "Si le président Wade m'a conseillé de ne pas me présenter à un troisième mandat, ce que je n'ai pas fait, il est sans doute le mieux placé pour se conseiller lui-même", a déclaré Olusegun Obasanjo.

 

 

En savoir plus

Mission d'observation électorale de l'Union européenne – Sénégal 2012