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Vaira Vike-Freiberga : "Le rapport est une exhortation morale envers nos leaders européens"

Actualité 18.06.2010

Ancienne présidente de la Lettonie de 1997 à 2007 et Vice-présidente du Groupe des Sages, Varia Vike-Freiberga participait mercredi 16 juin à l'audition citoyenne d'EuropaNova au Collège des Bernandins à Paris. Interviewée par Touteleurope.fr lors de cette rencontre, elle présente le 'rapport des Sages' qui a été rendu public le 8 mai dernier. Elle incite les politiques et le grand public à s'emparer de ce rapport afin de réfléchir à notre avenir à l'horizon 2030.

Touteleurope : Le rapport du groupe des Sages sur l'avenir de l'Europe a été publié début mai. Quel est le constat de ce rapport et quelles actions prônez-vous pour l'Europe à l'horizon 2030?

Vaira Vike-Freiberga : Le rapport fait d'abord un diagnostic sur la place de l'Europe dans le monde. L'Europe était un géant économique, mais nous adressons un avertissement aux leaders européens car cette position de force économique est menacée,  nos  acquis économiques sont en crise !

La vision de l'Europe que nous prônons pour 2030 est celle d'une Europe  productive, compétitive, qui soit respectueuse des ressources naturelles de la planète, qui mette en place un développement durable,  qui soit aussi capable de maintenir les acquis sociaux importants qui assurent à nos citoyens un niveau de vie minimum et qui permettent de les épauler aux moments difficiles de leur vie.

Mais surtout nous plaidons pour que l'Europe soit entendue à  l'échelle mondiale sur le plan politique, sur le plan du débat des idées et pour qu'elle garde sa compétitivité alors qu'énormément de régions du monde ont fait des avancées pendant les vingt dernières années.

Si nous continuons sur notre trajectoire actuelle nous risquons de ne pas pouvoir maintenir nos acquis. L'Europe risque d'être déclassée si nous ne réagissons pas.
 

Touteleurope : Comment s'articule votre rapport avec la stratégie Europe 2020 en discussion actuellement au Conseil européen ?

Tout d'abord le document de la Commission européenne ne s'est pas fait sans connaissance des débats qui se sont déroulés au sein de notre groupe. Des personnes ont œuvré des deux côtés de ces structures administratives pour qu'il y ait une cohérence entre les deux documents. Nous nous réjouissons que la Commission ait déjà inclus certains éléments de notre rapport dans la stratégie Europe 2020. Ces deux rapports sont en parfaite cohérence.
 

Touteleurope : Quelle est l'originalité de ce rapport ? Quelles en sont les mesures les plus importantes ? 

VVF : Nous avons traité des sujets dans sept domaines et pour chaque domaine nous proposons une idée clé. Je retiens  tout particulièrement les mesures sur  l'emploi pour augmenter le nombre de personnes actives, la flexisécurité pour sécuriser les parcours professionnels  mais aussi des recommandations en faveur de l'éducation et de la recherche et des pistes pour l'impliquer le citoyen davantage dans la vie politique européenne. Nous prônons  la mise en place d'une politique énergétique commune, une politique étrangère plus coordonnée et une politique de défense commune, une industrie de défense plus coordonnée. Donc pour chaque domaine nous avons formulé une proposition concrète.

Le Conseil européen du 14 novembre avait décidé d'établir un groupe de réflexion sur l'avenir de l'Europe. Composé de personnalités importantes de plusieurs pays européens, ce groupe était présidé par Felipe Gonzales. Rendu public le 8 mai dernier, le rapport "les défis à relever et les chances à saisir" traite les thèmes suivants : le modèle économique et social européen , l'économie de la connaissance, la démographie, la sécurité énergétique, la sécurité et défense,  la politique étrangère et les citoyens.
Le Conseil européen du 14 novembre avait décidé d'établir un groupe de réflexion sur l'avenir de l'Europe. Composé de personnalités importantes de plusieurs pays européens, ce groupe était présidé par Felipe Gonzales. Rendu public le 8 mai dernier, le rapport "les défis à relever et les chances à saisir" traite les thèmes suivants : le modèle économique et social européen, l'économie de la connaissance, la démographie, la sécurité énergétique, la sécurité et défense,  la politique étrangère et les citoyens.
 

