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Vaclav Klaus : "Il n'est pas acceptable que les propriétaires des clés de l'intégration européenne imposent leurs points de vue"

Actualité 19.02.2009

Le président tchèque Vaclav Klaus, dont le pays assure la présidence tournante de l'Union européenne a défendu jeudi ses vues controversées au Parlement européen. Eurosceptique convaincu, le président en exercice de l'UE a lancé une une charge virulente contre une UE devenue, selon lui, antidémocratique et élitiste, et où les idées alternatives ne sont plus tolérées.

 

L'ancrage résolument européen de la République tchèque

Václav Klaus s'est félicité d'intervenir devant le Parlement européen, "un auditoire unique", représentant une gamme variée d'opinions de 27 pays. Il a qualifié l'Union européenne d'expérience "révolutionnaire" visant à améliorer le processus de décision "en transférant une partie considérable des pays particuliers vers des institutions paneuropéennes".

L'adhésion a été l'occasion de bénéficier des avantages d'une Europe hautement intégrée mais aussi d'assumer notre part de responsabilités au développement de l'Union européenne", a-t-il ajouté en se référant aux six premières semaines de la présidence tchèque. Et d'insister : "pour nous il n'y a pas d'alternative à l'adhésion à l'Union européenne".

Cela fait presque cinq ans que la République tchèque a adhéré à l'Union, a expliqué Vaclav Klaus, et pas une fois le pays ne l'a regretté. "Nous n'avions pas d'autre alternative, nous n'avons pas d'autre choix". "Mais si je dois dire tout ce que je pense, je dois ajouter qu'il n'y a pas qu'une forme d'union possible" a nuancé le président en exercice du Conseil de l'UE.

Les différentes conceptions de l'intégration européenne

Les citoyens tchèques, selon lui, estiment que l'Union européenne remplit une mission "nécessaire et importante", à savoir "éliminer les frontières inutiles et contre-productives pour la liberté humaine et la prospérité", ainsi qu'assurer "la gestion commune des biens publics, c'est à dire les projets du continent qui ne pourraient être réalisés sur la base exclusive de négociations entre deux ou plusieurs pays européens voisins".
 
Le Président a tenu également à dire que "les méthodes et les formes de l'intégration européenne offrent beaucoup de variantes", estimant que l'état actuel de l'organisation de l'UE ne doit pas être considéré comme un dogme immuable et que le seul avenir possible soit une union toujours plus étroite.
 
Il n'est pas acceptable que les "propriétaires des clés" de l'intégration européenne, selon l'expression de Milan Kundera, imposent leurs points de vue.
 
Pour le Président tchèque, "l'arrangement institutionnel de l'Union européenne n'est pas le but en soi mais le moyen d'atteindre de vrais objectifs" : la liberté humaine et une organisation économique en mesure d'apporter la prospérité, c'est-à-dire l'économie de marché. Il a rappelé à ce propos la sensibilité particulière de certains peuples européens, comme les tchèques, qui ont "combattu les difficultés de l'économie non fonctionnelle, centralement planifiée et organisée par l'Etat".

La dénonciation du déficit démocratique de l'UE

Le Président Klaus, provoquant ainsi le départ de plusieurs députés de l'hémicycle, a critiqué le système décisionnel de l'Union européenne. D'après lui, au Parlement européen, "une seule alternative y est imposée et celui qui cherche une alternative est considéré comme adversaire de l'intégration européenne". Il a ajouté qu'il existe entre les citoyens de l'Union et leurs représentants "une distance qui est beaucoup plus grande que celle à l'intérieur des Etats membres". Le traité de Lisbonne augmenterait encore ce défaut.
 
Et de continuer : "en cas d'absence de 'demos' - de peuple européen - la solution ne consiste pas non plus dans un renforcement du rôle du Parlement européen". Cela pourrait mener, dit-il, à "une aliénation encore plus grande" des citoyens et des pays européens vis-à-vis des institutions de l'Union. Il craint que l'approfondissement de l'intégration européenne, et par conséquent le transfert de décisions touchant à la vie des citoyens au niveau européen, ne menace tous les acquis positifs obtenus en Europe durant les cinquante dernières années.

"Ne permettons pas la naissance d'une situation où les citoyens des Etats membres éprouveraient le sentiment que le projet de l'Union européenne ne soit plus leur projet", a-t-il poursuivi.

Le traité de Lisbonne ne ferait qu'augmenter le "déficit démocratique" de l'UE, a déclaré le Président tchèque Václav Klaus. Le Président Pöttering, fortement soutenu par la majorité des députés, a estimé que l'opinion du Président Klaus était "une expression de la diversité de l'Europe", soulignant qu'en démocratie, "c'est la majorité qui décide".

Réitérant ses critiques contre le traité de Lisbonne, le président tchèque s'est refusé à dire s'il promulguerait le texte, sur lequel le Sénat doit encore se prononcer, probablement en avril."Je ne suis pas prêt à vous répondre" sur le sujet, a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Bruxelles, en faisant valoir que si le texte avait été adopté par les députés tchèques, il devait encore l'être par le Sénat du pays.

"C'est toujours en cours au Parlement", a-t-il dit, signifiant qu'il donnerait sa réponse à l'issue du processus. "Un joueur d'échecs n'annonce pas ses coups à l'avance", a-t-il ajouté lors de la conférence de presse.

Le paraphe du président tchèque sera nécessaire au bout du compte pour valider le traité de Lisbonne. Mais jusqu'ici, M. Klaus, opposant déclaré au traité de Lisbonne, n'a jamais voulu dire clairement s'il l'apposerait ou pas, tout en disant qu'il entendait respecter la volonté démocratique de la population.



Sources :

Discours de Vaclav Klaus, Président de la République tchèque devant le Parlement européen [pdf]
Communiqué de presse - Parlement européen

En savoir plus :

Revue de presse du 20/02/09 - Touteleurope
Les députés tchèques approuvent le traité de Lisbonne - Touteleurope
Présidence de l'Union européenne - Touteleurope