Touteleurope : Vous avez été candidate au poste de Président du Conseil européen à l'automne dernier. Comment jugez-vous  les leaders européens aujourd'hui ?

VVF : La crise, sans précédent depuis 1929, a pris tout le monde au dépourvu. Elle a déferlé comme un raz-de-marée et a crée un effet domino dans plusieurs pays européens et il était impossible d'en prédire l'impact.

Toutefois, on peut reprocher les dirigeants européens d'avoir réagi trop lentement. La crise exige des temps de réaction plus rapides que ceux qui sont habituels en politique.  Nous nous rendons compte que la finance est mondialisée alors que nos politiques restent encore trop nationalisées. Les leaders européens se trouvent dans la position difficile de gérer à la fois le très court terme afin de réussir la sortie de la crise et de réfléchir de façon stratégique sur les défis de l'avenir.

Le rapport du groupe des Sages est une exhortation morale envers nos leaders européens. Justement notre rapport n'a pas des échéances électorales pour horizon. Le "court-termisme" est à la racine de la crise de nos démocraties. Les élus sont responsables devant les électeurs qui critiquent très vite des décisions qui sont impopulaires ce qui réduit d'autant plus la marge de manœuvre des politiques.  Il est crucial d'expliquer aux électeurs les décisions qui sont mis en œuvre afin de briser cette spiralle. Les citoyens doivent comprendre l'ampleur des enjeux auxquels nous devons faire face.
 

Touteleurope : Les mesures prises au niveau européen sont-elles à la hauteur de la crise?

VVF : Dès le début de l'euro, nous savions que plus de coordination au niveau budgétaire était nécessaire.   Les mécanismes de coopération ne sont pas assez strictes. Il est devenu évident au fur et à mesure que la crise a progressé que  les mécanismes de coopération étaient trop insuffisantes.

La discipline budgétaire est élémentaire et il n'existent pas de mécanisme de coordination, ni de vraie sanction. Or maintenant on commence à réagir, enfin, quand les Européens sont dos au mur. Je pense qu'il n'y a pas une grande volonté des Etats de renoncer à leur souveraineté alors qu'ils ont déjà beaucoup de mal au niveau national de faire voter leur budget. Néanmoins, cette surveillance budgétaire au niveau européen est absolument nécessaire.

 

Touteleurope : Vous avez une opinion assez tranchée sur la Russie. La Russie peut-elle être un partenaire fiable pour l'Europe?

VVF : Je pense qu'il faut faire très attention au décalage entre les vœux et la réalité.  Il y a d'une part les vœux de l'Europe à l'égard de la Russie.  Et d'autre part la réalité de la Russie et ses besoins.

Notre rapport identifie la Russie comme un partenaire important face auquel il faut parler d'une seule voix  pour construire une stratégie de partenariat "win-win" où les deux ensembles trouveraient leur compte.

D'un point de vue personnel, je considère que la Russie est trop souvent l'objet de vœux pieux que de visions réalistes en Europe. Nous devons avoir une idée claire de nos propres objectifs et intérêts. Agissons ensemble afin d'agir dans le sens global européen afin d'éviter qu'un pays puisse conclure un marché avec la Russie sur l'énergie qui soit à son avantage mais au détriment d'une politique énergétique commune européenne dans son ensemble.


En savoir plus :

La stratégie Europe 2020 - Touteleurope.fr

Le Conseil européen - Touteleurope.fr

Rapport du groupe de réflexion - Project Europe 2030 (EN)

Le site de l'association EuropaNova